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Depuis que le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, est apparu en Alaska vêtu d’un sweat-shirt blanc marqué « СССР », la pièce s’arrache dans toute la Russie et bien au-delà. Derrière ce succès inattendu se mêlent nostalgie, stratégie politique et phénomène de mode.
Depuis son apparition lors du sommet russo-américain en Alaska vêtu d’un sweat-shirt blanc orné de l’inscription noire « СССР », Sergueï Lavrov a déclenché une vague inattendue. Le modèle, conçu par le label indépendant SelSovet, est devenu introuvable en quelques heures. Vendu initialement 11 000 roubles (environ 110 euros), il atteint désormais jusqu’à 500 000 roubles (5 000 euros) sur le marché de la revente.
La créatrice de la marque, Ekaterina Varlakova, raconte que les stocks se sont envolés dès le lendemain de l’apparition du ministre.
Capture d’écran
La créatrice de la marque, Ekaterina Varlakova, raconte que les stocks se sont envolés dès le lendemain de l’apparition du ministre. « Aujourd’hui, le pull n’est plus disponible qu’en précommande, avec un délai d’attente de 60 jours », explique-t-elle. Pour répondre à la demande, l’atelier a basculé en production de nuit, rappelant d’anciens employés et mobilisant même les proches des salariés.
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Selon Varlakova, l’effet Lavrov n’avait rien d’imprévisible : « Quand une figure aussi médiatique et influente porte votre vêtement, les gens veulent le même. » La vague dépasse les frontières russes. Des commandes affluent des États-Unis, d’Italie, de Serbie ou encore d’Australie, poussant la marque à préparer une version anglophone de son site pour répondre à la diaspora.
« Il ne s’agit pas d’impérialisme »
Sur Instagram, l’image du ministre a fait des émules. Des jeunes femmes posent avec le sweat en fond sonore d’une chanson patriotique appelant à « reprendre l’Alaska ». Une blogueuse ironise : « Peu de gens le savent, mais je suis proche de Sergueï Lavrov… grâce à un sweat. » La photo a aussi alimenté les spéculations politiques, oscillant entre provocation et symbole.
Même Vladimir Poutine a glissé une pointe d’humour en qualifiant son ministre « d’impérialiste » après un compliment du sénateur américain Marco Rubio. Lavrov, lui, a relativisé : « C’est du bruit, rien de plus. Il ne s’agit pas d’impérialisme ou de nostalgie impériale. Il s’agit d’histoire. Et cette histoire, il faut la préserver — même avec un peu d’humour. »
« A qui l’Alaska »
Pour certains Russes, le vêtement dépasse la mode et réveille une mémoire collective. « Je suis née en 1981. J’ai grandi en URSS. Ce sweat, c’est un fragment de mon enfance », confie Anna, esthéticienne. Natalia Vinkhanova, consultante, y voit « les racines d’une identité » et se dit fière de voir Lavrov réactiver ce symbole.
Le designer Dmitri Chichkine, fondateur de la marque Putin Team, estime que le choix vestimentaire du ministre n’a rien d’anodin : « Ce sweat renvoie à une continuité historique entre l’URSS et la Russie actuelle. Il affirme que la Russie défendra ses positions avec la même fermeté qu’à l’époque soviétique. »
La vague est telle qu’au-delà des pulls, circulent désormais mugs, t-shirts et mèmes représentant Lavrov en sweat blanc avec une question provocatrice : « À qui l’Alaska ? »