Le soldat ukrainien Volodymyr Srebrodolskyy, mort en captivité après avoir été contraint de tourner une vidéo de propagande critiquant sa patrie, a été privé d’inhumation dans son village natal de Karpylivka. Face à des habitants divisés par sa vidéo de propagande, le maire a fait enterrer la dépouille à une centaine de kilomètres.

Un soldat ukrainien aux cheveux gris et au visage marqué, cigarette entre les doigts, affirmant face caméra ne plus vouloir retourner se battre pour son pays et souhaiter une fin rapide du conflit. Cette vidéo de Volodymyr Srebrodolskyy, diffusée sur Telegram, est une mise en scène orchestrée par ses geôliers russes pour saper le moral des troupes. Avant d’exécuter ce script imposé, Volodymyr Srebrodolskyy luttait sur le front oriental. Il fait désormais partie des milliers de prisonniers ukrainiens à avoir dû dénoncer leur pays sous la contrainte, dans l’espoir de voir un autre jour. Des actes qui ne sont pas sans conséquences pour les soldats, comme le souligne NBC News.

Cette propagande a produit l’effet escompté à des kilomètres du front, pour Volodymyr Srebrodolskyy. À Karpylivka, son village natal de 500 habitants situé dans la région de Tchernihiv, les images ont profondément divisé. Certains voisins ont qualifié le militaire de traître en s’appuyant sur ses propos téléguidés, d’autres ont rappelé son engagement volontaire pour défendre l’Ukraine.

Résultat : à la mort en captivité du soldat, une partie du village a été jusqu’à menacer le maire de violences si sa dépouille était inhumée dans le cimetière local. Le soldat a finalement été enterré à une centaine de kilomètres de chez lui, en marge d’un cimetière urbain. Une enquête pénale ukrainienne a été ouverte après le rapatriement du corps en avril 2025, l’autopsie ayant révélé un décès consécutif à une blessure par coup de poignard à l’estomac.

Des vidéos comme preuve de vie

Ce cas s’inscrit dans un système industriel d’exploitation des prisonniers de guerre, souligne média américain. Des milliers de séquences similaires circulent sur les réseaux sociaux et la télévision d’État russe. À chaque fois, le scénario est identique : les captifs dénoncent leur commandement, refusent de rentrer, fustigent la corruption et réclament la paix. Ces enregistrements, réalisés dans des centres de détention où les Nations unies ont documenté de multiples tortures — passages à tabac, décharges électriques et simulations d’exécution —, visent à briser le moral ukrainien et à semer la méfiance au sein des communautés.

Pour les familles, la vision de ces images provoque un sentiment ambivalent. Vasylyna Duman raconte avoir découvert ainsi que son mari, Yevhen Shybalov, était toujours en vie après sa capture en mai 2022. « Recevoir une vidéo, c’est un immense bonheur, même si la personne dit quelque chose de bizarre dedans », a-t-elle déclaré.

Les témoins directs décrivent la puissance de cet appareil d’influence. Le médecin militaire Mykola Shustrov, libéré en février 2025, témoigne des sévices subis par Volodymyr Srebrodolskyy juste avant sa mort pour n’avoir pas réussi à réciter l’hymne russe. Il rappelle que face aux violences et au manque de moyens, la seule motivation des prisonniers pour se prêter à ces tournages reste d’envoyer un signal de vie à leurs proches. Et que, dans un tel contexte de contrainte, la parole prononcée ne reflète en rien la réalité.