Par

Margot Nicodème

Publié le

14 juil. 2025 à 12h56

« Ce sont des amis, presque des frères… » Ces mots du procureur synthétisent toute la tragédie autour d’un accident mortel de la route à Lille (Nord), dont la responsabilité est imputée à un homme aujourd’hui âgé de 35 ans. Il en avait 6 de moins, le 7 septembre 2019, quand il a pris le volant de l’Audi A6 de son père, après plusieurs heures passées dans un bar du Vieux-Lille. Sur la façade de l’Esplanade, ce boulevard qui longe le parc de la Citadelle, il fait une sortie de route qui est fatale à l’un de ses trois passagers et amis. À l’arrière du véhicule, un jeune homme de 23 ans meurt dans la collision, si violente qu’un arbre et un lampadaire en sont arrachés de la bordure. Les quatre amis étaient sous emprise de l’alcool, dont le conducteur, qui a dû faire face à l’accusation d’homicide involontaire au tribunal de Lille, le 9 juillet 2025.

« Comment vivre avec ça ? » : un homme jugé à Lille pour homicide involontaire

D’un côté comme de l’autre, les avocats font le récit des dégâts, toujours bien présents, qu’a générés cette nuit bouleversante. Le conseil du prévenu décrit ainsi un homme, père de deux enfants, qui « n’a plus goût à la vie et refuse l’aide de tout le monde depuis 6 ans ». L’avocat de la famille du défunt indique qu’elle « n’a toujours pas fait son deuil ». Pour autant, par la voix de la maman, présente à l’audience, elle dit ne pas se constituer partie civile dans le dossier. Il s’agit, finalement, de familles qui furent longtemps liées par l’amitié que partageaient leurs fils.

À elle, directement, le prévenu demande « pardon ». « C’est quelque chose qui a bouleversé ma vie, comment vivre avec ça ? », dit-il, de manière presque inaudible, dans l’impressionnante salle d’audience.

Ce 7 septembre 2019, il est 3h40 quand un habitant de la façade de l’Esplanade entend l’accident depuis chez lui. Il descend dans la rue, la scène est on ne peut plus chaotique. Le conducteur est penché sur la vitre, en dehors du véhicule, le passager à l’avant a réussi à s’en extraire, et les deux autres à l’arrière sont encore dans l’habitacle. L’un d’eux, celui de 23 ans, est décédé. Le second est bloqué au niveau du sol, entre son siège et celui du conducteur. Il devra être désincarcéré par les pompiers.

L’expert automobile, qui interviendra plus tard dans l’enquête, conclura qu’aucun des quatre jeunes hommes ne portait sa ceinture de sécurité.

Peu de temps avant, ils avaient passé la soirée dans un bar du Vieux-Lille, rue de la Barre. Il y avaient bu des bols de planteur, du whisky, des shooters de rhum. Avant cela, ils avaient inhalé du protoxyde d’azote. Le prévenu, dont la présidente du tribunal précise qu’il a bu « 5 verres d’alcool fort » après exploitation de la vidéosurveillance de l’établissement, reprend alors sa voiture.

L’expert automobile conclut à une vitesse excessive qu’il estime à 120 km/h

Le groupe embarque et prend la direction de La Madeleine, où deux jeunes hommes doivent être déposés. Que s’est-il passé ? Sous l’effet de l’alcool, le prévenu de 35 ans dit s’être assoupi au volant. « Mes yeux ont commencé à piquer, à se fermer. Quand je les ai rouverts, c’était trop tard, je n’ai pas pu éviter l’accident. » Il sanglote, en se remémorant le déroulé du drame.

Son éthylotest indiquera 0,97 g d’alcool/L de sang, quand les trois autres passagers avaient entre 1,15 g et 2,30 g d’alcool/L sang. Mais surtout, l’expert automobile avancera que le conducteur roulait à une vitesse excessive, estimée à 120 km/h sur cet axe du centre-ville limité à 50 km/h. Le spécialiste observe ainsi qu’il fallait « une énergie conséquente pour faucher un candélabre et le projeter sur 25 mètres », tout comme l’arbre déraciné. Quatre voitures stationnées sont également détériorées suite au choc.

Au sujet de cette vitesse, le prévenu ne se souvient de rien. « Le but, c’était de rentrer, mais pas d’aller vite en rentrant », donne-t-il pour toute explication.

Le procureur commence ses réquisitions. « On attend beaucoup de la justice, alors qu’elle n’a pas tous les pouvoirs. Elle n’a pas le pouvoir de revenir en arrière. » Il pointe du doigt le comportement de l’homme de 35 ans, qui « a enchainé les verres dans des temps très rapprochés », cette nuit de septembre 2019. Il requiert 4 ans de prison dont un an avec un sursis probatoire de 2 ans, et un mandat de dépôt différé (afin que le prévenu ait le temps de se préparer à son incarcération).

« Ces réquisitions, elles me terrifient », rétorque l’avocat de la défense. « Il a respecté pendant 6 ans un contrôle judiciaire, c’est un gage de confiance. Il n’a pas d’antécédent judiciaire et est parfaitement inséré. »

La décision sera rendue le 10 septembre 2025.

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