Par
Marie Lamarque
Publié le
10 août 2025 à 18h24
« Fermer un jour… Pour ne pas fermer pour toujours. » C’est sous ce slogan que des syndicats des pharmaciens ont lancé un nouvel appel national à la mobilisation pour le samedi 16 août 2025. En plein week-end prolongé, au cœur de l’été et des grandes vacances, ils souhaitent créer trois jours de fermeture cumulés, en comptant le 15 août, jour férié, et le dimanche qui suit.
L’objectif ? Alerter le gouvernement et mettre en avant le rôle de proximité des pharmacies dans l’accès aux soins. « Le pharmacien reste le premier référant, surtout chez les familles », expose Marie-Dominique Hémain, présidente de l’Union des Syndicats de Pharmaciens d’Officine (USPO) d’Occitanie, contactée par Actu Toulouse.
« Au moins la moitié des pharmacies fermées »
Il faudra donc anticiper son passage à la pharmacie, notamment pour renouveler son ordonnance, en prévision de ce week-end de service très réduit.
En Haute-Garonne, et à Toulouse, bon nombre d’officines pourraient, en effet, baisser le rideau ce samedi 16 août. « Au moins la moitié des pharmacies seront fermées« , annonce la présidente. Et cette proportion pourrait encore grossir d’ici la fin de semaine prochaine.
Selon l’USPO Occitanie, le mouvement s’annonce déjà bien suivi dans les secteurs de Grenade ou encore de Blagnac, en plus globalement dans le secteur nord de la Haute-Garonne. « Chaque pharmacien sera libre de fermer ou non », souligne Marie-Dominique Hémain.
Vidéos : en ce moment sur ActuUn arrêté a mis le feu aux poudres
Tandis qu’une « grève des gardes » avait déjà été lancée fin juin, c’est un arrêté, publié le lundi 4 août, qui a déclenché ce nouveau mouvement. Il entérine la baisse des remises commerciales que les laboratoires peuvent accorder aux officines sur les médicaments génériques.
Une façon d’encourager la distribution de ces produits, moins chers que les médicaments sous brevet. Les remises consenties par les laboratoires aux pharmacies peuvent atteindre jusqu’à présent 40 % du prix fabricant hors taxes. Le nouvel arrêté fixe, à compter du 1ᵉʳ septembre, les plafonds des remises commerciales à 30 % pour les médicaments génériques et prévoit des baisses successives à 20 % en 2027.
Des « milliers d’officines » en danger
Pour les représentants de la profession, c’est un nouveau coup de la part du gouvernement et la mise en danger de « milliers d’officines qui risquent de fermer à cause de réformes intenables« , fustigent-ils.
« C’est comme si on attisait le feu tous les jours », ajoute Marie-Dominique Hémain. Parmi les autres annonces qui font bondir, elle évoque une idée partagée par la ministre du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles, Catherine Vautrin : la réutilisation de certains médicaments qui sont rapportés en pharmacie, après vérification de leur qualité.
L’objectif serait alors de lutter contre le gaspillage et d’optimiser les stocks qui sont régulièrement en rupture.
« Nous, pharmaciens, nous payons pour la sérialisation des médicaments [un code unique permet de tracer les boîtes, NDLR]. Pour nous, c’est une ouverture à la contrefaçon. Et comment va-t-on faire pour vérifier l’intégrité du médicament ? Comment pourra-t-on savoir s’il a passé des jours exposés au soleil par exemple ? », questionne la pharmacienne.
3 jours de fermeture et un « gros impact sur les urgences »
Dans un contexte où le gouvernement prévoit 1,7 milliard d’euros d’économies sur les dépenses de santé en 2025, dont 500 millions visant le médicament, ces annonces sont jugées « aberrantes » et très « court-termistes, sans réelle étude d’impact », souligne la présidente.
Considérant que le rôle des pharmacies n’est pas assez reconnu et valorisé, Marie-Dominique Hémain espère que ces trois journées de fermeture consécutives marqueront. « On ferme pour montrer à quoi on sert. Elles auront un gros impact sur les urgences et le système de régulation. »
Car quotidiennement, le pharmacien agit « au-delà de ces missions » et « gratuitement », souligne-t-elle.
En cas de piqûres, d’allergies, d’angine, d’infection urinaire… Qui va-t-on voir s’il n’y a pas de pharmacien ? On appelle le 15. Ou bien, les personnes se rendent directement aux urgences. Et ça, c’est notre travail de tous les jours. C’est la valeur ajoutée de la pharmacie que l’on ne voit pas.
Marie-Dominique Hémain
Présidente de l’USPO Occitanie
« Ce n’est que le début »
Il faudra déjà s’y attendre, d’autres mouvements seront organisés à la rentrée pour dénoncer le risque d’un désert pharmaceutique en France. « Ce n’est que le début. Tout le monde est en colère », prévient Marie-Dominique Hémain.
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