Contrairement aux idées reçues, la France figure parmi les économies les plus capitalistes au monde. Un nouveau classement américain la positionne devant l’Allemagne, pourtant souvent considérée comme un modèle de puissance industrielle et d’économie de marché. Cette étude met en lumière les différentes formes que peut prendre le capitalisme et les atouts parfois méconnus de l’économie française.
La France se classe 21e parmi les pays les plus capitalistes
La France occupe la 21e position du Global Capitalism Index (GCI), un nouvel indice élaboré par des chercheurs de l’université de Virginie.
Cette étude internationale analyse les conditions favorables au fonctionnement du capitalisme dans 161 pays, à partir de plusieurs indicateurs économiques et institutionnels.
Avec un score de 85,2 points sur 100, la France se positionne devant l’Allemagne, classée 24e avec 84,4 points. La Belgique arrive à la 19e place avec 86,6 points, tandis que les Pays-Bas obtiennent un score de 87,4 points.
Ce résultat peut surprendre dans un pays régulièrement associé à une fiscalité élevée, à des dépenses publiques importantes et à un système de protection sociale développé.
Il rappelle toutefois que le capitalisme ne se mesure pas uniquement à la taille de l’État ou au niveau des prélèvements obligatoires.
La Suisse domine le classement mondial
La Suisse arrive en première position des économies les plus capitalistes, devant les États-Unis, Hong Kong, le Canada et Singapour.
Ces pays disposent de systèmes économiques différents, mais présentent généralement des marchés financiers développés, des institutions solides et un environnement favorable aux échanges commerciaux.
La France se situe ainsi parmi les 25 premiers pays du classement, devant plusieurs grandes économies européennes.
À l’autre extrémité, le Venezuela occupe la dernière position. Certains pays, notamment Cuba et la Corée du Nord, ne figurent pas dans l’étude en raison de données insuffisantes.
Les chercheurs précisent que ce classement ne mesure pas directement la richesse, le niveau de vie ou la croissance économique. Il évalue plutôt les caractéristiques institutionnelles et économiques associées au fonctionnement des marchés.
Pourquoi la France devance-t-elle l’Allemagne ?
La position française s’explique notamment par les caractéristiques de son système bancaire et financier.
La France dispose de grandes banques internationales, de marchés de capitaux développés et d’institutions qui facilitent le financement des entreprises.
L’Allemagne conserve une industrie puissante et une place centrale dans le commerce européen, mais elle traverse depuis plusieurs années une période de difficultés économiques.
Le ralentissement industriel, la transformation du secteur automobile et les incertitudes énergétiques pèsent notamment sur ses perspectives.
Toutefois, la 21e place française ne signifie pas que l’économie nationale serait plus productive ou plus compétitive que celle de son voisin allemand.
Le classement repose sur des critères précis qui ne couvrent pas l’ensemble des performances économiques.
Un indice fondé sur huit dimensions du capitalisme
Le Global Capitalism Index a été développé pendant trois années par des chercheurs de la Darden School of Business et du Karsh Institute of Democracy, deux institutions rattachées à l’université de Virginie.
L’étude s’appuie sur plusieurs centaines de jeux de données regroupés autour de huit grandes dimensions.
Parmi les éléments examinés figurent la protection des droits de propriété, la concurrence, la solidité du système bancaire, le fonctionnement des marchés financiers, la création d’entreprises et les conditions du marché du travail.
L’objectif est de proposer une mesure plus large du capitalisme, qui ne se limite pas aux politiques fiscales ou à la réglementation économique.
Les chercheurs soulignent notamment que des institutions publiques efficaces peuvent favoriser le fonctionnement des marchés en garantissant les contrats, la concurrence et les droits de propriété.
Le capitalisme évolue différemment selon les régions
L’étude révèle également des transformations importantes dans l’économie mondiale.
Entre 2009 et 2025, les conditions mesurées par l’indice se sont légèrement dégradées à l’échelle internationale.
L’Europe occidentale figure parmi les régions ayant enregistré un recul, tandis que certaines économies d’Asie centrale ont progressé.
Les chercheurs observent notamment un affaiblissement de plusieurs indicateurs liés aux marchés de capitaux, malgré une amélioration globale de la stabilité bancaire.
La France appartient à une catégorie de capitalisme caractérisée par l’importance des échanges commerciaux, des droits de propriété et de la circulation des capitaux.
Cette classification illustre la diversité des modèles économiques dans les pays développés.
Un classement qui remet en question certaines idées reçues
La position française montre qu’une économie peut combiner un secteur public important, une protection sociale développée et des mécanismes de marché solides.
Elle souligne également les limites des comparaisons économiques reposant uniquement sur la fiscalité ou les dépenses publiques.
Les résultats doivent néanmoins être interprétés avec prudence, car ils dépendent des indicateurs retenus et de leur pondération.
D’autres classements internationaux consacrés à la compétitivité, à la liberté économique ou à l’innovation peuvent aboutir à des conclusions différentes.
La 21e place de la France devant l’Allemagne constitue donc avant tout un éclairage sur la diversité des systèmes capitalistes, plutôt qu’un jugement global sur la performance des deux économies.