Aujourd’hui en free-lance, il a choisi il y a trois ans de quitter Paris pour s’installer en Charente, un changement de vie…

Aujourd’hui en free-lance, il a choisi il y a trois ans de quitter Paris pour s’installer en Charente, un changement de vie mûrement réfléchi. « On cherchait un pied-à-terre loin de Paris mais facile d’accès, raconte l’homme de 66 ans. Avec ma femme, on est tombés amoureux de cet endroit. Et nous cherchions un moulin, car quand il y a de l’eau, il y a de la vie. » C’est dans l’ancienne propriété du comédien Jacques Jouanneau à Villejésus, un petit coin de paradis entouré d’eau, que le couple pose ses valises huit mois par an. Un lieu paisible, où la nature règne.

Écouter avant de créer

Mais derrière cette tranquillité se cache une carrière foisonnante. Laurent Vincenti, c’est d’abord un personnage, un penseur, un homme cérébral qui aime dialoguer, écouter et surtout questionner. « C’est presque 80 % de mon travail », confie-t-il. Ce n’est pas juste une question de logos ou de disposition d’objets dans l’espace. « On essaye de comprendre ce qu’est l’entreprise, ses qualités, ses défauts, ses ambitions. On l’aide à écrire son message, son histoire, puis son image. »

Et après, c’est l’artiste qui entre en scène. Le philosophe, le visionnaire aussi. « On cherche à savoir comment l’entreprise veut se projeter dans les dix prochaines années. » Cela implique des échanges approfondis. « Pas seulement avec les dirigeants mais aussi avec les salariés. C’est ce qu’on appelle la marque d’entreprise », explique celui qui a été récompensé de seize Grand prix du design et fut formé par Pierre Paulin ainsi que Roger Tallon, véritables papes du design, au même titre que Philippe Starck.

Le bouddhisme, sa force

Jeune « antimilitariste, baba cool, presque timide », Laurent Vincenti est devenu un acteur incontournable du monde de l’entreprise. « J’ai travaillé avec presque toutes les marques du CAC 40 », affirme celui qui a intégré l’École nationale supérieure des arts décoratifs à Paris après le bac. Il a aussi collaboré à l’international. « Pour créer la plupart des identités visuelles des banques marocaines, j’ai dû comprendre comment elles étaient perçues sur place. J’ai discuté avec des amis locaux. » Cette approche d’écoute et d’adaptation, il la reproduit à chaque projet, quel que soit le pays.

De France 98 à la Charente ?

Mais au-delà du designer, l’homme a aussi vécu une existence mouvementée, presque romanesque. « J’ai frôlé la mort plusieurs fois », confie-t-il. Des épreuves qui forgent le caractère et préparent à la pression que peuvent exiger les projets d’envergure. Sa force, il la puise aussi dans le bouddhisme, qu’il pratique depuis 40 ans. « Ça m’aide à me recentrer, à prendre du recul. Une entreprise, c’est complexe : il y a une masse d’informations, souvent contradictoires. Grâce à cette pratique, je garde une vision panoramique, un esprit de synthèse. »

Une philosophie de vie qu’il souhaite aujourd’hui partager avec son territoire d’adoption. « J’ai envie de travailler avec des entreprises locales. Ça me plairait vraiment », affirme-t-il, enthousiaste à l’idée de transmettre son savoir-faire et d’accompagner de nouveaux projets en Charente.

« J’ai travaillé avec presque toutes les marques du CAC 40. »

Des projets, il en a menés de nombreux, parfois titanesques. « Le plus gros ? Sûrement celui de la Coupe du monde 1998 », se remémore-t-il avec émotion. Pendant cinq ans, il a planché avec son équipe sur tous les éléments visuels liés à l’événement : bâches, affiches, produits dérivés… et bien sûr, le logo. « Le plus dur, c’était le ballon ! Il ne fallait pas qu’il soit déjà déposé. J’ai dû en dessiner des milliers », sourit-il. Un défi créatif de taille, à l’image d’une carrière exceptionnelle, discrète mais incontournable.