Il fut un temps pas si lointain où les locaux de ce que l’on connaît comme la Friche la Belle-de-Mai (3e) n’étaient pas le théâtre de soirées branchées, de projections de film en plein air et d’expositions. Pendant des décennies, jusqu’à la fermeture en 1990, ces épais murs – et ceux des actuelles archives municipales – renfermaient la Seita, l’une des plus grandes manufactures des tabacs de France, qui fut d’abord impériale à son inauguration en 1810 et gérée en régie d’État.
Les ouvrières, les cigarières comme on les appelait, étaient un peu d’ici, surtout d’Italie et d’Espagne. Ces petites mains, essentielles à ce commerce florissant au XIXe siècle, étaient essentiellement des femmes, mal payées, évidemment, et peu considérées par leurs sévères patrons. Elles subsistaient en multipliant les boulots pour vivre et se payer un toit à la Belle-de-Mai.
Un combat historique pour le droit du travail
Dans le quartier il ne reste plus trace d’elles, et peu savent qu’elles ont lutté pour leurs droits en lançant une grève historique. Le mercredi 5 janvier 1887, après des semaines de préparation et de tractations secrètes, les 1 200 ouvrières qui fabriquent des brunes et des gauloises arrêtent…