« Toi tu es né avec un pinceau dans la bouche », lui disait sa mère. Clément Verbrakele, 84 ans, originaire de Liévain (Nord-Pas-de Calais), habite en Dordogne depuis sa retraite. Et il cumule plus d’une centaine d’œuvres chez lui, à Bergerac.

« Certains ont besoin d’une marche tous les matins pour se sentir bien, moi, c’est la peinture, c’est un rituel », explique l’artiste qui passe près de deux heures par jour à peaufiner ses œuvres d’art. Au milieu des plantes, sur la terrasse de son appartement, s’entremêlent gouaches, pinceaux et tableaux.

Sa dernière peinture en date est un paravent au style « japonisant ». Il a passé plus d’un mois et demi à la réaliser. Clément Verbrakele ne se limite pas à un style, c’est pour ça qu’il s’amuse à dire qu’il n’en a pas. De l’impressionnisme au réalisme, la palette du retraité est large. Il s’inspire de la nature ou de ses lectures, comme le magazine « La Gazette Drouot », dont les exemplaires s’empilent par centaines sur sa terrasse.

Du pack d’eau au tableau

Et pour peindre, pas besoin d’investir dans une toile traditionnelle : Clément Verbrakele préfère utiliser du carton recyclé. Aujourd’hui, presque l’intégralité de ses œuvres sont réalisées sur du carton. Plus particulièrement sur des plaques « d’isorel », des panneaux composés de fibres de bois qui servent à l’origine à séparer les packs des bouteilles d’eau. Ils les récupèrent au Leclerc près de chez lui, rue Pasteur : « Cela redonne vie aux déchets », lance-t-il en esquissant un sourire.

Chez lui, il entrepose plus de 100 tableaux.

Chez lui, il entrepose plus de 100 tableaux.

T. G.

Natif d’une cité minière du Nord, il se souvient avoir commencé le dessin avec des bouts de craie directement sur le sol. Puis, il s’est affûté en maniant le fusain et c’est seulement plus tard qu’il découvre la peinture grâce à son professeur d’école, M. Adèle : « Je me souviens qu’il avait peint une grande fresque au fond de la classe, j’étais fasciné », se remémore-t-il, émerveillé.

Parallèlement à sa carrière d’enseignant spécialisé dans le handicap mental, il a rejoint l’association du Cercle liévinois des arts pluriels et contribue à la diffusion de l’art au sein des Ehpad et des écoles.

« J’aime bien regarder ce qu’il fait, je pense qu’on a beaucoup à apprendre des anciens »

Aujourd’hui, c’est depuis la terrasse de son appartement qu’il transmet sa passion. Les voisins défilent devant son atelier à ciel ouvert pour le saluer et suivre l’avancée de ses tableaux. Un sexagénaire qui « s’ennuie » lui aurait même demandé un cours de peinture. Clément Verbrakele atteste : « Pour la première séance, je leur demande toujours de peindre avec les mains, c’est la base. »

Un de ses jeunes voisins qui s’apprête à rejoindre son appartement ajoute : « J’aime bien regarder ce qu’il fait, je pense qu’on a beaucoup à apprendre des anciens. »