Par

Emilien Jacques

Publié le

22 oct. 2026 à 18h03

Il y avait comme une sensation de déjà-vu, ce midi du jeudi 22 octobre 2026, devant les grilles de l’usine Euroapi, à Saint-Aubin-lès-Elbeuf (Seine-Maritime). Comme en mai dernier, ils étaient plus d’une soixantaine de salariés à participer au mouvement de grève en opposition aux mesures controversées prises par leur direction ces derniers mois.

Un plan de sauvegarde de l’emploi qui ne passe pas

La gronde d’une partie des 290 salariés d’Euroapi est née après l’annonce d’une quarantaine de suppressions de poste par la direction en mars dernier dans le cadre d’un Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). Les syndicats élevaient alors la voix face à cette restructuration qui allait entraîner une vingtaine de licenciements.

À cette époque, la direction d’Euroapi France justifiait ses intentions : « Ajuster notre modèle opérationnel est une nécessité pour pérenniser l’entreprise et assurer la continuité durable de nos opérations. »

Des acquis sociaux menacés

Dans le prolongement de ce premier mouvement de contestation, un nouveau piquet de grève a eu lieu, jeudi 22 octobre 2026. Devant l’usine de fabrication de principes actifs pharmaceutiques, les salariés expriment désormais leur crainte de voir s’envoler certains acquis sociaux après la renégociation du statut collectif engagé par l’entreprise au 1er septembre dernier.

Le salariés d'Euroapi mobilisés exprimaient leur crainte de perdre certains de leurs acquis sociaux.
Les salariés d’Euroapi mobilisés exprimaient leur crainte de perdre certains de leurs acquis sociaux. © Emilien Jacques

Parmi les inquiétudes, la suppression de la sixième semaine de congés payés, de plusieurs revalorisations salariales et primes d’ancienneté, ou encore de jours de RTT. Des mesures d’économie qui découlent, selon les syndicats, d’une absence de stratégie claire de la part de la direction, notamment face à la concurrence asiatique sur le marché de la production de la vitamine B12, dont la production a baissé de 7 tonnes entre 2025 et 2026 sur le seul site de Saint-Aubin-lès-Elbeuf.

« On a une direction qui n’a aucune méthodologie, dénonce Vincent Pochon, délégué syndical Sud-Chimie. Ils touchent aux acquis pour pallier leur absence de stratégie ».

Mobilisés, jusqu’au rachat ?

Si le bras de fer est donc en cours pour la préservation de leurs acquis sociaux, les syndicats ont déjà remporté une petite bataille : « Ils voulaient négocier nos accords en deux réunions, s’indigne Vincent Pochon. On a réussi à étendre le calendrier, mais ils veulent tout boucler en décembre. »

Une gestion du calendrier qui interroge du côté des grévistes : « On a l’impression qu’ils veulent terminer rapidement pour pouvoir vendre en 2027, on sent quelque chose comme ça… », évoque Yohann Petit, délégué CGT.

La prochaine réunion entre la direction et les organisations syndicales est d’ailleurs prévue les 4 et 5 novembre prochains. D’ici là, Vincent Pochon n’exclut pas d’autres mouvements « surprises » sur le site de Saint-Aubin-lès-Elbeuf, « pour montrer que les salariés sont derrières ceux qui vont en négociations ». Avant d’évoquer la possibilité de porter leurs revendications jusqu’au siège d’Euroapi, à Paris.

Euroapi a engagé « un projet de compétitivité »

Contactée, la direction d’Euroapi explique que la renégociation du statut collectif s’inscrit dans « un projet de compétitivité en France », engagé pour répondre à « un environnement de marché particulièrement exigeant et dans le cadre de son plan de transformation ».
L’entreprise se dit « consciente de l’importance des sujets actuellement discutés et des efforts envisagés, qui concernent l’ensemble des collaborateurs, y compris l’équipe dirigeante du Groupe. »
« Euroapi reste pleinement engagée dans un dialogue constructif avec ses partenaires sociaux afin de parvenir à un accord », assure la direction.

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