L’Europe, contrepoids de la Chine en Eurasie (OPINION)Des sous-sols d’exception
Environ 90 fois plus grand que la Belgique, le Kazakhstan est la première économie de la région eurasiatique et possède l’un des sous-sols les plus riches au monde en métaux, minéraux critiques et hydrocarbures. Ainsi, « la visite d’État permettra d’explorer de nouveaux partenariats sur toute la chaîne de valeur, notamment sur les plans industriels, de l’innovation ou des compétences techniques. »
La Belgique est aujourd’hui la sixième source d’investissements directs étrangers au Kazakhstan. Plus d’une centaine d’entreprises belges y sont déjà actives, notamment dans la chimie, le biopharma et l’énergie. En moins d’une décennie, les échanges commerciaux ont plus que triplé, pour atteindre 765 millions d’euros en 2025.
L’Union européenne (UE) voit elle aussi dans le Kazakhstan un partenaire clé depuis l’invasion russe de l’Ukraine. Le pays abrite en effet le corridor transcaspien, une route commerciale qui relie la Chine à l’Europe en contournant la Russie. Il est aussi devenu un important fournisseur de pétrole brut : ses livraisons à l’UE ont augmenté de 58 % entre 2021 et 2025, compensant à peu près 20 % des volumes de pétrole russe qui n’arrivent plus en Europe.
Carrefour entre l’Europe et l’Asie, le Kazakhstan mise sur une diplomatie d’équilibre pour affirmer son indépendance.
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Au-delà de renforcer sa place dans le concert des nations, le Kazakhstan cherche dans cette collaboration à préserver sa souveraineté, ce qui n’a rien d’évident au vu de son voisinage. Le pays partage avec la Russie la plus longue frontière terrestre du monde (près de 7 000 kilomètres) et Moscou le considère comme faisant partie de sa zone d’influence. Il touche aussi la Chine, et n’a pas d’accès direct à un océan. Il représente à la fois un carrefour et un pays enclavé.
Sa politique étrangère repose donc sur une neutralité qui lui est précieuse : dialoguer avec tous, sans jamais faire de choix exclusif, pour ne pas s’enfermer dans une relation de dépendance.
Lacunes démocratiques
Ces dernières années, Astana a ainsi pris ses distances avec Moscou, malgré des liens historiques, culturels et sécuritaires très étroits. Il ne reconnaît pas l’indépendance des républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk et appelle régulièrement Moscou et Kiev à revenir à la table des négociations. En parallèle, le pays développe ses échanges avec la Chine tout en approfondissant ses relations avec l’UE, l’Inde, la Turquie et l’Iran.
Le lien avec la Russie n’est pas rompu pour autant : les deux pays restent unis par l’Organisation du traité de sécurité collective, dont le Kazakhstan a bénéficié en janvier 2022 quand des troupes ont été déployées pour mater des troubles antigouvernementaux.
Si le Kazakhstan est une république présidentielle, il est gouverné de manière plus ou moins autoritaire par le président Kassym-Jomart Tokaïev, que nos Souverains rencontreront. Selon des observateurs indépendants, le chef d’État kazakh s’est d’ailleurs arrogé davantage de pouvoirs grâce à la nouvelle Constitution, entrée en vigueur le 1er juillet dernier.