Après être monté au front au début de la tournée, l’ancien All Black Justin Marshall (51 ans, 81 sélections) a été s’expliquer avec le capitaine tricolore, Gaël Fickou.
Qu’avez-vous pensé de la tournée, jusqu’à présent ?
Elle aurait pu être plus excitante… Je sais qu’Antoine Dupont est blessé mais on aurait aimé voir Damian Penaud, Louis Bielle-Biarrey, Gregory Alldritt, Romain Ntamack et Thomas Ramos défier les All Blacks. Il y aurait eu plus de spectacle et de ferveur autour de la série. […] Pour autant, face à des All Blacks un peu rouillés – comme c’est d’ailleurs toujours le cas lors du premier test- les Français se sont bien battus à Dunedin et auraient même pu remporter la victoire. Mais derrière ça, il y a eu dix changements et le match que l’on sait, à Wellington (43-17)…
Vous aviez été dur avant la première manche. Vous aviez parlé d’un « manque de respect » de la part du rugby français vis-à-vis de la Nouvelle-Zélande. Avez-vous parlé aux Bleus après le premier test ?
Après le match, j’ai parlé avec Tyler Duguid et Gaël Fickou. Je leur ai dit qu’ils avaient été courageux et j’ai voulu expliquer à Gaël que les gens n’avaient pas compris mes premiers commentaires. Ce n’était pas un coup de gueule. C’était un cri du cœur.
En clair ?
J’ai dit à Gaël que je n’avais pas voulu manquer de respect à quiconque. Ni à lui, ni à son équipe. Je n’ai rien contre ces garçons et encore une fois, ils ont tout donné à Dunedin et ne sont pas responsables de cette situation. Le jour de ma prise de parole, j’avais simplement mis en avant que la fédération française ne respectait pas la fenêtre internationale. […] Ne peut-on pas reposer les meilleurs joueurs français en amont dans la saison ? Doivent-ils vraiment autant jouer en club ? À mes yeux, le maillot de l’équipe nationale est le plus beau et lui donner la priorité, parfois, n’est pas totalement absurde.
L’écosystème est différent, en France.
Je comprends l’importance du Top 14 et je sais que les clubs sont les employeurs des joueurs ! J’ai moi-même été le demi de mêlée de Montpellier, dans une autre vie (2008-2009). J’y ai d’ailleurs passé une année merveilleuse et si j’avais su à quel point le rugby français était chouette, j’y serais même arrivé plus tôt dans ma carrière. Mais ne me dites pas qu’au fil de dix mois de compétition, il n’y a pas un moment creux au cours duquel on peut reposer ces internationaux qui figurent aujourd’hui parmi les plus beaux ambassadeurs de ce jeu, dans le monde. Pour tout vous dire, mes enfants étaient à Dunedin lors du premier test et ils ont aimé le duel. Mais mis à part Gaël, ils ne connaissaient aucun des Bleus et me demandaient : « Où sont les joueurs qui nous ont battu en novembre, papa ? »
Que vous a répondu Gaël Fickou, lorsque vous avez clarifié votre propos ?
Il m’a dit qu’il avait compris, dès le départ, où je venais en venir mais m’a répondu qu’on ne pouvait actuellement rien y faire, parce que les internationaux français jouent trop. (Il soupire) Encore une fois, j’entends tout ça mais on a un tel respect pour le rugby français et le XV de France qu’on aurait aimé tous les voir sur notre terrain, ce mois de juillet. Quand les All Blacks sont venus en novembre, le public du Stade de France était, je crois, heureux de voir Will Jordan, Ardie Savea, Rieko Ioane ou les frères Barrett.
Depuis plusieurs années, vous faites partie d’un show très prisé des téléspectateurs néo-zélandais, « The Breakdown ». Est-ce amusant de faire de l’antenne avec d’anciens coéquipiers ?
On s’éclate, oui. Jeff Wilson (ancien arrière des All Blacks) est un super présentateur. Il mène ça d’une main de maître. Autour de la table, il y a aussi Mils Muliaina, Aaron Cruden, Stephen Donald, John Kirwan parfois. On aborde notre sport via des aspects très techniques et on y prend beaucoup de plaisir, oui.