« J’eus le coup de foudre [pour Marseille]. Je grimpai sur toutes ses rocailles, je rôdai dans toutes ses ruelles, je respirai le goudron et les oursins du Vieux-Port, je me mêlai aux foules de la Canebière, je m’assis dans des allées, dans des jardins, sur des cours paisibles où la provinciale odeur des feuilles mortes étouffait celle du vent marin. » Ainsi se termine l’extrait soumis aux élèves de troisième jeudi dernier 26 juin, dans le cadre du brevet des collèges de la série générale.

À partir de ce texte écrit par Simone de Beauvoir en 1960, les collégiens devaient imaginer la lettre que la romancière aurait écrite à ses parents pour décrire son arrivée dans la ville. « Une chance pour les élèves marseillais, c’est sûr », sourit une enseignante du 3e arrondissement de Marseille.

Pour cet exercice de rédaction, les correcteurs doivent en effet évaluer la narration, la grammaire, mais aussi la qualité des descriptions. Alors quand on connaît la cité phocéenne, c’est plus simple. « On a eu de belles copies avec de magnifiques descriptions. Certains élèves se sont vraiment emparés de la ville et de ses particularités », s’enthousiasme l’enseignante. Parfois avec poésie, comme ce collégien qui évoque joliment le Vieux-Port : « Ses odeurs de poisson, ses oursins et son ciel bleu azur ». Quitte à véhiculer quelques clichés.

Dans plusieurs copies, rédigées par des candidats de Marseille ou d’ailleurs, des figures anachroniques se sont ainsi glissées. Grâce à l’imagination débordante des élèves, Simone de Beauvoir aurait ainsi assisté à un concert de Jul, mangé un kebab à la Plaine ou fait du jet-ski sur la Méditerranée. Elle aurait aussi appris de nouvelles expressions typiquement sudistes, comme « tié la famille« . Les mentions de l’OM et du Vélodrome sont, elles aussi, très nombreuses, mais ne sont pas pénalisées : ces deux symboles marseillais ont été respectivement fondés en 1897 et en 1937. La philosophe – dont le goût pour le sport, s’il existe, est méconnu – a donc peut-être croisé leur route.

Au niveau de la forme, les correcteurs attendent une présentation épistolaire de la rédaction : date et lieu en haut à droite, apostrophe affectueuse (« Chers parents »), formule d’adieu. Et la bonne signature. Car si plusieurs Simone ont marqué le XXe siècle, c’est bien de Simone de Beauvoir dont il était question dans l’exercice. Et non pas de Simone Weil, dont le nom a pourtant figuré en bas de la rédaction de quelques étourdis.