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Sur une carte de la côte du Maryland, l’anomalie saute aux yeux : la plage d’Ocean City et celle d’Assateague ne se prolongent plus. Le cordon de sable, autrefois rectiligne, présente un décrochage vers l’ouest. Il vient de jetées en pierre bâties dans les années 1930, et l’extrémité nord d’Assateague a migré de près de 700 m vers le continent, d’après la NASA.
À retenir
- Les jetées d’Ocean City construites en 1933 ont bloqué le transit du sable vers l’île d’Assateague
- L’extrémité nord d’Assateague a reculé de près de 700 m en direction de la baie en 70 ans
- Le North End Restoration Project depuis 2002 réapprovisionne la plage avec 1,4 million de m³ de sable en plusieurs phases
Sommaire
Une brèche ouverte par la tempête
Assateague, l’île célèbre pour ses chevaux sauvages, fut longtemps rattachée à l’extrémité sud de Fenwick Island. En 1933, l’ouragan Chesapeake-Potomac perce une passe au sud d’Ocean City et sépare les deux terres. Laissée à elle-même, la brèche se serait comblée, car le courant de dérive littorale y transporte le sable du nord vers le sud. Ocean City, elle, était déjà une station balnéaire en plein essor avant la tempête.
Entre 1933 et 1935, un système permanent de jetées est construit pour conserver la passe comme chenal de navigation. La NASA situe l’achèvement des travaux en 1935 et précise que les ouvrages devaient faciliter le passage entre l’océan et la baie. Le Maryland Geological Survey date les jetées de 1934-1935.
La pêche locale y a prospéré, note la NASA.
Le sable bloqué à la porte
Le courant n’a pas changé de sens, mais il a désormais un obstacle sur son trajet. Au nord de la jetée, le sable s’accumule et élargit la plage d’Ocean City. Au sud, l’île d’Assateague n’est plus alimentée, ce que l’USGS résume dans une de ses publications : elle a été privée de sédiments.
Les effets de la passe ont d’abord été négligés, reconnaît la NASA.
Ils sont devenus difficiles à ignorer. L’extrémité nord d’Assateague, amaigrie, a reculé vers la baie : près de 700 m selon la NASA, plus de 500 m de décalage selon une autre publication de l’USGS, près de 1 km de recul en 70 ans selon une évaluation de vulnérabilité de la même agence. Ces écarts tiennent aux périodes et aux repères choisis. Aujourd’hui, les deux terres sont séparées de plus d’1 km.
Un rapport du Corps des ingénieurs de l’armée américaine sur la jetée sud donne une idée du rythme. Le recul du nord d’Assateague y est estimé à environ 35 pieds par an, soit une dizaine de mètres. L’érosion a fini par attaquer l’extrémité intérieure de la jetée elle-même, réparée en 1956 avec environ 845 tonnes de pierre.
Rendre à l’île le sable perdu
L’inquiétude devant la dégradation rapide de l’île a débouché sur le North End Restoration Project. Sa première phase, achevée en 2002, a rechargé la plage avec 1,4 million de m³ de sable, en une seule fois. Cela représente environ 560 piscines olympiques de 2 500 m³.
Le programme a été conçu sur 25 ans, avec le National Park Service, le Corps des ingénieurs et le Minerals Management Service. Le sable est dragué mécaniquement puis déposé sur les plages d’Assateague, par phases, pour imiter les processus naturels. L’USGS a contribué à l’effort par ses recherches, et son bulletin de novembre 2002 parle de « 70 ans d’érosion due aux jetées ». Si l’opération réussit, elle pourrait servir de modèle ailleurs, là où des ouvrages ont perturbé le transport du sable.
Le chantier a une limite. Une île-barrière se déplace de toute façon vers la terre : les vagues de tempête passent par-dessus et repoussent le sable vers la baie, un phénomène que la montée du niveau de la mer accélère. Les jetées d’Ocean City n’ont pas inventé ce mouvement, elles l’ont amplifié à l’extrémité nord, où l’érosion a à peu près doublé, avec une moyenne de 2,9 m par an d’après une étude citée sur ResearchGate.
Ocean City n’a d’ailleurs pas tout gagné. Selon le Maryland Geological Survey, les épis posés sur sa plage pour retenir le sable ont aussi interrompu son écoulement naturel et aggravé le recul de l’île. Le Corps des ingénieurs a fini par étudier la faisabilité d’un rechargement de plage pour la station elle-même, avec une étude datée de 1980.
Sources : mgs.md.gov | en.wikipedia.org