L’une a cru à un canular, l’autre à une erreur de destinataire. Aucun des deux ne s’attendait à être sollicité, et encore moins félicité, un dimanche 13 juillet aux aurores. Mais voilà : leur nom figure dans le décret présidentiel du 11 juillet, portant nomination dans l’ordre de la Légion d’honneur, et publié au Journal officiel ce dimanche.

« Je suis bouleversée »

« Je suis bouleversée », réagit à chaud Christine Cauet, 67 ans, distinguée en tant qu’« ancienne conseillère départementale de la Loire » et « ancienne présidente d’une association à vocation humaniste » (la Licra) pour « 43 années de service ».

Par téléphone alors qu’elle séjourne « au fin fond de la campagne de Calais », celle qui exerce en tant qu’avocate assure qu’elle n’était « pas du tout au courant » de la distinction, apprise par notre message. « Quand j’ai vu votre nom, j’ai pensé à un problème avec une de mes clientes actuellement en détention, sur une affaire que vous aviez suivie, enchaîne l’avocate. Puis j’ai lu le texto et cru à une blague. » Sans accès à internet, elle se tourne vers l’ami Régis Juanico pour obtenir la photo du JO mentionnant son nom.

« Personnellement, je ne m’en sens pas digne. Mais cela m’honore »

« C’est très précieux pour moi, en tant que fille de Résistant et petite-fille de Poilu. Mon grand-père a failli laisser sa peau en sauvant ses camarades. Après la guerre, mon père s’est beaucoup investi au service des anciens combattants : ça, ça mérite les honneurs. C’est cela, le grand service à la patrie. Personnellement, je ne m’en sens pas digne. Mais la distinction m’honore. »

D’autres – mais qui ? Christine Cauet l’ignore – l’ont jugée digne d’entrer dans le plus prestigieux ordre de la République française et ont formulé la demande. Nommée chevalière, la Stéphanoise figure dans les désignations du Premier ministre.

De son engagement public dont l’origine tient à « toutes les personnes formidables » qui l’ont « guidée » – « Un engagement, ce sont des rencontres » – Christine Cauet parle avec passion de la lutte « contre le racisme, l’antisémitisme et toutes les formes de discriminations ». Dans les années 2010, elle préside une dizaine d’années la Licra où elle milite toujours. Christine Cauet évoque aussi l’association Aispas de prévention des abus sexuels qu’elle cofonde dans les années 1990, ou encore l’asile de nuit.

En 1995, cette femme de gauche devient conseillère d’opposition à Saint-Etienne. En 1998, quand elle est élue conseillère générale du canton Saint-Etienne sud-ouest, elle est la deuxième femme à intégrer une assemblée presque exclusivement masculine. Après un bout de chemin avec le Parti socialiste, elle suit Mélenchon quand il crée Nouveau monde, avant de s’en éloigner dès que le mouvement « tourne à la personnalisation ».

« Des messages qui disent bravo, félicitations, mais sans détails »

En 2015, elle est battue, sur son canton, par Jean-François Barnier, dont le nom est associé au sien, dix ans plus tard, dans le même décret de la Légion d’honneur publié ce 13 juillet. Maire honoraire du Chambon-Feugerolles, dont il a été maire sans interruption durant 32 ans, Jean-François Barnier a reçu, ce dimanche tôt, des messages « qui disaient bravo, félicitations, mais sans détails. » Celui qui est encore conseiller départemental a d’abord pensé à une erreur de destinataire, depuis les Alpes où il est en convalescence.

Pour cette figure emblématique de l’Ondaine, « c’est un honneur d’entrer dans cet ordre créé par Napoléon », après la demande qu’il sait avoir été formulée par le député (LR) Antoine Vermorel-Marques. Le Chambonnaire, qui se définit comme centriste, déroule une vie publique durant laquelle il a cumulé les superlatifs. 

À 21 ans, le jeune homme passionné des questions de jeunesse entre au conseil municipal du Chambon-Feugerolles, où il est né. On est en 1971 et il est alors présenté comme « le plus jeune conseiller municipal de la Loire ». Il faut dire qu’il est tout juste majeur. Élu maire en 1988, il présidera aux destinées de sa ville jusqu’en 2020.

« Discret mais efficace »

À 77 ans, Jean-François Barnier représente encore le Chambon, La Ricamarie et une partie de Saint-Etienne au Département. Ce qui porte à 58 le nombre d’années qu’il a dédiées à l’intérêt général. Volontiers discret – « ce qui n’empêche pas l’efficacité », note-t-il – le Chambonnaire a porté les voix de la Loire bien au-delà de son territoire.

Président de l’association des maires ligériens pendant 13 ans, il souligne son mandat de dix ans au Comité européen des régions, où il a fait partie d’une délégation de 24 Français. « Comme réalisation, on peut citer la portabilité des téléphones partout en Europe », suggère-t-il. Jean-François Barnier est nommé chevalier de la Légion d’honneur dans la liste du ministre de l’Intérieur.

Un ancien président de l’université de Saint-Étienne nommé officier

Outre Jean-François Barnier et Christine Cauet, la promotion du 14-Juillet mentionne au moins deux autres personnalités passées par la Loire.

Khaled Bouabdallah a été président de l’université Jean-Monnet à Saint-Etienne de 2007 à 2015. C’est lui qui portait le projet de fusion – qui ne se fera jamais – avec l’université lyonnaise, qu’il présidera de 2015 à 2020.

Nommé chevalier de la Légion d’honneur en 2013, celui qui est actuellement recteur délégué en Provence-Alpes-Côte d’Azur a été élevé au grade d’officier, dans la liste du ministre de l’Education nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Quant à Stéphane Bouillon, conseiller maître en services extraordinaires à la Cour des comptes, ancien secrétaire général de la Défense et de la sécurité nationale, il a été promu au rang de commandeur, sur désignation du Premier ministre.

Stéphane Bouillon a été préfet de la Loire en 2006-2007 et était revenu en 2017 et 2018 comme préfet de région, avant de rejoindre Christophe Castaner en tant que directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur.