Le long du boulevard périphérique ceinturant la capitale, un panneau publicitaire XXL est accroché sur la façade de plusieurs étages d’une tour HLM vidée de ses occupants. Il saute aux yeux des centaines de milliers d’automobilistes quotidiens. « Ici, c’est Paris », peuvent-ils lire, même de loin.
À l’occasion de la finale de la Ligue des champions ce samedi soir face à l’Inter Milan, le slogan maison du Paris Saint-Germain s’expose depuis quelques jours aux côtés de toutes les trombines des nouvelles stars de l’équipe. Sauf qu’« Ici », on n’est pas à Paris mais à Saint-Ouen, dans le 9-3, tout près des Puces, au cœur de la cité des Boute-en-Train.
Ce symbole, né de façon involontaire, est fort : grâce au PSG, la frontière Paris-banlieue vole, pour une fois, en éclats. Les dalles franciliennes le lui rendent bien. « Moi, je mange Paris, je dors Paris, je vis Paris », s’enflamme Adam, 15 ans, croisé, « ici » à Saint-Ouen mais domicilié à Saint-Denis. « C’est mon club depuis le berceau », jure-t-il du haut de ses 195 cm. « Eh oui, c’est le PSG qui l’a fait grandir », se marre son frère aîné. Leur cousin Anis, 17 ans, déambule, lui, avec un maillot de l’OM. « Mais je m’en fous du foot, dans l’armoire, je n’ai trouvé que ça à me mettre », s’excuse-t-il.
Le slogan « Ici, c’est Paris »… à Saint-Ouen. LP/Vincent MongaillardLes gamins de la « périphérie » peuvent s’identifier aux stars
Ce samedi soir, pour suivre, gratuitement, la rencontre au sommet devant un écran géant dans un espace public, ce n’est pas dans les arrondissements parisiens qu’il faut se rendre – aucun dispositif de ce genre n’est prévu par la municipalité – mais de l’autre côté du périph’. De nombreuses villes de petite et grande couronne ont décidé de retransmettre la finale qui pourrait être historique pour Dembélé et ses coéquipiers en cas de triomphe à Munich.
Parmi celles qui jouent le jeu, Aulnay-sous-Bois, Saint-Denis, Drancy, Rosny-sous-Bois, Neuilly-sur-Marne et Noisy-le-Grand en Seine-Saint-Denis, Suresnes dans les Hauts-de-Seine, Garges-lès-Gonesse dans le Val-d’Oise, Carrières-sous-Poissy, Conflans-Sainte-Honorine et Trappes dans les Yvelines, Évry-Courcouronnes dans l’Essonne ou encore Montereau-Fault-Yonne en Seine-et-Marne.
Au fil des saisons, surtout depuis l’arrivée des Qatariens aux commandes du PSG et son lot de stars comme Ibrahimovic, Beckham, Neymar ou Messi, la popularité du club a gagné du terrain au pied des barres. Le crack de Bondy (Seine-Saint-Denis), Kylian Mbappé y a largement contribué pendant sept ans avant de se laisser séduire par le Real Madrid.
Aujourd’hui, les gamins de la « périphérie » francilienne peuvent s’identifier à des vedettes qui, comme eux, ont grandi dans des quartiers populaires : Ousmane Dembélé à Évreux (Eure), Bradley Barcola à Villeurbanne (Rhône), Warren Zaïre-Emery à Romainville (Seine-Saint-Denis)… « Ce sont des joueurs qui leur ressemblent, qui écoutent la même musique qu’eux, qui ont une coupe de cheveux identique », décrypte Chancel Gatsoni, éducateur sportif à Saint-Denis, pour qui « Paris, c’est le club de la banlieue ».
Le maillot du PSG a remplacé celui de l’OM
Le PSG, lui-même, y a renforcé sa notoriété grâce à son « Academy », des écoles de foot ayant essaimé à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), Ivry (Val-de-Marne) ou Gennevilliers (Hauts-de-Seine). Dans les rangs des meilleurs ambassadeurs du PSG hors de ses bases historiques figurent également les rappeurs « made in Île-de-France », à l’instar de Booba, Niska, Guy2Bezbar ou PLK qui, à coups de punchlines offensives, célèbrent le club de « Paname » dans leurs tubes.
Cette semaine, SDM, enfant de la cité des 3F à Clamart (Hauts-de-Seine) s’est rendu dans la ville de son enfance pour offrir des dizaines de maillots du PSG à la jeunesse.
Ici comme ailleurs sur les gazons synthétiques des city stades de la région, la tunique du PSG a fait une percée, détrônant largement celle de l’Olympique de Marseille qui, il y a trois décennies, disposait du quasi-monopole. « Moi, enfant, j’étais pour l’OM de Papin », se souvient Rachid, fonctionnaire de 42 ans et coach au club de foot du CSL Aulnay à Aulnay-sous-Bois.
Ce jeudi, une après-midi de détections y est organisée dans son… Stade Vélodrome sous l’œil de recruteurs en quête de la perle rare. Parmi les ados présents dans l’espoir de se faire repérer, Rayane, 15 ans, licencié au FC Bourget mais vêtu du maillot de l’équipe phare de la capitale.
« Moi, mon rêve absolu, c’est d’intégrer le centre de formation du PSG », ambitionne le latéral gauche qui ne dirait tout de même « pas non » au Real Madrid. Son idole ? « Maintenant que Mbappé n’est plus là, c’est Dembélé. Ce que j’aime dans ce club, c’est qu’il fait de plus en plus confiance aux jeunes », applaudit-il.
« Aujourd’hui, tout le monde est pour Paname parce qu’il est en finale. Mais avant, ça crachait sur lui », se rappelle un ailier gauche de 16 ans, « tranquille » dans son survêt aux couleurs du PSG. Ce samedi à 21 heures, il regardera le match « au grec » comme il dit, un kebab dans son fief à Villepinte. « Et grâce au collectif, on va gagner 3-1 » , pronostique-t-il.
L’espoir d’un futur stade aux prix plus accessibles
Au bord d’un terrain annexe, Khalil, 14 ans, de la cité du Gros Saule à Aulnay-sous-Bois, collectionne les jongles et les dribbles avec ses potes. Il est un inconditionnel du PSG, mais n’a jamais pu goûter à « l’ambiance du Parc des Princes ». « Le problème, c’est le prix des billets », regrette-t-il.
S’offrir une place dans l’arène de la porte d’Auteuil est, avec « l’embourgeoisement » des tribunes, devenu quasiment un luxe ces dernières années. « C’est malheureusement inaccessible pour les jeunes de banlieue. Mais avec le projet de grand stade de 80 000 places, ça devrait changer », espère l’éducateur Chancel Gatsoni.
Avec une future enceinte susceptible de sortir de terre à Poissy (Yvelines), Massy et Ris-Orangis (Essonne) ou encore… Aulnay-sous-Bois, ce sont la banlieue et ses forces vives qui devraient être les grandes gagnantes de ce déménagement titanesque loin de la tour Eiffel.