« Ici, on suspend l’art et le temps », nous glissent tout sourire Marc et Rémy. Difficile de les contredire, assis dans leur vaste séjour aux murs tapissés de beaux livres, entre un tableau de Gérard Traquandi et une œuvre de Daniel Arsham, tandis que se dessine à travers les fenêtres, majestueux, le mont Ventoux. Se fondant dans un décor idyllique entre vignes et oliviers, leur maison d’hôtes ouverte en 2024 respire la sérénité, le goût, la discrétion. On y pose un pied, et l’envie nous vient, comme eux, de ne plus jamais rentrer.
À la douceur de leur voix, à l’attention qu’ils prêtent sans hâte à chacun de leurs invités, on peine en effet à imaginer ce couple de collectionneurs dans la frénésie du 10e arrondissement parisien où ils vivaient jusqu’en 2022, l’un à la tête d’une boîte de communication graphique, l’autre enchaînant les vols en tant que steward chez Air France.
Créer un refuge d’esthète dans un territoire riche en patrimoine
Portrait de Rémy Coussedière et Marc Étienne
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C’est le confinement, passé chez des amis dans les environs, qui a convaincu Rémy Coussedière et Marc Étienne de ralentir ; de souffler, pour mieux se consacrer à deux de leurs passions : recevoir autour de grandes tablées et partager leur pléthorique collection d’art et de design. Celle-ci s’est constituée au gré des découvertes auprès de galeries amies telles que Rabouan Moussion et RX ou lors de festivals photo comme Circulation(s) au Centquatre, que l’agence de Marc, Nude, a accompagnée durant six ans.
Après des mois de recherches, les ex-citadins jettent leur dévolu sur un ancien relais de poste transformé en ferme, au creux de la vallée de la Cèze, près de Barjac. Le cahier des charges est rempli : la nature à perte de vue, le silence absolu, du soleil une bonne partie de l’année et, non loin, des commerces. C’est donc ici que leur projet de refuge d’esthète verra le jour, aux portes des Cévennes, au milieu d’une myriade de villages épargnés par le surtourisme (six sont estampillés Plus Beaux de France), tels que Montclus, Aiguèze et La Roque-sur-Cèze (notre préféré).
La piscine panoramique du Mas Re.source
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Pour se glisser sans heurts dans ce territoire riche en patrimoine, les deux entrepreneurs ont opté pour une rénovation en douceur, mettant en valeur la pierre et le bois brut simplement rehaussés de quelques touches de matériaux industriels comme l’acier Corten et le béton. Des éléments plus géométriques viennent ainsi structurer ici et là la propriété, créer des espaces intimes ou conviviaux conçus par l’architecte-paysagiste Luc Echilley. Cour intérieure plantée d’oliviers, potager aromatique, jardin en restanques cultivé à la provençale, salle à manger en plein air, piscine panoramique : l’architecture initie naturellement à l’art de ne rien faire. Si ce n’est éveiller ses sens.
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L’art invité dans l’intimité
Chambre du Mas Re.source
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Ce à quoi participe la trentaine d’œuvres disséminées dans les chambres. Chacune est conçue comme un mini-musée privé où l’art s’invite dans l’intimité. Au milieu d’une décoration qui mêle design, objets chinés et matériaux naturels, l’accrochage est minutieusement pensé pour offrir le temps de regarder, de contempler ; de lire aussi, à travers de beaux ouvrages sélectionnés pour éclairer les œuvres.
Entre découvertes et grandes signatures, on croisera, selon les hébergements, les paysages peuplés de figures spectrales du Suédois Kristoffer Axén, les corps en apesanteur du Français Denis Darzacq, les vues urbaines mélancoliques du Belge Luc Dratwa ou les visions onirico-aquatiques du duo René & Radka. Citons encore, entre autres artistes et designeurs : Le Corbusier, Damien Hirst, Arik Levy, Floriane de Lassé, Charles & Ray Eames, Philippe Chancel, Kim Chun Hwan…
Les 42 photographies de Julien Benard dans l’une des deux maisons contemporaines jumelles
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Les œuvres les plus spectaculaires sont installées quant à elles dans les deux maisons contemporaines jumelles – l’une en pierre de taille, l’autre en bois –, offrant des logements indépendants plus vastes. Elles abritent, d’un côté, une série de 42 photographies de Julien Benard qui capturent, à travers les fenêtres d’un immeuble, le ballet silencieux d’employés de bureaux devant une photocopieuse ; de l’autre, une grande installation constituée de visages sur papier glacé, froissés et déchirés, créée in situ par Anton Shebetko, photographe et plasticien d’origine ukrainienne qui évoque ainsi la question complexe de l’identité queer dans son pays natal.
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Une table d’hôtes dédiée au partage
Interieur du Mas Re.Source à Montclus
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Ici, l’art n’est pas qu’un faire-valoir. Il fait entrer un peu du murmure du monde dans ces bulles de tranquillité. La sensibilité de Marc et Rémy s’immisce avec douceur entre les murs et fait du Mas Re.Source, plus qu’un projet entrepreneurial bien marketé, un lieu sincèrement mû par l’envie de créer du partage, une fenêtre d’ouverture à l’art et aux autres. C’est aussi toute l’ambition de la table d’hôtes autour de laquelle se réunissent chaque soir l’ensemble des convives. Un pari plutôt osé dans le milieu de l’hospitalité haut de gamme, mais qui fonctionne à merveille.
À la belle étoile ou sous la voûte en pierre dorée de Barjac de la salle à manger, si chaleureuse avec son sol de briques rouges moulées à la main, la table élégamment dressée enchante autant que les plats élaborés par Marc. Le communicant se révèle un chef hors pair, composant des assiettes fraîches et colorées à partir d’ingrédients locaux ou issus du jardin. Parmi l’assemblée, plutôt décontractée, on rencontre déjà des habitués : des jeunes couples branchés venus souffler, des petits groupes de randonneurs adeptes du « slow tourisme », des chineurs attirés par les nombreuses brocantes des environs (dont la célèbre foire aux antiquités de Barjac), des retraités séduits par la dimension culturelle du séjour….
La salle à manger du Mas Re.source
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Pour les passionnés d’art, la région du mas est en effet d’autant mieux choisie qu’à seulement dix minutes se situe La Ribaute, l’atelier-résidence de l’Allemand Anselm Kiefer qui déploie sur 40 hectares, entre chemins, tunnels et cryptes, un ensemble stupéfiant de 90 installations que l’artiste a conçues depuis trois décennies. Une expérience de visite rare qu’il faut penser à réserver suffisamment en avance.
Autre trésor caché, que nous conseille volontiers nos hôtes, la chartreuse de Valbonne située à une vingtaine de kilomètres. Niché dans un vallon entre vignes et forêt, cet ancien monastère, hérissé de tours habillées de tuiles vernissées, recèle un superbe cloître du XVIIe siècle – l’un des plus grands de France –, un autre minuscule du XIIIe, une église conventuelle au décor baroque et des cellules de moines dotées de jardins. Arpenter ses 25 000 m2 désertés et à moitié en ruines est une expérience mémorable.
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Une tente remplie de photos
Pour ceux, enfin, qui seraient plus enclins à la détente, le Mas Re.Source propose des massages sur mesure ou, le soir venu, des projections de classiques du cinéma dans une salle dédiée qui fait aussi office de bibliothèque (fournie évidemment en livre d’art et magazine de déco). L’été, les séances ont lieu en plein air. Une petite nouveauté vient également compléter l’offre cette saison : une tente toute équipée, un peu à l’écart, pour une connexion totale à la nature. Là encore, une sélection de beaux tirages photo fait partie de l’aventure.
Tente d’hôtes du Mas Re.Source
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Ne manquant jamais d’idée pour valoriser leur collection, Rémy et Marc pensent déjà à organiser des résidences d’artistes, des expositions et des séjours entièrement tournés autour de la photo. À une 1h30 de route d’Arles, il serait dommage que les festivaliers des Rencontres de la photographie manquent une adresse si précieuse pour prendre du temps et de la distance face aux déferlements d’images. Un temps pour cultiver le regard.
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1328 chemin du Terme 30630 Montclus
À 1h environ d’Avignon
À partir de 190 euros la nuit en demi-pension
Plus d’informations sur le site du Mas Re.Source