Posted On 12 octobre 2026
Dans la nuit du 9 au 10 octobre, vers minuit et demi, un violent incendie a ravagé Le Seven, un restaurant du boulevard de l’Esplanade, à l’entrée de Grenoble. Une porte fracturée conduisant à un établissement totalement détruit et des salariés réduits au chômage technique : les enquêteurs privilégient la piste criminelle. Une adresse de plus sur une liste d’incendies devenue interminable.
UNE LISTE QUI S’ALLONGE DEPUIS UN AN
Car comme le rappelle Le Dauphiné libéré, la série n’a rien d’une nouveauté. Voilà près d’un an, le 27 octobre, la boîte de nuit Le Marquee, route de Lyon, était incendiée après une effraction. Dans la nuit du 23 au 24 février, la boucherie Chez Haje, rue Nestor-Cornier, brûlait dans des circonstances « plus que suspectes ». Le 10 mars, une voiture volée était projetée puis incendiée dans l’ancien Phouket, place Saint-Bruno. Le 13 avril, l’ancien bar SOS Apéro, rue Colbert, partait à son tour en fumée.
Le Dauphiné Libéré.
LE CHARDON BLEU, DÉTRUIT À LA VOITURE-BÉLIER
Puis le 30 mai, aux aurores, une voiture-bélier en feu est lancée contre la devanture du Chardon bleu, à l’angle de la rue de la République et de la rue Lafayette, en plein centre-ville. La boutique est dévastée. Le café voisin, Le John’s Bar, lui aussi lourdement endommagé, n’a jamais pu rouvrir depuis. Place Gre’net rappelle que l’attaque s’inscrivait dans une série de violences contre des commerces grenoblois, dont les motivations restent à déterminer. Quant à l’enquête, son directeur n’en a, dit-il, aucune nouvelle.
UN ÉTÉ DE FLAMMES
Dans la nuit du 2 au 3 juin, un incendie suivi d’une explosion détruit un petit salon de coiffure de la rue Condorcet. Dans la nuit du 29 au 30 juin, un témoin voit un inconnu asperger d’essence la façade de la Brasserie des Antiquaires, rue de la Paix, et y mettre le feu avant de s’enfuir en courant. Le 27 août, deux poubelles sont poussées contre l’Arkange Pub (le vieux manoir), rue Saint-Laurent, puis incendiées : ses responsables ont fermé définitivement l’établissement, qui était ouvert et animait les nuits grenobloises depuis 50 ans.
UNE INSTITUTION QUI BAISSE LE RIDEAU
Le 5 octobre, ce sont les 6 boutiques du Chardon bleu, trois à Grenoble et trois dans le Grésivaudan, qui ont fermé leurs portes : la liquidation judiciaire a été prononcée. Trente salariés se retrouvent sans emploi. La boutique incendiée représentait de 50 000 à 70 000 euros de chiffre d’affaires par mois, et son directeur, Nicolas Giacometti, chiffre à 250 000 euros les pertes depuis l’incendie. « Cet incendie nous a mis à genoux et on ne s’en est pas remis », confie-t-il. Une maison née en 1989 disparaît.
L’attaque à la voiture bélier du Chardon Bleu au printemps a suscité un vif émoi.
LA DOUBLE PEINE DU COMMERÇANT
Son plus gros magasin part en fumée, l’indemnité d’assurance n’est pas versée en cinq mois, alors que les pertes d’exploitation sont souvent remboursées à la réouverture. L’administration refuse le chômage technique, au motif que les salariés pourraient être « recasés » dans les autres boutiques, mais les charges, elles, courent. Puis des clients tardent à payer. Nicolas Giacometti évoque lui-même un « contexte économique relativement complexe à Grenoble » où les restaurateurs « galèrent ». Seul face à la crise, voilà le commerçant grenoblois.
DES TIRS EN CENTRE-VILLE, PERSONNE N’APPELLE LE 17
Dans la nuit du 5 au 6 octobre, le gérant du bar MK, au 57 cours Jean-Jaurès, constate 21 impacts de balles sur son rideau métallique et son mur. Une dizaine d’étuis de calibres 7,62 et 9 mm ont été découverts au sol. Plus troublant encore : selon le Dauphiné libéré, les caméras d’un restaurant voisin auraient capté le son de détonations aux alentours d’1h du matin la nuit précédente, sans qu’aucun riverain ni témoin ne compose le 17. Des tirs en plein centre-ville, mais Grenoble s’habitue tellement à la violence et à l’absence de réponse municipale que plus personne n’alerte les autorités.
Le Dauphiné.
UNE POLICE MUNICIPALE À MOITIÉ VIDE
Car face à cette vague, la ville ne mobilise aucun moyens. Sur 120 postes de policiers municipaux ouverts, à peine 50 sont pourvus, avec de nouveaux départs prévus. Moins de la moitié. Laurence Ruffin répète vouloir recruter 50 policiers municipaux, mais ces postes sont ouverts de longue date et les candidats ne se pressent pas. Comment s’en étonner ? Qui voudrait rejoindre rejoindre une police qui n’est pas soutenue par sa hiérarchie ? Une police dont la maire laisse les élus insoumis s’en prendre aux agents, sans jamais les défendre ?
LE REFUS D’ARMER, LE REFUS DE VOIR
Une police dont les agents restent désarmés, alors qu’ils font face à des délinquants surarmés ? Depuis le début du mandat, Clément Chappet et Réconcilier Grenoble proposent une vidéoprotection reliée à un centre de supervision urbain actif 24 h sur 24, l’armement de la police municipale et le renforcement des effectifs. Réponse de la majorité : l’indifférence. Grenoble compte une vingtaine de caméras jugées utiles par le procureur, à des années-lumières des autres villes. En revanche, la municipalité déploie des véhicules à caméras pour contrôler le stationnement ! Forts avec les faibles, faibles avec les forts.
ET PENDANT CE TEMPS, LA MAIRIE ATONE
Que propose Laurence Ruffin ? Des réunions du groupe local de traitement de la délinquance, des rendez-vous, un comité « éthique et scientifique »… Aucune mesure donc, du brassage d’air en réunionite inutile, pendant que Le Seven rejoint la liste des commerces détruits. Cette inertie n’a rien d’accidentel : elle prolonge douze ans de doctrine du renoncement sous Éric Piolle, dont la maire a hérité sans jamais la remettre en question. Pendant ce temps, nos commerces continuent de brûler.