Par
Rédaction Lille
Publié le
15 juil. 2025 à 11h41
Le 7 juillet 2025, le mis en cause a été interpellé à Roubaix et placé en garde à vue, après plusieurs jours de surveillance téléphonique par la justice. En comparution immédiate le jeudi 10 juillet, il a été jugé par le tribunal judiciaire de Lille pour avoir assisté la prostitution de deux jeunes filles de 16 et 17 ans, partagé les produits de leur prostitution, et assuré la surveillance de leur activité. L’une des deux filles était sa petite amie.
« L’argent qu’elles récupéraient, je n’ai rien fait avec »
Le 20 mai 2025, la disparition inquiétante de deux jeunes filles est signalée par l’aide sociale à l’enfance du Nord. Très vite après le signalement, la justice découvre que leur numéro de téléphone est associé à une annonce de prostitution en ligne, et leur ligne est mise sur écoute. L’enquête révèle l’identité du jeune homme réservant leurs divers lieux d’activité, dont il est observé entrant et sortant aux côtés des deux filles.
Le jeune homme ne reconnaît pas les faits qui lui sont reprochés : « C’est vrai que j’ai payé le logement, mais l’argent qu’elles récupéraient, je n’ai rien fait avec« . Il raconte d’abord avoir payé une chambre pour sa petite amie rencontrée à la fête de la musique, pour qu’elle ne reste pas à la rue. Il avoue ensuite avoir été prévenu de ce qu’elle y faisait : « J’étais au courant de tout, je l’ai laissée travailler de son côté« . Apparemment, les jeunes filles donnaient 50% de leurs gains pour qu’il réserve et gère les hôtels, chambres et spas où elles accueillaient leurs clients. Les écoutes téléphoniques révèlent également qu’il indiquait à l’une des deux filles « dans quel logement aller le lendemain ».
« Je ne suis pas victime de proxénétisme »
« Je ne suis pas victime de proxénétisme », déclare une des victimes, « j’ai donné mon argent moi-même pour qu’il réserve les logements, parce que je suis mineure et que je ne peux pas le faire moi-même, ce n’est pas sa faute« . Elle raconte l’avoir rencontré sur Snapchat le 21 juin 2025, et lui avoir demandé d’assurer leur sécurité, en échange de 50% de leurs gains versés uniquement dans le but qu’il finance leurs logements, et qu’il publie les annonces sur Google.
« Pour moi on formait un couple, je l’aime et je vois un avenir avec lui. Je n’ai même pas eu beaucoup de clients depuis juin, parce que j’essaye de m’en sortir », raconte-t-elle, en niant la plupart des éléments de sa précédente déclaration relatés par la présidente du tribunal : « les policiers ont tout mélangé. »
D’après l’autre victime, elles auraient fugué de leur foyer afin d’échapper au harcèlement, aux scarifications et aux viols dont elles étaient victimes. Elles s’étaient déjà prostituées par le passé dans plusieurs villes de l’hexagone. Le prévenu aurait d’abord refusé de les aider dans leur activité, jusqu’à ce qu’elles menacent de fuir à Marseille, ce qui aurait suscité sa pitié. « Il a accepté, mais n’a jamais été violent envers nous. On a eu d’anciens proxénètes qui ont été violents, mais n’ont jamais été condamnés. » D’après la présidente du tribunal, cela n’en fait pas moins un proxénète.
Les victimes recevaient entre 700 et 800 euros par journée de travail
Les jeunes filles racontent ensuite qu’il ne restait jamais pour surveiller mais chargeait « des petits du quartier » de le faire à sa place. Les victimes recevaient entre 700 et 800 euros par journée de travail, il en prenait la moitié à la première, qui a fini par lui retirer sa confiance, et ne laissait que 100 euros à sa petite amie. « Il ne nous a jamais forcées à rien, mais je suis partie parce qu’il avait des amis bizarres, j’ai cherché quelqu’un d’autre. »
Des extraits d’appels téléphoniques révélés par la procureure montrent tout de même une certaine frustration du prévenu lorsque les deux jeunes filles n’exerçaient pas pendant une journée : « je leur avais laissé des sous pour le spa, et au final, je ne sais pas ce qu’elles ont fait avec et j’étais à perte ». Il aurait également manifesté un certain intérêt accordé à leur productivité : « l’activité ici est meilleure qu’à Croix » a-t-il dit au cours d’un appel passé au sujet du nombre de clients qu’elles recevaient. Enfin, interpellé pour un problème de passeport le 28 juin, il aurait avoué être soulagé que ce ne soit pas au sujet des escortes, puisque lui étant majeur et elles mineures, il risquait des ennuis.
Des jeunes filles « sous emprise »
L’avocate des parties civiles insiste sur la fragilité des deux jeunes filles, qui ont eu un « parcours chaotique », de fortes carences affectives, des tendances suicidaires, et cela sans aucun lien avec leurs parents. Elles ont subi « un mal-être immense, les poussant à multiplier les mises en danger ». Elles sont, d’après elle, sous emprise : « on le voit, elles sont prêtes à prendre sa défense, elles culpabilisent même ». Les victimes ont en effet souvent ce même parcours et les mêmes facteurs de vulnérabilité.
La défense cherche tout de même à nuancer les faits : « on l’accuse d’une infraction qu’il ne connaissait même pas, son but était d’aider ces deux filles. De plus, il n’est pas coupable de les avoir introduites à la prostitution ».
Malgré cela, le prévenu est condamné à trois ans d’emprisonnement ferme, assortis de deux ans avec sursis probatoire partiel, ainsi qu’à une obligation d’indemniser les victimes.
Lina Melhem
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