Par

Thomas Martin

Publié le

17 oct. 2026 à 6h58

Il n’avait que 18 mois lorsque sa vie a basculé. Le 12 mai 2026, un petit garçon avale accidentellement un produit destiné à déboucher les canalisations, contenant de la soude caustique. Transporté à l’hôpital Necker-Enfants malades, dans le XVe arrondissement de Paris, il va subir plusieurs interventions chirurgicales. Mais un nouvel accident, survenu cette fois au bloc opératoire, va considérablement aggraver son état de santé.

Depuis, ses parents et les médecins qui le prennent en charge s’opposent sur une question particulièrement douloureuse : jusqu’où faut-il poursuivre les traitements pour tenter de le maintenir en vie ? Le tribunal administratif de Paris a rendu une ordonnance le 5 octobre 2026.

Un arrêt cardio-respiratoire de trente minutes pendant une opération

Après l’ingestion du déboucheur, l’enfant est soumis à plusieurs opérations. Le 1er juin, les médecins réalisent notamment une trachéotomie, destinée à faciliter sa respiration, et une gastrostomie, permettant son alimentation directement par l’estomac. D’autres interventions sont nécessaires, notamment pour traiter les conséquences de l’ingestion du produit corrosif sur son œsophage.

Le 29 juillet 2026, alors qu’il subit de nouveaux gestes chirurgicaux, le garçonnet est victime d’un arrêt cardio-respiratoire d’environ trente minutes. Les conséquences sont dramatiques. Deux jours plus tard, une IRM révèle d’importantes lésions cérébrales liées à un manque d’oxygénation du cerveau.

Dès le 31 juillet, une première réunion médicale envisage l’arrêt des traitements actifs et le passage à une prise en charge palliative, accompagnée d’une sédation profonde et continue.

Mais ses parents refusent cette perspective.

Les parents constatent des améliorations et refusent de renoncer

Face à leur opposition, les médecins sollicitent un autre avis auprès de l’hôpital Robert-Debré, également situé à Paris. Le 6 août, quatre médecins de cet établissement considèrent que la poursuite des traitements de réanimation constituerait une « obstination déraisonnable ».

Une nouvelle réunion collégiale est organisée le 11 août. Cette fois, les équipes médicales décident de limiter certains traitements plutôt que d’engager immédiatement la démarche palliative initialement envisagée.

La décision prévoit notamment de ne pas procéder à une nouvelle réanimation en cas d’arrêt cardio-respiratoire, de ne pas reprendre la ventilation invasive en cas de détresse respiratoire après son sevrage et d’écarter certaines interventions chirurgicales ou transfusions.

En revanche, plusieurs prises en charge restent maintenues, notamment les antibiotiques lorsque nécessaires, la kinésithérapie et les soins de confort.

Pour les parents, cette décision demeure inacceptable. Ils affirment constater des signes d’amélioration chez leur enfant, notamment sur le plan neurologique, et estiment que les médecins se sont prononcés trop rapidement sur son avenir. Le 4 septembre, ils saisissent le tribunal administratif de Paris en référé pour obtenir la suspension de la décision médicale et réclament une expertise indépendante.

Une expertise extérieure demandée par la justice

Leur démarche ne reste pas sans effet. À l’audience du 7 septembre, le tribunal relève que la dernière évaluation neurologique présentée par les médecins remonte au début du mois d’août. Il demande alors un nouvel avis médical provenant d’un établissement extérieur à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP).

Le 25 septembre, un professeur de l’hôpital de la Timone, à Marseille, examine à son tour la situation du petit garçon. Certains progrès sont effectivement constatés. L’enfant a gagné en autonomie respiratoire, sa sédation est progressivement allégée et certains médicaments ont pu être diminués ou arrêtés. Mais ces améliorations ne suffisent pas, selon les médecins, à modifier le pronostic neurologique.

Une IRM réalisée le 24 septembre confirme la présence de graves séquelles cérébrales. Les différentes équipes médicales anticipent une situation de polyhandicap sévère, avec une absence de marche et de langage autonomes et une dépendance pour les actes de la vie quotidienne.

Mais le tribunal reconnaît lui-même que les caractéristiques exactes du futur handicap de l’enfant ne peuvent être définies avec certitude.

La justice donne raison aux médecins

Dans son ordonnance du 5 octobre, le tribunal administratif de Paris reconnaît les progrès observés chez le garçonnet, mais considère qu’ils ne remettent pas en cause les conclusions des différentes équipes médicales. Les juges estiment que la poursuite des traitements actifs concernés par la décision du 11 août présente un caractère disproportionné et relève d’une « obstination déraisonnable ».

Ils écartent également l’argument des parents selon lequel les médecins auraient pris leur décision trop rapidement, seulement treize jours après l’arrêt cardio-respiratoire.

Le tribunal souligne par ailleurs que la position de la famille a été prise en compte. La demande des parents est donc rejetée.

Les médecins peuvent-ils décider contre l’avis des parents ?

Le droit français impose aux médecins de rechercher leur accord, mais celui-ci n’est pas systématiquement indispensable. En cas de désaccord, une décision de limitation ou d’arrêt des traitements peut être prise à l’issue d’une procédure collégiale, lorsque leur poursuite constitue une obstination déraisonnable.

Les parents conservent toutefois la possibilité de saisir la justice pour contester cette décision.

Dans le cas de ce garçonnet, le tribunal considère que les garanties prévues par la loi ont été respectées et qu’aucune atteinte grave et manifestement illégale à son droit à la vie et à la santé n’est caractérisée.

L’ordonnance ne signifie cependant pas que l’ensemble des soins dispensés à l’enfant doit cesser. Elle valide la limitation de certains traitements précis, tandis que d’autres prises en charge, notamment les soins de confort, restent prévues.

À la date de la décision, le petit garçon était toujours pris en charge médicalement. Son état de santé au 15 octobre 2026 et l’existence d’un éventuel recours ultérieur n’ont pas pu être vérifiés.

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