Le barreau de Bordeaux vient d’élire Stéphane Guitard et Marie Tastet comme bâtonnier et vice-bâtonnière à partir du 1er janvier 2026. La prévention des risques psychosociaux et la pacification des relations entre professionnels du droit sont leurs priorités.
Le bâtonnat de Bordeaux va changer de visage. Le 30 juin 2025, Stéphane Guitard et Marie Tastet ont été élus respectivement bâtonnier et vice-bâtonnière. À partir du 1er janvier 2026, ils succéderont au duo composé de Caroline Lavessière et Jérôme Delas. Pour ces deux figures de l’ordre des avocats bordelais, c’est l’aboutissement d’un engagement intense au sein du barreau de Bordeaux depuis de nombreuses années.
« C’était une évidence. Nous avons une vraie complémentarité dans nos activités ordinales pour pouvoir mettre en route plein de projets », expose Stéphane Guitard. Cela fait 20 ans que le duo se côtoie. À l’époque, Marie Tastet effectuait son stage dans le cabinet de Stéphane Guitard pendant ses études de droit. Depuis, les deux avocats sont chacun à la tête de leur propre cabinet : le droit pénal pour Stéphane Guitard toujours, et plutôt le droit de la famille et des contrats pour Marie Tastet. Mais ils n’ont pas perdu leur lien. Cette dernière a notamment occupé le poste de présidente des jeunes avocats en 2015 et a rejoint le conseil de l’ordre la même année, pour trois mandats, durant lesquels elle a exercé la fonction clé de trésorière. L’avocat pénaliste avait, lui, créé l’Institut de défense pénale au sein du barreau de Bordeaux dès 2005, a été élu membre du conseil régional de discipline et administrateur de la CARPA.
Candidature unique. Malgré leur fort investissement ordinal et le succès des permanences juridiques à Bordeaux, c’était le seul binôme à avoir fait campagne, sans adversaire. « Assistons-nous à une crise de foi ordinale ? Peut-être, mais cela dépend beaucoup de la situation professionnelle et du timing des candidats. Dans tous les cas, nous devons mieux faire connaître les services de l’ordre à nos confrères », commente Stéphane Guitard. C’est la deuxième fois que cela se produit au barreau de Bordeaux. Or, le phénomène de candidature unique au bâtonnat n’est pas propre à la Gironde, puisqu’il s’est également produit à Lyon cette année (GPL 24 juin 2025, n° GPL479h8).
« Créer du lien, donner du sens » : c’était justement la phrase clé du binôme lors des rencontres organisées pendant la campagne. « Nous voulons apaiser les relations entre avocats et recréer du lien entre les confrères, mais aussi avec les magistrats, les notaires, les experts-comptables et les partenaires du barreau de Bordeaux », illustre Marie Tastet. Concrètement, cette ambition se traduit par la volonté d’organiser davantage d’événements institutionnels et informels.
Risques psychosociaux. La hausse des tensions est en partie due à la forte croissance du barreau de Bordeaux, qui compte plus de 2 200 avocats. « L’augmentation du nombre de membres du barreau entraîne davantage d’interventions de confrères dans les juridictions, ce qui génère une suractivité au tribunal et un échauffement des esprits », explique Stéphane Guitard, alors que les effectifs vont encore augmenter et que le tribunal judiciaire est à l’étroit. Le binôme souhaite également lutter contre les risques de burn-out, dans une profession qu’un tiers de ses membres quitte dans les dix premières années de carrière. « Nous voulons éviter les situations d’isolement dues à l’augmentation du nombre de jeunes avocats ouvrant leur propre cabinet de plus en plus tôt et s’exposant à des risques psychosociaux », souligne le pénaliste. En effet, la moitié du barreau est constituée d’avocats ayant moins de dix ans d’exercice. Face aux problèmes rencontrés au sein même des cabinets, le binôme souhaite mettre en place un « harcélomètre » pour mieux détecter et prévenir les conflits.
Intelligence artificielle. Au-delà de l’aspect relationnel et de l’image de l’avocat en général, le binôme entend se positionner sur des enjeux majeurs pour la profession. Ainsi, ils proposent de créer un « Institut de l’intelligence artificielle pour les avocats » afin de les aider à se former – le barreau compte déjà une vingtaine d’instituts. Ils veulent également encourager les avocats à se spécialiser. Les avocats ayant au moins quatre ans d’exercice et souhaitant obtenir un certificat de spécialisation pourront solliciter un nouvel intermédiaire, recruté au sein du barreau, pour les aider dans les démarches administratives. En parallèle, les deux avocats souhaitent pérenniser les dispositifs mis en place ces derniers mois, comme celui de garde d’enfants d’urgence. « Nous nous inscrivons dans la continuité du binôme actuel, qui a fait un travail absolument remarquable », conclut Stéphane Guitard.
Hugo Robert