Face à nous, Camille Cottin et Laure Calamy se prêtent au jeu avec beaucoup de naturel, revenant sur leurs retrouvailles avec Andréa et Noémie, mais aussi sur leurs appréhensions à l’idée d’adapter la série culte en film.
On a vu le film « Dix pour cent » tiré de la série à succès : Voici notre avis
Six ans après la fin de la série, que cela vous a-t-il fait de remettre vos pieds dans les chaussures de Noémie et d’Andréa ?
Laure Calamy : « C’est revenu assez facilement. Peut-être parce qu’on s’est retrouvé tous ensemble mais également et surtout parce qu’on a retrouvé Fanny Herrero et donc les dialogues et l’ADN de la série. »
Camille Cottin : « On était comme une famille qui se retrouvait. On a tous un peu changé, comme nos personnages. »
Noémie et Andréa, vos personnages, sont davantage mis en avant dans ce film.
L.C. : « Oui. La grande nouveauté, c’est que Camille (Cottin, NdlR.) et moi, on n’avait pas tant joué ensemble dans la série. Donc, c’était bien de se retrouver dans ce nouveau rapport. »
C.C. : « Andréa et Noémie n’avaient pas beaucoup de rapports dans la série. Andréa était plus en interaction avec Gabriel, Arlette ou encore Hicham et Colette. Quand elle allait au bureau de Noémie, c’était plus pour lui dire un truc méchant. Puis, Noémie, elle, disait un truc le dos d’Andréa. » (rires)
Laure Calamy et Vincent Macaigne essaient péniblement d’annuler leur mariage religieux « C’est intéressant de voir aussi comment on a vieilli avec nos personnages »
Y avait-il la crainte de faire moins bien avec le film qu’avec la série ?
L.C. : « Bien sûr. On a tous eu cette appréhension au départ. L’idée de faire un film a été évoquée assez tôt, quand la saison 4 a été diffusée. Il y avait pas mal d’appréhensions aussi vis-à-vis du format parce qu’on s’est demandé comment en deux heures, on allait pouvoir faire quelque chose d’intéressant, où tous les personnages seraient déployés de la même manière. On avait peur de se planter, de faire moins bien. On était assez d’accord sur tout ça. Mais, le retour de Fanny Herrero et l’arrivée en réalisation d’Emilie Noblet nous ont mis en confiance. »
C.C. : « On sentait que ça allait être pareil et pas tout à fait la même chose. C’est un format de cinéma donc il y avait des envies de mise en scène, une esthétique aussi. On le voit dans les images d’ailleurs. On n’a pas les mêmes moyens pour faire un film que pour faire l’épisode d’une série. On n’a pas le même temps pour nuancer non plus. Dans la série, on prenait du plaisir à passer d’un personnage à l’autre, d’avoir des retournements de situation, de découvrir des facettes du personnage qu’on n’avait pas suspecté et qui nous surprennent. On a été obligé de faire une croix là-dessus. Mais, on a trouvé une situation qui réunissait tous les personnages et qui ne soit pas juste un prétexte. Fanny a réussi à mettre en avant, autour d’une situation, des choses qui lui sont importantes et qui font l’ADN de Dix pour cent, à savoir la force de l’équipe, le relationnel, toutes les ambiguïtés et les contradictions des relations humaines et leurs évolutions. »
Comment vos personnages ont-ils évolué ?
C.C. : « Andréa a essayé de devenir une maman responsable et de trouver un job qui lui convienne. Noémie est devenue productrice. On se retrouve et ce sont les vieux réflexes qui reviennent. Je me mets tout de suite dans une position de supériorité par rapport à Noémie. »
L.C. : « Et moi, je retrouve mes plis anciens de mes rapports avec Andréa alors que je me suis quand même accomplie professionnellement. D’un coup, c’est comme si je redevenais l’assistante d’avant. En même temps, je veux bien faire et pas me laisser gagner par ce pli mais il est là. C’est intéressant de voir aussi comment on a vieilli avec nos personnages. Il y a quelque chose d’émouvant. C’est beau de se dire qu’on accompagne nos personnages dans la vie qui continue. »
Qui est la plus proche de son personnage dans la vraie vie ?
C.C. : « Je me sens très proche d’Andréa à certains niveaux. L’intégrité, par exemple. Elle est frontale, elle ne fait pas de truc par derrière. Elle peut être stratège mais ce n’est pas quelqu’un qui va profiter des autres ou marcher sur la tête des autres pour réussir. C’est soit tu marches avec elle, soit elle partira devant. On sait à qui on a affaire quand on est face à Andréa. Elle ne se fait pas passer pour ce qu’elle n’est pas. Mais, j’ai moins de force de caractère qu’elle, je doute plus et je suis plus douce. »
L.C. : « Au départ, le personnage de Noémie était un peu monolithique. Dans la première saison, il n’était pas très développé. Mais, les auteurs se sont servis aussi de nos personnalités pour faire évoluer les personnages. Ce que j’ai en commun avec elle, c’est que sur certains sujets, je peux me laisser déborder comme elle peut le faire mais je peux aussi être très efficace à certains moments. On a une confiance en nous qui fluctue. Dans son couple avec Mathias, par exemple, je trouvais beau de voir à quel point l’accomplissement de Noémie pouvait changer les choses. Peut-on se comporter de la même manière ? De son côté, on voit que Mathias va être gagné d’un certain doute parce qu’il vieillit et qu’il commence à perdre confiance en lui sur certaines choses. »
Il y a aussi cette scène exceptionnelle avec George Clooney. Quel souvenir gardez-vous de cette scène à trois ?
L.C. : « Un souvenir jouissif. Jouer en anglais, c’est une torture pour moi. (rires) J’appréhendais beaucoup parce que mon anglais n’est pas terrible. Mais, une fois arrivée sur le tournage, je me suis rendu compte à quel point cette personne était ouverte, accueillante et mettait à l’aise. »
C.C. : « Ce qui est génial dans cette scène, c’est que Noémie arrive et elle a cette aptitude à utiliser ce qui la traverse et à le tranformer en quelque chose qui va servir la scène. Elle arrive avec une robe à paillettes en se disant « j’ai les choses en main ». Andréa lui a pourtant dit de ne pas venir mais, elle vient parce qu’elle pense que ce sera mieux. Elle est dans une surassurance. Andréa était une spectatrice accablée dans cette scène, prise en otage. (rires) J’ai trouvé génial de voir comme elle faisait de cette fébrilité quelque chose de totalement plausible. »