Le compositeur d’ Otello , Giuseppe Verdi, avait hésité à baptiser son opéra Iago , du nom d’un des personnages principaux. La production présentée en ce moment à l’opéra national de Nancy-Lorraine aide vite à comprendre pourquoi, surtout servie par un chanteur, Daniel Scofield, d’une incarnation dévastatrice. Il est celui qui manipule Otello, pour assouvir sa soif de pouvoir, celui qui amène la mort de Desdemona, celui, surtout, qui avoue face à la salle qu’il ne croit en rien en ce monde, ni Dieu, ni diable.
Sa puissance noire n’est contrebalancée que par l’innocence et la foi de Desdemona : Yaritza Véliz interprète le rôle avec une grâce qui va droit au cœur. Entre ces deux personnages, qui ne se croisent jamais en face-à-face dans l’histoire, Otello (Samuel Sakker) est ballotté, personnage falot, dans un costume trop grand dans cette reprise d’une production de Strasbourg.
La mise en scène fait aussi le choix de citer lors d’un entracte un passage de l’ Othello de Shakespeare, dont est adapté l’opéra : la suivante de Desdemona, Emilia, y dit que les femmes peuvent se venger, qu’on ne doit pas oublier qu’elles aussi font de lourds sacrifices.
Une grande force musicale
Ted Huffman, dans cette mise en scène reprise pour Nancy par Franciska Ery, fait le choix du minimalisme. Le décor est une boîte tour à tour rivage, quai du port, salle de réception, chambre. Costumes contemporains, uniformes de militaires d’opérette, du monde sur scène (c’est Verdi) avec deux chœurs réunis, il y a tout pour passer un bon moment dans cet opéra sans air qui se détache, mais d’une grande force musicale, sous la direction de Giulio Cilona.
Y apparaît dans une singulière netteté les rouages infernaux d’un drame, chaque engrenage cliquetant vers le drame final, une mort à coups de revolver : Otello, avec Verdi, étouffe Desdemona, mais de nos jours, on tue plus facilement avec une arme à feu qu’en étouffant. Il faut juste s’attendre à sursauter.
Le mardi 29 septembre, à 20 h, le 1er octobre, à 20 h et le 2 octobre à 15 h.