Par
Clément Mazella
Publié le
3 juin 2025 à 17h38
Après 2023 et 2024, Grenoble disputera une nouvelle finale de Pro D2. Samedi 7 juin (17h30), de nouveau à Ernest-Wallon à Toulouse, le FCG, leader de la phase régulière et qui a enthousiasmé plus d’un observateur de par la qualité de son jeu, affrontera la surprise Montauban, avec pour la première fois l’étiquette de favori. Mais le manager de Grenoble, Aubin Hueber, qui n’a pas voulu tomber dans la langue de bois auprès d’Actu Rugby, n’est pas forcément d’accord sur ce statut-là, s’avouant très méfiant au sujet d’une formation de l’USM qui a écarté Colomiers et Brive.
3e finale de suite pour Grenoble
Actu : Aubin, nous imaginons bien que la satisfaction est réelle de pouvoir de nouveau retourner en finale de Top 14
Aubin Hueber : C’est énorme pour le club ! Nous espérons juste que cette fois, le scénario des deux années précédentes ne se répétera pas (défaite contre Oyonnax 14-3 et Vannes 16-9).
Quels ont été vos premiers mots envers le groupe après cette demi-finale maîtrisée contre Provence Rugby et l’optique de la finale ?
A.H : Nous avons pris le temps de les féliciter de leur comportement. Un match de phase finale, si tu es indiscipliné et que tu fais beaucoup de fautes, tu es puni. Là, aucune sanction dans les 25 premières minutes, et 4 sur l’ensemble du match. Face à une telle équipe de Provence Rugby, c’est assez énorme. Cela démontre avant tout l’implication et la concentration des mecs. Provence Rugby avait clairement fait part de son côté revanchard pour cette demie : nous avons su mettre le curseur plus haut et le niveau de discipline et de jeu à la hauteur de l’événement.
Cela démontre-t-il aussi que ce groupe a appris avec le temps et fait preuve d’une maîtrise déterminante pour pouvoir espérer monter en Top 14 ?
A.H : Dans la totalité, le groupe a pas mal bougé durant l’intersaison, mais quand on regarde la composition d’équipe actuellement, 80% des mecs alignés sont présents depuis plusieurs années c’est vrai. Il a acquis de l’expérience, je l’accorde. Mais une finale reste une finale : il faut la gagner avant tout.
Le statut de favori
Comment percez-vous la présence surprise de Montauban, 6e et dernier qualifié, en finale, qui va vous conférer pour la première fois le statut de favori ?
A.H : Dans les faits, nous sommes favoris, car nous avons fini 1er et Montauban 6e. Mais en Top 14, j’ai souvenir d’un Castres champion de France en ayant terminé 6e de la phase régulière. Je ne veux pas faire de la langue de bois, mais sur une finale les dés sont relancés. C’est donc du 50-50. Quand nous voyons ce que réalise Montauban sur cette fin de saison, avec des victoires à Colomiers (23-26, NDLR) qui tournait du feu de Dieu, et Brive (13-29, NDLR), nous estimons qu’elle est armée pour être championne. Donc, attention ! Si cette équipe est là, ce n’est pas dû au hasard. Il y a de la qualité dans chaque ligne, de bons buteurs, et un staff de qualité qui a bien bossé.
Ce statut de favori ne pourrait-il pas accentuer la pression sur les épaules de votre groupe, qui a déjà dû digérer deux finales consécutives perdues ?
A.H : Les médias vont écrire que nous sommes favoris. Mais pour moi, lors d’une finale, chaque équipe est autant favorite l’une que l’autre. Pour voir tous les jours les joueurs, ils n’ont pas en tête ce côté favori. Le vainqueur sera celui qui sera le plus appliqué, le plus concentré, le plus déterminé et le plus discipliné. J’estime que Montauban a autant de qualités que nous pour gagner ce titre de champion de France. Nous devrons batailler très fort pour dompter l’USM, c’est une certitude.

Le manager de Grenoble, Aubin Hueber, se méfie de Montauban et la confiance engrangée après ses victoires à Colomiers et Brive. (©Icon Sport)Son regard sur Montauban
Comment allez-vous aussi vous y prendre pour que ce groupe, qui a été marqué par les récents échecs, ne ressasse pas tout au long de la semaine les deux finales perdues ?
A.H : C’est un travail individuel de chaque joueur qui a participé à ces deux finales avant tout. Ce que nous leur disons, c’est de ne pas se poser ce genre de question. Et surtout, d’être libérés pour jouer cette finale avec toutes nos qualités physiques, morales et techniques. Il faut enfin se payer : le groupe a bien bossé cette saison, mais finir 1er de la phase régulière ne permet qu’une chose, celle de recevoir ta demi-finale. Rien de plus.
Lors de la saison régulière, 1-1 sur la confrontation régulière. Que craignez-vous le plus chez cette équipe de Montauban qui jouera sans complexe ?
A.H : Justement : qu’elle soit sans complexe ! Cette finale, ce n’est que du bonus pour Montauban. C’est pour ça que j’ai fait référence à Castres : j’ai souvenir que cette équipe jouait sans crainte du résultat, et qu’elle est devenue championne de France. Montauban est dans un état d’esprit similaire : il évolue sans rien avoir à craindre. Il y a une bonne charnière, des buteurs efficaces, une paire de centres perforante, et un trio d’arrières assez efficace. Je n’oublie pas un capitaine (le 3e ligne Fred Quercy, NDLR) au rôle très prenant dans le jeu, qui encourage parfaitement ses troupes. Il y a des leaders un peu partout : j’y vois bien des qualités dans cette équipe de Montauban. Et ce que je crains aussi, c’est ce satané rebond du ballon ovale, qui le jour J peut retomber dans les bras de l’adversaire au bon moment…
Grenoble sans plusieurs de ses meilleurs joueurs
Cette Pro D2, c’est un championnat très long et vous avez payé pour cela. Cette finale pourrait elle aussi se décider sur la fraîcheur ? Vous avez la chance d’avoir disputé un match de moins…
A.H : Bien sûr que l’état psychologique et de fatigue peut y jouer. Mais sur une finale, si Montauban est devant au score ou pas loin derrière, avec le mental qu’ils ont engrangé lors des victoires à Colomiers et Brive, cela peut aussi leur servir, malgré plus de minutes disputées dans les pattes. Cela peut être un supplément d’âme. Et d’expérience, quand j’étais joueur, je préférais enchaîner les matchs que de couper 15 jours et espérer être frais. Des fois, tu passes à côté car il te manque de la cohésion.
Grenoble n’a pas été épargné par une certaine casse cette saison. Vous avez récupéré du monde pour la phase finale, mais pouvez-vous nous faire un topo sur les forfaits et l’état des troupes ?
A.H : Madeira et Soury sont forfait. Hardwick, l’un de nos meilleurs joueurs, exclu en demi-finale, sera aussi absent. Sirgel a été opéré d’une épaule et manquera également à l’appel. Cros ne sera pas là non plus. Maurua n’a que 20-25 minutes dans les jambes. Nous ne venons pas avec toutes nos forces, c’est sûr, au contraire de Montauban. Donc sur le statut de favori, c’est peut-être plus Montauban qui l’est niveau effectif…
Suivez toute l’actualité de vos villes et médias favoris en vous inscrivant à Mon Actu.