Chez Dacia, on a visiblement sorti la calculette… puis commencé à regarder du côté de Bruxelles. Katrin Adt, la patronne de la marque, estime que l’Europe est en train de rendre les petites voitures beaucoup trop compliquées et donc beaucoup trop chères. Son constat est plutôt brutal : le marché européen aurait perdu environ trois millions de voitures depuis 2019, tandis que les prix ont continué de grimper. Et Dacia connaît particulièrement bien le problème, puisque son modèle économique repose précisément sur des voitures censées rester accessibles.
La marque affirme avoir déjà dû composer avec près de 100 exigences réglementaires et en attendre encore 107 d’ici la fin de la décennie. Selon elle, environ un quart des ressources consacrées à la recherche et au développement ainsi que des équipes d’ingénieurs travaillent désormais à répondre à ces obligations. Pour une marque dont la philosophie consiste justement à supprimer tout ce qui n’est pas indispensable, le contraste est assez savoureux.
Le « low cost » plombé par les réglementations
Le problème devient encore plus visible lorsqu’on regarde ce qui se passe en face. Une Dacia d’entrée de gamme peut aujourd’hui approcher les 20.000 euros, loin de l’image « low cost » des débuts. Pour un budget comparable, certains constructeurs chinois proposent des modèles plus grands et nettement mieux équipés. Une comparaison à nuancer, certes, mais difficile à ignorer : pourquoi une petite voiture européenne doit-elle coûter aussi cher lorsqu’une voiture plus grande et mieux dotée est proposée au même prix ? C’est justement là que le discours de Dacia prend une autre dimension.
La marque affirme consacrer environ 25 % de ses ressources de R & D à la mise en conformité avec les réglementations européennes. À cela s’ajoutent l’électrification, l’inflation, les coûts industriels et la montée en gamme du marché. La réglementation n’explique donc pas tout, mais elle ajoute une contrainte pour les modèles dont chaque euro compte.
Katrin Adt cite d’ailleurs une anecdote révélatrice : selon elle, le bouton le plus utilisé dans une Dacia serait celui permettant de couper les alertes sonores des aides à la conduite. Dacia demande donc à l’Europe de ralentir le rythme et de geler les nouvelles exigences concernant les petites voitures, tandis que Renault défend une pause réglementaire de dix ans. Pendant ce temps, les constructeurs chinois avancent précisément sur le terrain du rapport prix, taille et équipement.