Encore trentenaire, Marie a découvert qu’elle avait une petite boule à l’intérieur du sein. Six ans plus tard, elle raconte la maladie, la mastectomie, et sa rencontre avec une femme qui a changé son rapport au corps.

Marie a 34 ans. Elle travaille dans un Ehpad. C’est le premier confinement. En manipulant les résidents, elle ressent une gêne à la poitrine, comme une sorte de boule sous sa peau.

« Je me suis dit, ça va passer. raconte-t-elle Et puis au moment du Covid, on pensait à autre chose ». C’est sa mère qui la pousse à consulter. Elle attend trois ou quatre mois avant de franchir la porte de son médecin.

À la palpation le professionnel est catégorique. Marie prend la direction des urgences pour une échographie et une mammographie. Le diagnostic du cancer est alors posé.

On ne réagit pas. Sérieusement, on n’y croit pas.

Marie, patiente en rémission

Elle raconte avoir été « pas mal dans le déni ». Elle se sent en forme. La boule dans sa poitrine ne lui fait pas mal. Quand on a 34 ans, on pense que le cancer du sein, « c’est pour les autres ». Les campagnes de dépistage visent les femmes à partir de 50 ans, alors elle avait « simplifié les choses », elle se persuade que ce n’est qu’un kyste qu’on enlève et c’est terminé.

Prise en charge au centre François Baclesse, à Caen, Marie voit les rendez-vous, les prises de sang et les examens s’enchaîner. « On est tout de suite pris en charge et on part dans une spirale où on ne voit pas le jour. »

Une tumorectomie est d’abord envisagée. Mais lors de la pose des repères, les médecins découvrent une seconde tumeur. Son cancer est évolutif et agressif.

Son sein ne pourra pas être sauvé. « Le vide total » dit-elle. Une seule pensée occupe alors Marie : « Qu’est-ce que je vais dire à mon fils ? » Elle demande si elle va mourir.

Il faut attendre les résultats des examens. Pendant trois semaines, elle ne sait pas.

Six séances de chimiothérapie précéderont son opération. La chute de ses cheveux lui fait prendre conscience de sa maladie. « C’est de là que je me suis dit, je suis vraiment malade. »

Après l’opération, Marie ressent d’abord un soulagement. Elle l’explique comme à son fils quand il était petit. On a enlevé « les petits monstres », les mauvaises cellules. Mais son corps, lui, a changé.

Pendant des mois, elle n’ose ni toucher ni regarder sa cicatrice. Ce sont les infirmières qui font les soins. « Je me suis dit, je ne suis plus moi-même. C’est un corps qu’on ne connaît pas. » Aujourd’hui encore, chaque douche lui rappelle ce qui s’est passé. « L’après-cancer est très compliqué », confie-t-elle. Elle n’a plus de protocole de soins à suivre, mais la maladie reste présente.

Arrive un jour d’Octobre rose, dans un centre équestre où Marie monte à cheval. Une amie commune lui présente Marie-Odile, de l’association Cœur de F.A.M (Femmes après Mammectomie), venue tenir un stand. Les deux femmes échangent leurs histoires. Marie-Odile remarque aussitôt que Marie ne porte pas de prothèse.

« Tu sors d’une galère, tu ne peux pas en avoir une autre », lui dit alors Marie-Sophie. Elle évoque le déséquilibre du corps qui finira par lui provoquer une scoliose si elle reste sans prothèse. La semaine suivante, elle l’emmène à la pharmacie pour l’équiper de sous-vêtements adaptés.

Devant le miroir de la cabine d’essayage, avec une prothèse provisoire, Marie se met à pleurer. « J’ai remercié Marie-Odile en lui disant, ça y est, je vais pouvoir aller à la piscine avec mon fils en tant que vraie femme. »

Au-delà du confort, la prothèse n’est pas un simple accessoire. Sans elle, le corps adopte des positions antalgiques et se déséquilibre, certes. Mais c’est aussi une question d’identité. « On nous a enlevé un sein. Ce n’est pas un accessoire. Même si c’est artificiel, ça nous permet de nous ressentir femme. »

Marie plaide désormais pour que la lingerie post-cancer ne soit pas réduite à sa fonction médicale. Les pharmacies répondent au besoin de confort et de praticité, « et heureusement qu’elles sont là », mais il faudrait aussi un peu de fantaisie.

« J’ai besoin de me sentir femme », dit-elle, « j’ai besoin de me sentir sexy, rien que pour moi-même ». De beaux sous-vêtements, invisibles sous les vêtements, aident à se sentir bien dans son corps et à retrouver l’estime de soi. Certaines chaînes de lingerie commencent à s’y intéresser.

Marie ne tarit pas d’éloges sur l’action de Marie-Odile et de Cœur de F.A.M. Désormais, elle soutient l’association qui multiplie les manifestations. Elle aimerait qu’elle se fasse davantage connaître pour que d’autres femmes puissent bénéficier du même soutien.