Mobilisation à Lorient fin septembre 26

Mobilisation à Lorient fin septembre 26

Crédit : Yann Launay

La mobilisation des lycéens, engagée depuis la fin septembre, met notamment en lumière leur épuisement face aux rythmes scolaires. Les journées qui commencent à 8 h et se terminent parfois à 17 h ou 18 h sont régulièrement dénoncées par les manifestants.

Les élèves français ont les journées de cours les plus longues d’Europe, en raison notamment de vacances scolaires plus importantes. Or, les neuropsychologues recommandent entre neuf et onze heures de sommeil aux adolescents, un rythme difficile à concilier avec des journées aussi chargées.

 

Des journées à rallonge et une compétition permanente

 

Pour Élise Le Bail, infirmière en psychiatrie au CHU de Nantes, il est urgent de mieux prendre en compte les besoins des jeunes. « Si on ne leur donne pas un cadre sécurisant au niveau scolaire, le mal-être va s’accentuer », prévient-elle.

Elle insiste également sur l’importance de leur laisser du temps pour assimiler les apprentissages, retrouver leurs amis et pratiquer des loisirs. Autant de besoins qu’elle considère comme fondamentaux.

Elise Le Bail et Béatrice Péron-Soubra Elise Le Bail et Béatrice Péron-Soubra

Crédit : Tom Rossi

Sa collègue Béatrice Péron-Soubra pointe, elle aussi, les conséquences de ces rythmes sur l’équilibre des adolescents. « Sachant qu’il y a en plus le trajet domicile-école. Et derrière, on leur demande un travail individuel. À la longue, cela ne peut qu’amener un épuisement chez certains jeunes », estime-t-elle.

À cette fatigue s’ajoute la pression de la réussite. Les jeunes sont placés dans un contexte de compétition qui peut fragiliser leur estime personnelle lorsqu’ils rencontrent des difficultés. « On les met aussi dans un contexte de compétitivité, à cet âge. Et s’ils n’y arrivent pas, ils se dévalorisent. Tous ces éléments-là font que ça devient problématique sur le plan psychique », poursuit Béatrice Péron-Soubra.

 

Parcoursup, un avenir source d’inquiétude

 

Les deux infirmières, membres de la CGT du CHU de Nantes, soutiennent la mobilisation des lycéens. Elles relaient leurs revendications : davantage de moyens, plus de professeurs et une meilleure visibilité sur leur avenir.

Élise Le Bail déplore notamment l’incertitude liée à Parcoursup, devenu selon elle « une vraie loterie ». « On voit que nos jeunes vont mal. Il faut prendre soin d’eux. On les sollicite trop, on les met en danger », alerte-t-elle.

Elise Le Bail et Béatrice Péron-Soubra Elise Le Bail et Béatrice Péron-Soubra

« On ne peut pas leur mettre la même pression qu’aux adultes »

 

Pour Béatrice Péron-Soubra, les exigences imposées aux adolescents sont également en cause. Dans une société où les adultes sont eux-mêmes confrontés à de nombreuses difficultés, les jeunes subissent une pression similaire, alors qu’ils sont encore en train de se construire.

« On leur dit qu’ils doivent être de bons parents, qu’il faut être bon dans le travail, et partout. On exige la même chose de nos jeunes sauf qu’ils sont en formation, ils sont en train de prendre le temps de devenir eux-mêmes des adultes. On ne peut pas leur mettre la même pression qu’aux adultes », souligne-t-elle.

Les chiffres témoignent de l’ampleur des inquiétudes.

Selon l’Observatoire régional de la santé, un jeune de 17 ans sur cinq a eu des pensées suicidaires en 2022.