Par
Rédaction Nice
Publié le
12 juil. 2025 à 11h08
La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Rennes a refusé de remettre en liberté à Allonnes (Sarthe), ce vendredi 11 juillet 2025, un habitant de Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes) accusé d’avoir commandité l’extorsion ultra-violente d’un couple à Saint-Coulomb (Ille-et-Vilaine) il y a dix-huit mois. Le 22 décembre 2023, dans cette commune de la côte bretonne située entre Saint-Malo et Cancale, le couple avait en effet été « surpris » vers 22h30 par l’intrusion de deux individus « gantés », « visages dissimulés » et « armés » qui leur avaient réclamé « 400.000 euros » ou « une clé USB de cryptomonnaie » alors que leur enfant de 2 ans dormait à l’étage.
« Un canon d’arme à feu dans la bouche »
Le père de famille avait par la suite eu « les mains attachées au Serflex » et avait reçu des coups au visage lorsqu’il avait déclaré ne pas « détenir l’argent ».
Les malfaiteurs avaient « fouillé l’intégralité de la maison » et l’avaient « roué de coups », au point de lui « lacérer les jambes et les bras » avec un couteau. Ils lui avaient aussi mis « un canon [d’arme à feu, NDLR] dans la bouche », avaient menacé de « violer sa compagne » et de « jeter leur enfant par la fenêtre ».
Les deux agresseurs étaient alors « en conversation téléphonique constante » avec « une ou deux personnes » qui leur « donnaient des instructions » et qui étaient « manifestement au courant de la configuration des lieux », avait expliqué par la suite le père de famille.
Ce dernier était finalement « parvenu à se défaire » et à s’emparer du fusil à pompe de l’un de ses deux agresseurs : une lutte s’était alors engagée et un « tir accidentel » était parti. La victime avait aussi « saisi un couteau céramique » et « frappé un agresseur ».
Une victime accusée d’avoir pris dans la caisse
Les auteurs avaient donc « pris la fuite » mais étaient revenus quelques minutes plus tard pour « récupérer des objets compromettants » et « effacer les traces ».
Au passage, ils en avaient profité pour dérober « deux petits lingots d’or » et « un casque audio », tout en sommant le couple de ne pas donner l’alerte.
L’enquête avait permis par la suite d’établir que le père de famille visé par cette extorsion travaillait pour « une société de trading » immatriculée en Grande-Bretagne et située à Dubaï.
Cet homme avait orienté l’instruction vers ses anciens collègues de travail : l’un d’entre eux, qui vit en Suisse, avait été lui-même victime de faits similaires quelques semaines plus tôt. Les deux sont en fait accusés d’avoir « pris dans la caisse » avant de quitter leur ancien employeur.
Analyse des lignes téléphoniques
Plusieurs protagonistes ont été identifiés dans cette affaire : les enquêteurs ont en effet procédé à « des recherches sur les infractions routières » : ils s’étaient ainsi aperçus qu’un véhicule volé avait été « repéré » sur place.
Or il était déjà dans le viseur des policiers de Rouen (Seine-Maritime) et Caen (Calvados), qui y avaient placé un dispositif de géolocalisation.
L’analyse des lignes téléphoniques ayant borné à proximité du domicile du couple le soir des faits et la vidéosurveillance d’une station-service avaient permis aux plaignants de « reconnaître » un homme. Or « un fusil à pompe » et « deux lingots d’or » avaient été découverts à son domicile.
Il souffre d’un cancer
L’un des malfaiteurs a « reconnu » par la suite sa présence en Bretagne le jour des faits pour « recouvrer une créance » sur « instruction d’un donneur d’ordres » pour « une histoire de bitcoin ».
Puis, les enquêteurs ont identifié « deux lignes téléphoniques » au nom de la compagne d’Omar XXX, un ancien gérant de kebab sur la commune du Trait (Seine-Maritime) : cet habitant de Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes) détenait « 51 % des parts » de la société de trading où d’anciens salariés auraient « pris dans la caisse » avant de partir…
Cet actionnaire de 42 ans – qui se rend « tous les mois à Saint-Coulomb » pour « voir sa belle-mère malade » – a donc été placé en détention provisoire le 8 juillet 2024 mais lui-même souffre d’un cancer : une « rechute » pourrait même le conduire à devoir faire une chimiothérapie et il a perdu « 24 kg » en détention.
Reste qu’une expertise médicale a conclu, en juillet 2024, que son état de santé était « compatible avec la détention » puisque sa pathologie peut y être « prise en charge » dans l’unité de soins de la prison.
Ce jeudi 10 juillet 2025, son avocat est donc venu solliciter sa remise en liberté : devant les magistrats rennais, Me Paul Aprile a longuement fustigé la « sclérose » de cette information judiciaire, dans laquelle des « raccourcis rapides » sont faits en dépit des « éclaircissements » qu’il a apportés au juge d’instruction et que « rien ne contredit ».
« On me fait passer pour l’Arabe de service »
Mais l’avocat général a pour sa part rappelé que la « dette » n’est pas encore remboursée. Il craint donc une « réitération » de ces faits d’une « sauvagerie caractérisée ». Le mis en examen a par ailleurs été condamné à « neuf reprises » pour des « menaces de mort », des « vols », des infractions à la législation sur les stupéfiants et des « violences sur personne vulnérable ».
L’actionnaire majoritaire de la société de trading, par ailleurs « sous-traitant » dans la livraison de colis, a pour sa part rappelé qu’il venait d’un « quartier sensible » de Rouen (Seine-Maritime) et qu’il avait « toujours tout fait pour s’en sortir » en « travaillant très tôt ». « Je donne tous les éléments et on ne m’écoute pas, on me fait passer pour l’Arabe de service », a grincé Omar XXX.
« J’étais propriétaire, je n’avais pas besoin de cet argent et aucun intérêt à faire ça. » Il avait par ailleurs la possibilité d’être logé à Allonnes (Sarthe), près du Mans, où vit désormais sa compagne, en cas de remise en liberté. Mais la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Rennes l’a maintenu en détention provisoire.
CB / PressPepper
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