Les affrontements entre l’Arabie saoudite et les rebelles houthis s’intensifient au Yémen, faisant des dizaines de morts ces derniers jours. Face à l’escalade, des chefs tribaux yéménites ont présenté à Genève un «code d’honneur» pour protéger les civils et faciliter l’aide humanitaire.

Un bombardement saoudien a fait au moins 12 morts dans l’ouest du Yémen, ont affirmé jeudi les Houthis pro-iraniens, avant que Riyad ne soit secouée par des explosions, en pleine intensification des hostilités entre les deux camps. «Selon un bilan provisoire, 12 personnes ont été tuées et trois autres se trouvent dans un état critique à la suite d’une attaque de l’ennemi saoudien», a indiqué le ministère de la Santé du mouvement houthi, dans un communiqué cité par l’agence Saba.

La frappe a visé des habitations dans la province de Taëz (ouest), a précisé cette source. Les houthistes et les forces saoudiennes, qui appuient le gouvernement yéménite, échangent quotidiennement des frappes depuis la reprise en juillet du conflit au Yémen, pris dans la guerre au Moyen-Orient après quatre ans d’accalmie. Dans la matinée, la coalition militaire menée par Riyad avait affirmé avoir intercepté un missile balistique visant le territoire saoudien. En début de soirée, huit explosions ont été entendues par des journalistes de l’AFP dans la capitale saoudienne, précédées de SMS d’alerte des autorités signalant une «menace aérienne». La Défense civile saoudienne a aussi signalé un «danger potentiel» à Kharj, au sud-est de Riyad, et dans la ville méridionale de Najran.


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Face aux attaques houthistes, Riyad cherche à rallier un soutien international

Au Yémen mercredi, des bombardements saoudiens visant notamment une station-service et un marché avaient fait au moins 14 morts dans la province frontalière d’al-Jawf (nord-ouest), selon les Houthis. Ceux-ci avaient de leur côté visé l’aéroport d’Aden, ville du sud qui abrite le siège temporaire du gouvernement, chassé de la capitale Sanaa. Selon le porte-parole des forces gouvernementales, Majed al-Nuzaili, c’est la sixième fois que l’aéroport était visé. Il a fait état de blessés civils et de dégâts matériels.

Le porte-parole militaire des houthistes, Yahya Saree, a invoqué «la présence d’un avion-cargo militaire» saoudien «transportant des armes destinées à tuer le peuple yéménite» pour justifier l’attaque. L’Arabie saoudite n’a pas commenté ces allégations. Les hostilités se sont intensifiées en septembre avec une offensive des combattants pro-iraniens dans l’ouest du pays, qui leur a permis de renforcer leur emprise sur le stratégique détroit de Bab el-Mandeb, reliant l’Europe à l’Asie via le canal de Suez. Face aux attaques houthies, Riyad a cherché à rallier un soutien international. En réponse, l’Égypte a décidé de lui accorder un soutien militaire défensif, mais l’allié américain n’a lui pas donné suite.

Un «code d’honneur» engageant ses signataires à protéger les civils

Les combats au Yémen ont fait plus de 1600 morts et 275.000 déplacés, selon les chiffres de l’ONU, sans qu’aucune issue diplomatique ne soit en vue. Dans ce grave contexte humanitaire, environ une centaine de chefs tribaux yéménites ont présenté un «code d’honneur» engageant ses signataires à protéger les civils et garantir l’accès de l’aide, au siège des Nations unies à Genève jeudi.

Signé par quelque 5 000 chefs tribaux à travers tout le pays – selon la Fondation suisse DCAF – le code vise aussi à protéger les blessés, imposer le respect des morts et le traitement humain des prisonniers, et préserver les infrastructures civiles. Pour Tatiana Valovaya, directrice générale de l’ONU à Genève, «des initiatives ancrées localement comme celle-ci ne peuvent se substituer aux efforts politiques, mais peuvent apporter une contribution importante en instaurant la confiance et en renforçant les bases sur lesquelles repose une paix durable».

Laila Lutf al-Thawr, secrétaire générale du parti de l’Espoir arabe et l’une des rares femmes présentes à Genève, a salué auprès de l’AFP la présence de signataires liés aux houthistes. «Nous sommes tous liés. Ce qui est à l’origine de tous ces problèmes (au Yémen), c’est l’agenda politique, pas la société yéménite», a-t-elle dit. La diffusion du code doit être assurée par des campagnes de sensibilisation et de formation, la médiation tribale, avec des sanctions et des mécanismes de suivi des violations.