La peine infligée par la cour d’assises du Bas-Rhin va au-delà des réquisitions du parquet: soulignant que la victime était décédée dans des « circonstances épouvantables », l’avocat général Marc Picard avait requis 18 ans de réclusion.

L’accusé a été reconnu coupable de « séquestration suivie de mort », mais acquitté des faits de « torture ou acte de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Pointant une contradiction « absurde », et une « erreur judiciaire », son avocate Roxane Metzger a annoncé que son client allait faire appel.

La cour n’a pas voulu prononcer un acquittement car cela « aurait été implicitement reconnaître que la justice avait failli pendant l’instruction », en ne s’intéressant pas aux véritables coupables, a estimé son confrère Thomas Bidnic.

En fuite depuis 10 ans

En 2024, le Franco-Mauricien avait déjà été condamné pour ces faits, à 30 ans de réclusion, mais en son absence: il était alors en fuite à l’île Maurice depuis plus de 10 ans. Après son retour en France en mars 2025 – il affichait alors l’intention de prouver son innocence -, ce premier procès avait été annulé et il était donc rejugé cette semaine en première instance.

Les faits remontent au 30 mars 2014. Ce jour là, l’accusé, le T-shirt maculé de sang, s’arrête devant un hôpital strasbourgeois au volant d’une camionnette, en sort le corps inerte de la victime, puis prend la fuite, selon des images de vidéosurveillance. L’homme de 30 ans, grièvement blessé, décédera à l’hôpital.

L’accusé s’exile ensuite à Maurice, sous une fausse identité. Au procès, il a raconté s’être adonné au trafic de stupéfiants avec quatre « associés » – dont il n’a pas donné les noms, par peur de représailles, selon lui – et avoir recruté son ami proche comme « nourrice », pour lui faire cacher de la drogue chez lui moyennant rémunération.

Roué de coups

Mais le jour de sa mort, sa victime porte plainte à la suite d’un cambriolage chez lui. Les trente kilos de cannabis qu’il gardait, d’une valeur d’environ 60’000 euros, ont disparu. Selon l’accusé, ses associés soupçonnent alors une « carotte », un coup monté pour s’approprier la marchandise, et le menacent lui ainsi que son ami.

Dans la soirée, la victime est amenée dans une station de lavage de voitures, où elle est rouée de coups. L’accusé nie avoir été présent et affirme n’être venu qu’ensuite, pour porter secours à son ami.

Selon la défense, un élément important vient étayer cette thèse : le soir des faits, au moment où elle subit des violences, la victime laisse un message sur le répondeur d’un proche. On y entend les tortionnaires – qui cherchent à savoir qui a volé la drogue – demander : « Parle ! (…) Avec qui t’as fait le coup? », puis « C’est Mootoo, non ? ».

Pour un autre avocat de l’accusé, Amar Bouaou, ce diminutif renvoie clairement à son client et est donc « la preuve de son innocence ». Si l’accusé lui-même était soupçonné par les tortionnaires, au même titre que la victime, d’avoir volé le cannabis, alors il n’est pas logique qu’il ait pris part aux violences, a-t-il plaidé en substance. Sans succès.