Washington et Bruxelles ont conclu un accord réduisant à 15 % les droits de douane américains sur les voitures européennes, en échange d’un accès élargi au marché européen. Un compromis stratégique aux effets contrastés selon les constructeurs.
EN BREF
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Les États-Unis et l’Union européenne ont signé fin juillet un accord commercial réduisant les droits de douane américains sur les véhicules européens à 15 %.
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L’accord permet une réduction des barrières tarifaires pour les exportations européennes et engage Bruxelles à supprimer ses droits de douane sur certains produits américains.
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Certains constructeurs européens voient cet accord d’un bon oeil, avec des frais de douane beaucoup moins élevés par rapport à ce qui était prévu initialement.
Les États-Unis et l’Union européenne ont officialisé la semaine dernière un compromis destiné à réduire les tensions commerciales. L’accord signé fin juillet entre Donald Trump et Ursula von der Leyen fixe un plafond de 15 % sur les droits de douane américains appliqués aux véhicules et pièces détachées européens, contre 27,5 % auparavant. Cette mesure s’applique rétroactivement depuis le 1er août.
Un compromis stratégique
Le texte, long de trois pages et demie, instaure une réduction significative des barrières tarifaires pour les exportations européennes vers les États-Unis, notamment dans l’automobile et les semi-conducteurs. En contrepartie, Bruxelles s’engage à supprimer ses droits de douane sur l’ensemble des produits manufacturés américains, et à élargir l’accès à son marché pour plusieurs filières agricoles et halieutiques.
L’entrée en vigueur de l’accord ne nécessite pas l’adoption préalable d’une législation européenne, mais Bruxelles doit présenter d’ici fin août le cadre juridique confirmant ses engagements. Washington appliquera alors rétroactivement le nouveau taux de 15 %.
Selon un responsable de l’administration américaine, l’allègement tarifaire pourrait être opérationnel dans un délai de quelques semaines. « Cette déclaration commune constitue un mécanisme de responsabilisation mutuelle », a-t-il déclaré, insistant sur la volonté des deux parties d’éviter tout retard dans l’exécution de l’accord.
Des engagements économiques structurants
Au-delà de l’automobile, l’accord ouvre un champ plus large de coopération économique. L’Union européenne prévoit d’acheter pour 750 milliards de dollars d’énergie américaine sur trois ans, ainsi que 40 milliards de dollars de semi-conducteurs destinés au développement de l’intelligence artificielle. Elle a également confirmé son intention de soutenir pour 600 milliards de dollars d’investissements européens dans des secteurs stratégiques américains d’ici 2028.
De son côté, Washington introduira à partir du 1er septembre la clause de la nation la plus favorisée pour plusieurs secteurs sensibles : aéronautique, principes actifs pharmaceutiques, précurseurs chimiques et matières premières comme le liège.
Certains constructeurs s »en sortent mieux que d’autres
Volvo ressort comme le grand gagnant de l’accord commercial entre les États-Unis et l’Union européenne. Bien que ses ventes aux États-Unis restent modestes, la marque dépend massivement des importations européennes, qui représentent 87 % de ses ventes locales au premier semestre 2025. Sans cet accord, la menace de taxes punitives de 30 % aurait lourdement pesé sur son modèle économique. Le compromis trouvé, limitant la hausse à 15 %, offre donc un répit décisif. En parallèle, Volvo, propriété du chinois Geely, poursuit sa stratégie d’implantation locale avec son usine en Caroline du Sud, appelée à accueillir de nouveaux modèles.
Mercedes profite elle aussi largement de l’accord, ses importations européennes représentant plus de la moitié de ses ventes américaines. Grâce à cette mesure, la marque échappe à des taxes plus lourdes visant le Mexique et le Canada, où elle ne produit qu’un modèle destiné au marché américain. Cette situation pourrait même inciter le constructeur allemand à reporter certains projets de relocalisation, comme celui du GLC. BMW et Jaguar Land Rover bénéficient également d’une marge de manœuvre grâce à la réduction de la pression tarifaire, bien que leur exposition reste moindre comparée à Volvo et Mercedes.
À l’inverse, les constructeurs nord-américains apparaissent comme les perdants de ce nouvel équilibre. General Motors, Ford et surtout Stellantis, qui dépendent fortement de leurs usines au Mexique et au Canada, subissent de plein fouet le maintien de taxes élevées. Volkswagen, dans une position intermédiaire, profite partiellement de l’accord mais reste exposé en raison de ses importations mexicaines.