L’affaire avait défrayé la chronique. Le 13 novembre 2023, la police judiciaire niçoise lançait une vaste opération de démantèlement du point de deal de la Laverie, dans le quartier des Moulins à Nice. 186kg de résine de cannabis, 9kg d’herbe de cannabis et 900 grammes de cocaïne ainsi que 125.815 euros étaient saisis. Le cerveau de la Laverie, membre de la communauté tchétchène était interpellé de l’autre côté de la frontière. Un business lucratif: entre 450.000 et 600.000 euros par mois.

Le coup d’arrêt mis au trafic a été très momentané. Le lendemain, coup de théâtre. Un autre groupe de narco trafiquants tentait de reprendre le point de deal. Vers 9h30, des tirs de kalachnikov éclataient à deux pas de la place des Amaryllis, très fréquentée en ce jour de marché. De nombreuses interpellations ont eu lieu dans la foulée. C’est ce groupe de narcos qui était jugé ce mardi par le tribunal correctionnel de Nice, lors d’une audience spéciale présidée par Marion Menot. Trois mineurs ont déjà été condamnés, par le tribunal pour enfants, à deux ans de prison ferme dans ce dossier, avec maintien en détention. Seuls deux prévenus sur les cinq comparaissaient ce mardi. Les autres ne se sont pas présentés.

Un commando parti d’un squat

L’information judiciaire a révélé que ce fameux 14 novembre, au lendemain du vaste coup de filet de la PJ, un commando venant d’un squat situé dans le Vieux-Nice, au 5 rue du Pont-Vieux, s’était dirigé vers le quartier des Moulins. Le but: se réapproprier le point de deal, manifestement perdu. Ils sont armés d’une kalachnikov et sont arrivés benoîtement à bord d’un VTC commandé via l’application Bolt. Premier point de rendez-vous: le parvis de la gare de Saint-Augustin. Tous sont vêtus de vestes à capuche et cache-cols pour ne pas être reconnus. À 9h30, c’est le top départ. Ils font irruption sur la place des Amaryllis, en mode western, en plein jour de marché. Effrayés, les habitants entendent trois à quatre tirs de kalachnikov. Des tirs en l’air, « pour intimider ».

Manque de chance pour les narcos, des policiers de la brigade de sécurisation de terrain (BST), en surveillance, assistent à la scène. Une course-poursuite s’engage. Les hommes se délestent d’un sac à dos contenant des produits stupéfiants, dont 172 capsules de cocaïne, et cachent à la va-vite la kalachnikov sous une voiture. L’arme était munie de 26 cartouches, dont une chambrée, prête à tirer de nouveau.

Le procureur a requis jusqu’à six ans de prison. Les prévenus s’avèrent pour la plupart être des va-nu-pieds. « Des miséreux », insiste Me Florian Sempere, certains ayant accepté la somme de 70 euros. Me Franck Chouman a plaidé pour que la peine soit revue à la baisse. Tous, dont les mineurs, avaient accepté l’affaire en échange d’un « travail », d’un logement ou de quelques dizaines d’euros. De la chair à canon pour les narcos. « Ce qui est préoccupant dans cette structure de narco trafiquants, c’est le recrutement d’individus en situation précaire, qui cherchent de l’argent, quelques euros », a déploré le substitut du procureur de la République, Anthony Carello.

Il a dénoncé dans ses réquisitions des faits « d’une extrême gravité » qui se sont déroulés dans un quartier des Moulins composé de travailleurs, d’honnêtes gens, d’enfants. « Je pense à ces gens effrayés qui ont entendu les coups de feu à 9h30 du matin, en plein marché. » Il a insisté sur le danger de ces réseaux qui « gangrènent la vie de nos quartiers ».

Le tribunal a finalement condamné les prévenus à des peines de deux ans à six ans de prison. Des mandats d’arrêt ont été décernés contre les absents. La plupart se sont vus infliger une interdiction définitive de territoire français.