l’essentiel
Même si Toulouse n’a pas été la ville où l’on déplore le plus de vandalisme, c’est la peur, l’inquiétude et le traumatisme qui définissent l’état d’esprit de plusieurs commerçants du centre-ville qui ont subi samedi 17 octobre l’une des pires journées de leur profession. Vandalisés, voire pillés pour certains, ils tentent de garder la tête hors de l’eau au cœur d’une situation économique catastrophique pour le commerce. Ils cherchent aussi des solutions pour protéger leur commerce et faire face en évitant le pire aux prochaines manifestations. La responsable du commerce sur la Haute-Garonne tire la sonnette d’alarme sur la trésorerie et remarque que certains salariés ont même démissionné. Reportage.

« Ce samedi, la peur s’est installée chez les commerçants et les riverains », estime Sandrine Rossignol, directrice de la Fédération des associations de commerçants de Toulouse. « Ce qui s’est passé samedi 17 octobre est tout simplement effroyable avec une perte de chiffre d’affaires estimée entre 60 et 100 %, soit une moyenne depuis octobre de -40 %. » Certains salariés envisagent de démissionner, selon elle. Lundi des boutiques n’ont ouvert qu’à 14 heures, « histoire de souffler » lâche une commerçante, pour qui « le 17 octobre a été la pire journée de ma carrière ».

Bershka a été méthodiquement pillé par les émeutiers.

Bershka a été méthodiquement pillé par les émeutiers.
FREDERIC SCHEIBER

En déambulant, on peut voir plusieurs façades bardées de panneaux de bois, souvenir des dégâts des Gilets jaunes. Ils protègent les vitrines et évitent les saccages. Comme place Wilson, une parfumerie : « On a évacué le magasin samedi, on a évité le pillage mais c’était très juste. On craint pour samedi prochain. » Cette réflexion est récurrente au fil des témoignages : la crainte de la réitération. « Nous avons eu une peur terrible, estime une commerçante de la rue de la Pomme. Les gens sont atterrés, ne viennent plus en ville. Regardez le calme de ce lundi. »

Une autre commerçante décrypte la journée de samedi : « Dès 10 heures, des groupes de jeunes ont arpenté le centre-ville. À 17 heures, violences et vols ont commencé. Personne ne pensait arriver à ce stade. On a fermé le magasin. » Elle reste consternée par les mentalités et décrit une scène de vol rue Saint-Rome où « quatre jeunes filles sont venues en voiture achever le pillage d’une boutique de mode et se servir en vêtements ». Toujours dans l’hypercentre, le tiroir-caisse d’un commerce, avec la recette du jour, a été fracassé à coups de marteau et pillé, « par une bande de jeunes très violents et mobiles », selon le gérant pour qui un seuil a été franchi.

Des solutions envisagées pour parer au pire

Nathali Cutolo, présidente de l’association des commerçants rue Saint-Rome, énumère les dégâts causés chez Micromania, Courir ou encore iServices, atelier de réparation de téléphones, dépouillé de ses articles. Rue Alsace, plusieurs boutiques ont été pillées à l’exemple d’une enseigne de mode, ouverte pourtant ce lundi « pour l’heure nous constatons les dégâts », estime la direction. Plus loin, une maroquinerie a subi le même sort. Une boutique de maquillage a décidé, par mesure de sécurité, de masquer les vitrines, explique sa responsable, « nous avons eu des tags, c’est tout ». Une autre spécialisée en articles de sport a choisi la solution du « vidage » soit sortir tous les articles des vitrines « on l’a fait ce samedi et on renouvellera l’initiative chaque samedi », précise une vendeuse. Une solution retenue par un autre commerce de la rue : « Nous refusons de mettre en danger notre personnel », note la responsable.

Des commerçants se sont joints au rassemblement à l'appel de l'AMF lundi au Capitole.

Des commerçants se sont joints au rassemblement à l’appel de l’AMF lundi au Capitole.
FREDERIC SCHEIBER

Enfin, Antoine Nori, commerçant à Victor-Hugo depuis des décennies, rappelle avec justesse : « Tous les itinéraires n’intéressent pas les pilleurs et on peut manifester partout. Il faut donc choisir un lieu éloigné du centre-ville, tel le Stadium par exemple. Sinon, on court droit à la catastrophe ».