L’Europe organise sa propre marginalité. À vouloir s’arrimer coûte que coûte à un camp occidental en pleine déconfiture, plutôt que de repenser leur place dans le monde, les Vingt-Sept sont en train de miner le peu de crédibilité qu’il leur restait.

Deux jours après les attaques du 7 octobre 2023, le commissaire européen en charge du Moyen-Orient, le Hongrois Oliver Varhelyi, proposait de suspendre l’aide de l’Union européenne (UE) à l’Autorité palestinienne. Le rétropédalage a été immédiat mais le mal est fait : pour l’Europe, c’est un peuple tout entier qui doit payer.

Du fait de son histoire, l’Allemagne a fortement pesé dans le soutien inconditionnel au gouvernement de Benyamin Netanyahou. Argument ultime du ministre des Affaires étrangères, Johann Wadephul : « Israël est l’État démocratique de droit au Moyen-Orient. »

Pas d’appel au cessez-le-feu avant mars 2024

Sans parler des crimes à Gaza, de la répression contre les pacifistes israéliens ou de la loi de 2018 définissant Israël comme État-nation du seul peuple juif, l’Institut V-Dem (Suède) retirait l’an dernier au pays le statut de démocratie libérale au nom des attaques du gouvernement contre le système judiciaire et du déclin de la transparence et de la prévisibilité du droit.

Le chef de la diplomatie italienne, Antonio Tajani, pose la donne différemment : « Couper les relations avec Israël signifie aussi empêcher la possibilité pour de nombreux Palestiniens de pouvoir sortir de Gaza. » L’ambition n’est donc pas de faire cesser la guerre et le nettoyage ethnique mais de poser un cautère sur une jambe de bois qui permette aux Palestiniens, blessés, de quitter le territoire…

Il faudra attendre fin mars 2024 pour que l’UE réclame timidement un cessez-le-feu. Aux yeux du Sud, le centre de gravité de l’Europe pourrait définitivement basculer vers l’Espagne, l’Irlande, la Norvège et la Slovénie qui tous ont reconnu l’État de Palestine.

La Commission européenne immobile

« L’heure des mots et des déclarations est révolue », tranche le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares. Il demande ainsi la suspension de l’accord d’association, qui porterait un sérieux coup à Israël du point de vue économique, un embargo sur les ventes d’armes et des sanctions individuelles.

Début août, l’Allemagne, qui représente 30 % des livraisons d’armes à Israël, consent seulement à suspendre une partie de ses exportations. De son côté, la Commission européenne est incapable d’envisager autre chose qu’une suspension partielle de la participation d’Israël au programme de recherche Horizon Europe. À cela, il faut ajouter les États qui se déchirent en interne.

Aux Pays-Bas, la coalition s’est de nouveau fracturée à la suite du départ du chef de la diplomatie, Caspar Veldkamp, faute de suspension de l’accord d’association de l’UE avec Tel-Aviv. Le ministre israélien des Affaires Étrangères, Gideon Saar, s’est empressé de caricaturer : « L’Europe doit choisir : Israël ou les terroristes. » La République tchèque a choisi. Elle pourrait devenir le premier État membre à transférer son ambassade à Jérusalem, violant ainsi toutes les résolutions internationales et enterrant une solution viable avec Jérusalem-est pour capitale d’un futur État palestinien.

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