Le mercredi 30 septembre 2026, au Casino Joa de La Seyne-sur-Mer, les Ports Rade Toulon-La Seyne réunissent près de 200 décideurs économiques, industriels, logisticiens et experts pour la 4e édition du Business Maritime Day. Au programme de ce rendez-vous annuel de la prospective du maritime et de la logistique : la désinformation et son impact sur la performance. En tête d’affiche, Christine Dugoin-Clément, chercheur associé à la chaire « Risques » de l’IAE Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

Rançongiciels, fausses alertes, faux communiqués, contenus falsifiés, rumeurs amplifiées : l’information est devenue un terrain d’affrontement à part entière. Et les places portuaires, carrefours de flux, d’intérêts économiques et d’enjeux de souveraineté, peuvent aussi être des cibles. Fidèles à leur vocation de laboratoire d’anticipation, les Ports Rade Toulon-La Seyne consacrent leur événement phare à un sujet que peu d’acteurs économiques osent aborder. 

Une menace qui peut entamer durablement la confiance 

Depuis 2022, les opérations informationnelles et d’influence ont changé d’échelle : plus nombreuses, plus sophistiquées, plus diverses. D’abord visibles autour de la guerre en Ukraine, elles ciblent désormais directement nos sociétés, responsables politiques, processus électoraux, institutions, entreprises. Pendant les seuls Jeux olympiques de Paris, VIGINUM, le service de vigilance de l’État contre les ingérences numériques étrangères, a détecté 43 manœuvres informationnelles, exploitant aussi bien les enjeux sécuritaires que les controverses sociales ou l’image internationale de la France.

L’essor de l’intelligence artificielle générative a fait le reste : produire un faux site, un faux compte ou une fausse déclaration crédible ne coûte plus grand-chose. Difficilement attribuable, juridiquement insaisissable, la manipulation de l’information ne s’attaque pas aux installations. Elle s’attaque à la confiance. Dans nos métiers portuaires les armateurs, chargeurs, logisticiens, assureurs, salariés, riverains et autorités peuvent être ciblés. Employée seule, elle déstabilise ; adossée à un incident réel, elle en démultiplie les effets.

Christine Dugoin-Clément, chercheur associé à la chaire « Risques » de l’IAE Paris 1 Panthéon-Sorbonne, chercheur au CRGN, référente en géopolitique dans les médias : Depuis 2022, les opérations informationnelles ont explosé en volume, en sophistication et en diversité. On ne cherche plus seulement à convaincre : on cherche à diviser, à polariser, à fragiliser les tissus social, politique et économique. Partout où se concentrent visibilité, enjeux sociaux, intérêts économiques et souveraineté se crée un terrain d’influence. Et peu d’écosystèmes concentrent autant de ces vulnérabilités que les ports.

Le port, cible idéale d’un risque encore mal nommé

Un port n’est pas un site clos : c’est une ouverture. Navires, fret, passagers, prestataires, industriels, services de l’État, collectivités, riverains, des dizaines d’acteurs y opèrent, et presque autant de voix y parlent au nom du port. Cette porosité fait sa puissance économique. Elle constitue aussi une surface d’exposition considérable dès lors que l’attaque passe par le récit plutôt que par la clôture.

Les scénarios sont connus du secteur : rumeur de grève, d’accident industriel ou de pollution ; fausse alerte déclenchant une évacuation et l’arrêt des opérations ; usurpation de l’identité d’un dirigeant ou d’une autorité portuaire ; falsification de documents commerciaux ou de données de position des navires. Les conséquences, elles, sont parfaitement matérielles : détournement de trafic vers des places concurrentes, renchérissement des primes d’assurance, blocage de projets d’investissement, perte de crédibilité de la parole officielle au pire moment. Le message porté par cette édition tient en une phrase : la désinformation n’est plus un phénomène médiatique, c’est un risque d’exploitation.

La conviction des Ports Rade Toulon-La Seyne : la conformité ne fait pas la résilience

Chaque acteur d’une place portuaire et de ses chaînes logistiques satisfait son propre cadre réglementaire. Mais une somme d’acteurs conformes ne produit pas mécaniquement un système capable d’encaisser un choc et de repartir. C’est précisément l’écart que les Ports Rade Toulon-La Seyne veulent mettre en débat, en posant la question qui intéresse un armateur, un assureur ou un chargeur : combien de temps une chaîne logistique tient-elle, et en combien de temps redémarre-t-elle ?

 Amiral Laurent Isnard, Président des Ports de Toulon La Seyne : Le Business Maritime Day n’est pas un colloque de plus. C’est l’endroit où nous acceptons de partager des réflexions sur les enjeux d’aujourd’hui et de demain. Anticiper n’est pas un exercice théorique : c’est notre métier de gestionnaire d’infrastructures. Nous le faisons depuis des années sur la transition écologique, en adaptant nos process et organisations aux évolutions des marchés et des attentes de nos clients ; nous le faisons cette année sur la maîtrise de l’information, parce qu’aucun port ne construira seul sa résilience.

Cette édition s’inscrit dans la continuité d’une place portuaire qui assume son rôle de terrain d’expérimentation en Méditerranée : après enjeux géopolitiques en Méditerranée, au Moyen Orient et des stratégies de relance industrielle en 2024, les limites planétaires en 2025, la résilience informationnelle en 2026. Une même méthode, réunir chercheurs, industriels, logisticiens, élus et opérateurs autour d’un sujet avant qu’il ne s’impose à eux.

Comprendre, puis agir : deux temps forts et un terrain d’application

La matinée s’ouvrira sur la keynote de Christine Dugoin-Clément, « Guerre informationnelle : un risque stratégique pour les infrastructures critiques », consacrée aux mécanismes de la manipulation de l’information et aux raisons pour lesquelles elle doit être traitée comme un enjeu de sûreté à part entière.

La rade de Toulon-La Seyne apportera ensuite la démonstration par la preuve, avec un focus sur les projets européens TREASURE et EASY2LOG, « La rade de Toulon, terrain d’exploration des innovations maritimes et logistiques », complété par des témoignages d’entreprises. L’après-midi, une visite de la rade en navette maritime, couplée à une démonstration de drones dédiés à la logistique portuaire, précédera une table ronde consacrée au déploiement de la politique européenne d’innovation sur le territoire (Easy2Log, Treasure, Claster).

À noter : le 29 septembre au matin, le Casino Joa accueillera également la conférence de clôture du programme européen TREASURE, organisée par le Pôle Mer Méditerranée. Deux journées pour anticiper les défis de demain, partager les expertises et construire ensemble les solutions qui renforceront la résilience des infrastructures logistiques.