Par

Angélique Passebosc

Publié le

6 juil. 2025 à 8h30

Elle n’a guère l’habitude de faire les gros titres des journaux. Pourtant, voilà quelques jours que la commune du Vernet – ville de moins de 3 500 habitants nichée aux confins du Lauragais et de la vallée de la Lèze, au sud de Toulouse – est en proie à un véritable charivari. Désolidarisation du conseil municipal, démission du maire, placement en garde à vue de ce dernier… « Nous avons eu vent de l’affaire vers décembre ou début janvier, mais sans plus. Et sans éléments factuels, on ne pouvait pas prendre position », signale à Voix du Midi Lauragais Bernard Tisseire, premier adjoint aujourd’hui devenu maire par intérim. Même constat du côté des employés communaux. « On sentait depuis quelque temps qu’il y avait des tensions, mais on n’en avait ni les tenants ni les aboutissants », confie une agent. Jusqu’à ce que tout – ou partie – finisse par être déballé sur la place publique. Alors que se passe-t-il dans cette collectivité pourtant si discrète habituellement ?

Le maire démissionne…

Sur le site Internet du Vernet, rien ne laisse présager de la situation : au nom de Serge Demange, qui cumule aujourd’hui trois mandats, est toujours accolée l’étiquette de « maire ». Pourtant, le septuagénaire a officiellement délaissé ce siège qu’il occupait depuis 2008 en début de semaine. « Monsieur Demange a sollicité, par lettre du 10 juin 2025, l’accord du préfet sur sa demande de démission de ses fonctions de maire du Vernet. Par lettre du 26 juin, notifiée le 30 juin, le préfet a accepté sa démission », confirme-t-on du côté des services de la préfecture, sollicités par Voix du Midi Lauragais.

Des démissions en pagaille ?

« Contrairement à ce qu’il peut se dire ou s’écrire, nous n’avons pas eu 10 démissions au sein de notre conseil municipal, sinon, une nouvelle élection aurait dû avoir lieu », rétablit Bernard Tisseire lorsqu’on l’interroge sur l’actuelle composition de l’assemblée. « Il y a eu des défections depuis le début du mandat, comme il y en a dans toutes les collectivités, poursuit-il. Nous étions 23 au départ. Jusqu’il y a un mois nous étions 20. Depuis la démission de son poste de maire de Serge Demange, une autre personne est partie. » Le conseil municipal du Vernet se retrouve donc aujourd’hui composé de 19 élus, assez pour tenir jusqu’aux prochaines élections municipales qui auront lieu en 2026.

Quant à savoir ce qui aurait poussé Serge Demange vers la sortie… C’est une tout autre affaire. « Ce qui a fait éclater tout cela, c’est ce qu’il s’est passé au camping municipal, recontextualise brièvement Bernard Tisseire. Lorsque nous (le conseil municipal, qui s’est par ailleurs » désolidarisé « de sa tête de liste, NDLR) en avons eu connaissance, nous avons poussé le maire à démissionner. Mais il reste conseiller municipal et peut donc continuer à siéger. » De là à savoir si l’ancien maire se présentera aux prochaines séances, l’édile ne préfère évidemment pas s’avancer.

…alors qu’il est au cœur d’une enquête

D’autant que Serge Demange est actuellement visé par une enquête – le point de départ de toute cette affaire – pour les chefs de « détournement de bien public, du 1er juillet 2023 au 1er août 2024 dans la commune du Vernet (où il était donc maire, NDLR), dans le cadre de l’activité du camping municipal », informe le Parquet de Toulouse, venant ainsi confirmer une information relayée par nos confrères de La Dépêche du Midi.

Placé en garde à vue mardi matin, l’homme politique – que certains n’hésitent pas à décrire comme « une figure du village », comme quelqu’un de très investi pour cette commune qu’il « aime profondément et sincèrement » –, a été relâché le soir même dans le cadre de la poursuite de cette enquête ouverte depuis, au moins, septembre 2024, renseignent encore les services du procureur de la République.

Le conseil municipal se désolidarise

Et si la présomption d’innocence prime, il n’en demeure que beaucoup de questions se posent d’un point de vue politique. « Serge Demange reste au conseil municipal jusqu’à preuve du contraire. Mais vu l’enquête, je ne sais pas quelle position prendra le préfet à son encontre, commente Bernard Tisseire. Et c’est pareil du côté de l’intercommunalité où il est par ailleurs deuxième vice-président… » Du côté de la Communauté de communes du bassin auterivain (CCBA), justement, aucune décision n’aurait, pour l’heure, été prise. « Il serait prématuré d’annoncer quoi que ce soit, indique la collectivité. Des renseignements sont en train d’être pris. »

Mais au Vernet, les élus ont tôt fait de réagir, faisant ainsi savoir qu’ils ne cautionnaient pas ces actes supposés de détournement de bien public. « Le conseil municipal dont je fais partie s’est désolidarisé du maire, tout en confirmant au préfet que nous voulions continuer jusqu’au bout ce qui a été amorcé au début du mandat, appuie le maire par intérim. Nous avons la chance d’avoir une assemblée sans étiquette et donc sans opposition, ce qui fait que tout le monde est engagé pour continuer à faire vivre du mieux que nous pouvons notre commune. Nous sommes pour cela épaulés par le directeur général des services avec qui nous travaillons main dans la main. »

Un nouveau maire élu d’ici la mi-juillet

Quant à savoir quelle suite sera donnée à cette affaire, c’est bien entendu du côté de la justice qu’il faudra se tourner. « En attendant, nous gérons les affaires courantes ainsi que les dossiers en cours, explique l’édile. Un nouveau maire sera désigné d’ici au 15 juillet par notre assemblée, avant bien entendu les élections de 2026. »

Une échéance à laquelle Bernard Tisseire admet ne pas encore avoir songé. « Je n’ai pas engagé cette réflexion, sachant que nous découvrons progressivement ce dossier depuis le début d’année et que nous sommes déjà bien occupés avec les chantiers en cours… Si je dois y réfléchir, ce sera plutôt en septembre. »

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