Ce mercredi 9 septembre 2026, l’université de Rouen a fait sa rentrée, dans un contexte particulier, selon les mots de son président. Les finances sont en berne, l’institution déplore un déficit de 10 millions d’euros. Les cadres de l’établissement sont donc clairs : l’heure est aux restrictions budgétaires.

Les finances de l’université de Rouen (Seine-Maritime) étaient déjà dans le viseur l’année dernière, et la situation est devenue critique. En un an, le déficit a doublé, passant de 5 à 10 millions d’euros. « Nous ne comblerons pas ce déficit en 2027, alerte déjà Franck Le Derf, président de l’université de Rouen, lors d’une conférence de presse. Nous prévoyons un retour à l’équilibre pour 2028. »

Il faut terminer 2026, mais non, le plus dur ne reste pas à venir. Je vois le bout du tunnel, je suis optimiste. On va avoir deux ou trois années où l’on va rationnaliser un petit peu, mais on s’en sortira.

Franck Le Derf, président de l’université de Rouen

Pour pallier le déficit, « on a procédé à plusieurs mesures correctives », explique Franck Le Derf. Il liste : « Diminution de la masse salariale, rationalisation de l’offre de formation, diminution des crédits de fonctionnement, que ce soit pour une composante ou pour un laboratoire de recherche, diminution de l’investissement, et puis surtout des opérations immobilières qui sont décalées, ou annulées, ou reportées. »

On a fêté nos 60 ans. Nos bâtiments commencent à vieillir. Donc, on a besoin d’un plan immobilier dans le futur. Nous avons un projet important : la réfection de la bibliothèque universitaire. Mais l’immobilier est une des variables. Aujourd’hui, on n’a pas les moyens financiers d’autofinancer la réhabilitation.

Franck Le Derf, président de l’université de Rouen

Le retour à l’équilibre « devra aussi passer par l’augmentation de la dotation de l’État », note Franck Le Derf. Quant aux mesures, les étudiants et leurs professeurs vont devoir s’y habituer : « Nous continuerons en 2027 et en 2028 pour minimiser les charges. Mais les étudiants seront accueillis dans de bonnes conditions et nous maintenons nos missions de services publics », rassure néanmoins le président de l’université de Rouen.

Il reprend : « Nous voulons continuer à avoir des formations de qualité, et nous avons des formations de qualité, pour pouvoir avoir une insertion professionnelle importante. La mission de l’université est toujours d’actualité et l’ensemble de la communauté universitaire est là pour cela. »

VIDÉO – le reportage de T. Allain et O. Flavien :

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Enseignement : l’université de Rouen fait sa rentrée

©France 3 Normandie

Pour Franck Le Derf, la vie étudiante ne devrait cependant pas souffrir de ces aléas financiers, les actions sociales et les associations étudiantes étant en grande partie financées par la CVEC (Contribution de vie étudiante et de campus), une taxe de 105 euros dont doivent s’acquitter tous les étudiants dès la rentrée universitaire.

Une rentrée universitaire qui pèse d’ailleurs de plus en plus sur le portefeuille des étudiants. Selon le dernier baromètre de la FAGE (Fédération des associations générales étudiantes), relayé par Franceinfo, le coût de cette rentrée a atteint un nouveau record, 3 240 euros en moyenne pour les étudiants non boursiers (655,74 euros de plus qu’en 2020 soit une hausse de 25,38 % depuis le Covid).

Pour les nouveaux étudiants étrangers non issus de l’Union européenne, cette rentrée est encore plus coûteuse, 7 023 euros en moyenne. Leurs frais de scolarité ont été multipliés par 16, atteignant respectivement, en licence et en master, 2 895 euros et 3 941 euros. Ils sont également concernés par la suppression des APL, s’ils ne peuvent prétendre à une bourse.

Le coût moyen de la rentrée étudiante 2026.

Le coût moyen de la rentrée étudiante 2026.

© France Télévisions

En Normandie, pour les étudiants de nationalité française, le coût de la rentrée étudiante est légèrement inférieur à la moyenne nationale mais reste élevé : 2 928 euros à Rouen, 2 813 euros au Havre. Une hausse de 4 % en un an. En outre, le quotidien se complique : un étudiant dispose en moyenne de 177 euros par mois pour s’alimenter, selon la FAGE.

Étudiant en master 1, Lucas Bento Da Costa a tout calculé : « Ça m’a coûté environ 2 500 euros. Clairement, plein d’étudiants sont obligés de faire des prêts. J’ai eu la chance d’avoir des parents qui ont pu m’aider, mais au quotidien, ce n’est pas possible tout seul, surtout sans bourse. »

À l’origine, j’ai été pris en formation initiale. J’ai pu négocier avec les directeurs de mon master pour essayer de trouver une alternance, ce qui me permettra de payer une grosse partie du loyer, mes courses et mes loisirs.

Lucas Bento Da Costa, étudiant

L’étudiant en gestion des ressources humaines est arrivé du Havre et a dû composer avec les impondérables : « Les allers-retours pour aller visiter des appartements, donc les frais d’essence, de péages, de trains. Je n’ai pas pris un meublé. Donc il a fallu meubler l’intégralité de mon appartement. Les frais d’agence, le premier loyer, la caution… »

J’ai travaillé cet été et tout, c’est bien, mais il ne va pas y avoir beaucoup de place pour tout ce qui est dépenses personnelles, je pense.

Milan De Oliveira, étudiant

Pour boucler leurs fins de mois, donc, nombre d’étudiants doivent se démener et trouver un job étudiant, en horaires aménagés, le week-end ou pendant les vacances. Nécessaire, mais pas facile, avec les révisions. « On a moins le temps de travailler les cours, donc ça a tout de suite un impact », conclut Noé Herouard, en première année de licence.