Pour sa 5e édition, le Festival de théâtre de Sanary offrira aux amateurs de spectacle vivant une soirée exceptionnelle. Elle sera en deux temps avec Les petites femmes de Maupassant à 19 h 30, une pièce drôle et pétillante sur les hommes mettant en scène quatre femmes, jouée en extérieur en costumes d’époque. Puis à 21 h 30, c’est la salle intérieure qui accueillera Pierre Arditi, l’immense acteur honoré de deux César (Mélo en 1986, Smoking / No smoking en 1993) et d’un Molière (1987). Avant de monter sur scène, il a bien voulu évoquer avec nous le spectacle de ce soir.
D’où vous vient cet amour des mots?
J’aime les mots depuis toujours! Je suis acteur, et aimer les textes, la langue et la lecture est l’essence même de mon métier. Enfant, on me racontait des histoires avant de m’endormir… J’ai voulu faire la même chose, pas pour endormir les gens bien sûr, mais pour les intéresser, les amuser, les intriguer! Je suis très attaché à la lecture mais aussi à la langue, à laquelle on ne prête pas assez attention… On a une très belle langue, qu’on ne doit pas dénaturer. Je déteste l’écriture inclusive, qui pour moi assassine la langue française!
Quels sont vos auteurs préférés?
Il y en a beaucoup! Stendhal, Maupassant… ce sont mes héros! Ce sont des gens que j’ai joués, comme Yasmina Reza et Florian Zeller. Il y a quelques années, j’avais déjà fait des lectures au théâtre du Rond-Point avec des textes de mon ami Jean-Michel Ribes et de Y. Reza. Ce soir, j’en reprendrai certains et il y en aura des nouveaux, dont un extrait assez drôle du roman de Y. Reza, Heureux les heureux.
Sur quels critères avez-vous choisi ces textes?
Je les ai choisis parce qu’ils m’intéressent, mais surtout parce qu’ils m’amusent! Ils sont proches de la comédie, et ça me plaisait de les réincarner… J’adore « l’humour de résistance », comme l’humour très iconoclaste de J.-M. Ribes. J’aime les choses profondes qui peuvent aussi faire sourire. Les choses sérieuses m’ennuient, surtout en ce moment! Ce soir, ces textes seront incarnés. J’interpréterai les personnages qui font partie de ces lectures, je raconterai ces histoires en espérant être assez inspiré pour que les gens voient ces personnages…
Qu’appréciez-vous dans ce format intimiste?
Raconter des histoires est l’essence même de mon métier! Mais bien sûr, ce sera très différent que de jouer avec d’autres acteurs… Le seul partenaire sera le public! Je ne jouerai qu’avec moi-même et avec lui! J’aime beaucoup cette phrase de Michel Bouquet que j’ai fait mienne: « N’oubliez pas que le public ne vient pas pour vous voir jouer, il vient pour jouer avec vous! ». J’en aime aussi une autre: « Je vais jouer une histoire que je connais par cœur, et dont j’ignore tout… ». Car sur scène, contrairement à ce qu’on croit ce n’est jamais la même chose: on connaît son texte mais les gens seront différents, je serai différent, le lieu sera différent… tout sera différent! C’est pour cela que j’ai choisi ce métier, pour ne pas avoir une vie de vieux couple avec moi-même!
Quels seront vos projets après ce spectacle?
Le 2 août, je referai ces lectures à Eze. Puis, je répéterai à partir du 18 août Je me souviendrai de presque tout, une comédie d’Alexis Macquart avec Nicolas Briançon, mise en scène par Julien Boisselier. Elle sera jouée au théâtre du Montparnasse du 18 septembre à la fin de l’année. Puis je commencerai à répéter une recréation du Père de Florian Zeller, que je jouerai en septembre 2026 au théâtre Edouard-VII. Entre-temps s’intercaleront deux ou trois projets de télévision et de cinéma…
Connaissiez-vous Sanary?
J’y suis déjà venu pour tourner un épisode du Sang de la vigne. C’est une ville que je ne connaissais pas auparavant et qui m’a beaucoup plu car je l’ai trouvée assez préservée. Elle ressemblait à ce que j’avais connu plus jeune car mes parents aimaient beaucoup le Midi… J’ai tenu à séjourner à nouveau à l’hôtel de la Tour, un endroit gracieux qui est resté dans son jus! Cela me fait très plaisir de retrouver Sanary, où le temps ne semble pas s’être écoulé d’une mauvaise manière… Et je suis aussi heureux de retrouver ce public-là!
Pratique Les petites femmes de Maupassant, ce soir à 19h30 suivi de Pierre Arditi lit ceux qu’il aime à 21h30 au théâtre Galli, 80 avenue Raoul-Henry à Sanary. Tarif, 30 euros/spectacle (26 euros abonnés et 16 euros -12 ans), parking offert. www.theatregalli.com