«Les moteurs de l’école sont à bout de souffle. » C’est avec ce cri d’alerte que la secrétaire générale du Se-Unsa, Elisabeth Allain-Moreno, a présenté les chiffres du baromètre de son syndicat. Effectué chaque année auprès d’environ 40.000 enseignants et enseignantes, mais aussi conseillers principaux d’éducation (CPE), psychologues scolaires ou assistants d’éducation (AED), ce sondage donne une idée de l’état de motivation des troupes. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elles sont découragées. Preuve en est : plus de la moitié envisage de changer de métier.
Alors même que les profs sont quasi unanimes à affirmer qu’ils et elles aiment leur métier (91 %), près de 36 % des personnels envisagent de changer de métier tout en restant dans le public, tandis que 26 % souhaitent quitter le public pour se tourner vers le privé. Des chiffres qui reflètent le mal-être au sein de la profession, qui pointe des salaires trop bas (87,2 % le déplorent), le manque de moyens et les conditions de travail (71,5 %) ou encore le surnombre de réformes (41,8 %) la charge de travail (40 %) et le manque de formation continue.
Les racines du mal
Il faut savoir qu’un professeur, qui est en catégorie A, est payé en moyenne 1.000 euros de moins par mois qu’un fonctionnaire de catégorie A de la fonction publique d’Etat. C’est le même constat depuis dix ans : les enseignantes et enseignants français ayant plus de quinze ans d’ancienneté possèdent des salaires qui sont environ 16 % inférieurs aux enseignants des pays développés, membres de l’OCDE (une organisation de 38 pays membres parmi les pays les plus développés au monde), a répété cette année encore l’institution. Et la France est aussi toujours sur le podium des classes à gros effectifs, par rapport à nos voisins.
Particulièrement précaires, les accompagnantes d’élèves en situation de handicap (Aesh) sont obligées de travailler à 60 % d’un temps complet, pour un salaire d’environ 950 euros net par mois. Soit moins que le seuil de pauvreté. « L’État est le premier pourvoyeur de précarité », a critiqué Gilles Langlois, secrétaire national du Se-unsa, durant cette conférence de presse, en demandant la création d’un statut de fonctionnaire pour ces personnels.
« Manque de reconnaissance »
De quoi produire un dégoût, et le sentiment de n’être pas écoutés par leur principal employeur, l’Etat. Une très grande majorité des personnels (71,5 %) ne supporte plus le « manque de reconnaissance » et de « respect de la part de l’État », selon ce baromètre.
Finalement, les trois quarts des profs (77 %) disent qu’ils ne conseilleraient jamais leur métier. Ce à quoi le Se-Unsa conclut qu’il y a « urgence à reconsidérer l’École et ses personnels ».