À la pharmacie du marché des Capucins, à Noailles, Fanny Didry, pharmacienne depuis près de 15 ans, est à bout de souffle. « On meurt à petit feu », affirme-t-elle la voix tremblante. Ce samedi 16 aout, 80% des pharmacies seront fermées à Marseille,…

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À la pharmacie du marché des Capucins (1e), les portes ne restent jamais longtemps fermées. Des habitants du quartier et des touristes patientent dans la file d’attente. Soigner le genou ensanglanté d’un homme tombé de sa trottinette, rassurer une femme prise d’une crise de panique… Fanny Didry, pharmacienne et conseillère d’administration à la FSPF 13, n’a jamais éteint la croix verte de son officine en près de 15 ans. Pourtant, pour la première fois, l’établissement – ouvert du lundi au samedi midi – fermera ses portes du vendredi 15 août au dimanche 17 août inclus, comme 80% des officines de Marseille, Allauch et Plan-de-Cuques.

« On nous laisse mourir à petit feu », témoigne Fanny Didry d’une voix tremblante, en attrapant son badge floqué d’un slogan rappelant la mobilisation nationale. En grève des gardes et des astreintes (nuit, dimanche et jours fériés) depuis le 1er juillet, la profession poursuit son action pour contester la réforme de l’État visant à limiter les remises commerciales que les laboratoires pharmaceutiques peuvent leur accorder sur les médicaments génériques.

Pharmacie du marché des Capucins.Pharmacie du marché des Capucins. / PHOTO MMD

Jusqu’à présent, ces réductions pouvaient atteindre jusqu’à 40% du prix hors taxes fixé par le fabricant, ce qui constituait un levier important pour encourager les pharmaciens à distribuer davantage de génériques, moins coûteux que les médicaments de marque. Mais à partir du 1er septembre, un nouvel arrêté prévoit de réduire ces remises à un maximum de 30%, avec une nouvelle baisse à 20% d’ici 2027.

« C’est une énième tentative du gouvernement de financiariser la prise en charge médicale au détriment des dispositifs sociaux de proximité », dénonce Patrick Raimond, pharmacien à Gémenos et président de l’Union des Syndicats de Pharmaciens d’Officine 13 (USPO). Cette mesure projette 600 à 800 millions d’euros d’économies « alors qu’il suffirait de récupérer cet argent sur les médicaments les plus chers. Encore une fois, l’État privilégie le Big Pharma« , vise-t-il.

Des officines pour « désengorger les hôpitaux »

En France, 20 000 pharmacies quadrillent le territoire, dont 720 dans les Bouches-du-Rhône. À Marseille, 348 officines apportent un service de proximité pendant les vacances, quand les médecins manquent. « L’été, les soignants sont en congés alors on fait de notre mieux. Rien que ce matin, j’ai évité dix passages aux urgences. On permet de désengorger les hôpitaux. S’attaquer à notre profession n’a aucun sens », s’alarme Fanny Didry, le regard grave.

Pharmacie du marché des Capucins.Pharmacie du marché des Capucins. MMD

Derrière les comptoirs, les pharmaciens sauvent parfois même des vies. Thierry, habitant du quartier de Noailles, s’en rappelle encore. « Il y a quelques semaines, ma femme a fait une allergie grave à un médicament. En quelques minutes, elle a gonflé, c’était un œdème de Quincke. J’ai tout de suite couru à la pharmacie pour récupérer une piqûre d’adrénaline. Si elle n’avait pas été ouverte, elle serait morte », affirme-t-il bouleversé.

« Si cette réforme passe, 40% des pharmacies vont disparaître. Cette fermeture du 16 août vise à montrer ce que sera le paysage pharmaceutique français à l’avenir », regrette Stéphane Pichon, président de l’Ordre des pharmaciens Paca-Corse, qui soutient la réaction de l’USPO.

L’avenir, Léon*, étudiant en pharmacie, y songe avec angoisse chaque jour. « Ce mouvement collectif est essentiel. Le système est fait pour pénaliser le patient. Au fil de mes stages, je me rends compte que j’ai moins le temps d’être à l’écoute des patients. On est en première ligne et on nous coupe les vivres », témoigne cet habitant du quartier d’Arenc. Une journée nationale de grève, suivie de mobilisations tous les samedis, est prévue le 18 septembre.