Après une carrière dans la solidarité internationale et dans les structures d'éducation populaire, Marie Bernadberoy a rejoint l'association lyonnaise Les Petites cantines en juin 2026. - © Noémie Coquet

Après une carrière dans la solidarité internationale et dans les structures d’éducation populaire, Marie Bernadberoy a rejoint l’association lyonnaise Les Petites cantines en juin 2026. – © Noémie Coquet

Lutter contre les inégalités, donner une place et une capacité d’agir à chacun même aux plus précaires pour faire société… ces convictions ont forgé très tôt le tempérament de la nouvelle déléguée générale des Petites cantines, nommée en juin 2026. Evoluant tour à tour dans le milieu de la solidarité internationale, l’éducation populaire, la formation et la médiation culturelle dont l’association d’éducation scientifique, Les Petits débrouillards et l’organisation de volontariat international SCD (Service de coopération au développement), l’appétence de Marie Bernadberoy pour l’économie sociale et solidaire, l’a amené à candidater auprès du réseau associatif lyonnais de restaurants de quartier. 

Marie Bernadberoy, une passionnée « de lien social »

« Je ne suis pas passionnée de cuisine, mais je suis passionnée de lien social ». Cette phrase résume à elle seule la vision de la native d’Aix-en-Provence, habituée à bourlinguer.

Il faut dire que la responsable a été nourrie dès le plus jeune âge par les valeurs de mixité sociale et l’importance de la rencontre avec l’autre. « Mon père travaillait dans l’humanitaire, dans le développement des politiques économiques pour les Nations Unies, la communauté européenne. En Amérique latine, nous étions allés lui rendre visite dans un camp de guérilleros. Je me souviens encore du choc qu’a provoqué en moi le fait de voir des enfants dormir dans la rue. » Sur un plan plus personnel, l’autrice d’un mémoire de philosophie sur la fin de l’Apartheid en Afrique du Sud est convaincue de la nécessité du vivre-ensemble. « Il y a une nécessité d’apprendre à faire avec la différence », insiste-t-elle. 

« Le projet des Petites cantines a résonné en moi » La rencontre avec Marie Bernadberoy s’est faite aux Petites cantines du Vieux-Lyon, le 10 septembre 2026 où l’équipe du jour s’affairait dans le calme et la bonne humeur pour préparer le déjeuner et anticiper la soirée, marquée par la venue de la cheffe Sadia Hessaibi (Kaboulyon). © Noémie Coquet

A propos de cet idéal « hyper-enrichissant » de mixité, Marie Bernadberoy a conscience aussi de l’énergie et de l’effort que cela demande. « Cela se construit et c’est ce qu’ont réussi à faire Les Petites cantines », abonde l’ancienne directrice des centres sociaux de La Mulatière (La Bâtisse et le Bateau lavoir).

« Le projet a résonné en moi. Dans mes précédents emplois, j’avais déjà constaté que l’alimentation était une excellente entrée pour traiter la convivialité, le lien, mais aussi les questions environnementales. C’est très fédérateur quels que soient les âges ».

Marie Bernadberoy décrit les Petites cantines comme « un des rares lieux capables de faire manger et se rencontrer autour d’une même table des gens issus de toutes classes sociales. C’est assez fascinant ».

Ecrire les dix prochaines années du réseau les Petites cantines 

Organiser la parole du réseau des Petites cantines, décider collectivement de ce que à quoi il ressemblera dans les dix prochaines années, évoluer dans l’écosystème de partenaires… Autant de défis pour Marie Bernadberoy, actuellement à pied d’œuvre pour préparer le séminaire des Petites cantines où 110 participants sont attendus en octobre prochain. Mais avec un si grand nombre, comment trouver la bonne recette ?

« Pour que chacun ait ce sentiment d’appartenance, la voix et la vision de chacun doit compter. Mais ensuite, le principe est d’être clair sur ce qui se décide collectivement ou non. La gouvernance collective ce n’est pas de décider à tous de tout. Il y a des techniques pour faire émerger cette vision », explicite la responsable, consciente de succéder à une figure très incarnée, celle de Diane Dupré la Tour, qui a quitté le conseil d’admnistration cet été pour de nouvelles aventures. 

Ce travail de longue haleine pour définir une feuille de route à l’été 2027 se structurera tout au long de l’année autour de groupes de travail. Dans le même temps, le réseau continuera à renforcer la « robustesse » des Petites cantines – au nombre de 23 à date -, la qualité de l’assiette, accompagner les prochaines ouvertures et élargir l’impact social de l’association. 

Cela se traduira par l’accompagnement de projets en marque blanche via le programme « ça mijote ». Un travail partenarial avec les cafés intergénérationnels lyonnais Chez Daddy, installés au pied des résidences seniors, est par exemple en cours. 

Quant à atteindre l’objectif de 50 Petites cantines partout en France ? « Nous verrons ». Mais « pour être honnête, j’ai été séduite par la direction centrale du projet, exprime Marie Bernadberoy. Si comme l’a calculé Diane et l’équipe fondatrice, chaque petite cantine touche environ 2 000 personnes, alors à 50, par capillarité, nous pourrions toucher 100 000 personnes. Si cet effet levier réussit, cela permettra de transformer les comportements et de faire poids dans la société. » 

De nouvelles Petites cantines en préparation

Fondées à Lyon en 2016 par Diane Dupré la Tour et Etienne Thouvenot, les Petites cantines est un concept de restaurant de quartier à prix libre et participatif. En plus de proposer une alimentation de qualité, le coeur du projet est de favoriser le lien social.

Si l’été 2026 a été marqué par la fermeture du restaurant historique du quartier de Vaise à Lyon, des ouvertures ont eu lieu à Chambéry (Savoie) et Tassin-la-Demi-Lune au cours de l’été et à Romans-sur-Isère (Drôme) le 2 septembre. De nouvelles ouvertures sont prévues en 2027 comme à Brignais dans l’Ouest lyonnais ou bien Anthony dans les Hauts-de-Seine. Ce qui portera à 29 le nombre de Petites cantines.

L’actuel conseil d’administration des Petites cantines, réseau qui compte dix salariés support, est co-présidé par Corinne Bazina (LPC Paris) et Emmanuelle Vignaud (LPC Vieux Lyon). Somhack Limphakdy (LPC Strasbourg) et Cédriane Moreau (LPC Oullins) ont été élues co-secrétaires. Gabrielle de Bollardière, ancienne présidente de Lyon Vaise, endosse le rôle de « tablier blanc ».