Désigné maître d’œuvre du pilier n° 1 du projet de Système de combat aérien du futur [SCAF], lequel correspond au développement d’un avion de combat de nouvelle génération [NGF – New Generation Fighter], Dassault Aviation ne cesse d’expliquer à qui veut l’entendre qu’il n’a pas toute la latitude nécessaire pour tenir son rôle face aux filiales allemande et espagnole d’Airbus Defence & Space. « On n’est pas capable de répartir le travail en fonction de ce que nous pensons. Il faut composer, négocier en permanence », avait résumé Éric Trappier, son PDG, en avril dernier.
Aussi, avant d’aller plus loin, l’industriel français réclame un changement dans la gouvernance mise en place pour la phase 1B du SCAF. Ce qui, à ses yeux, est d’autant plus crucial que le NGF devra être en mesure d’effectuer des missions relevant de la dissuasion nucléaire et d’être mis en œuvre depuis un porte-avions. Or, pour son PDG, ce n’est pas avec le modèle de coopération défendu par Airbus qu’il sera possible d’y arriver.
« Nous, on n’est pas dans la méthode ‘Eurofighter’. On est soit dans la méthode Rafale, c’est-à-dire qu’on fait tout seul et quand je dis tout seul, il y a 500 entreprises autour de nous, il y a Thales et Safran. Soit on est dans la méthode [du drone de combat] nEUROn, pour faire un démonstrateur à six pays mais avec des tâches et un leadership bien identifiés », avait insisté M. Trappier, lors de la présentation des résultats semestriels de Dassault Aviation, le 22 juillet.
Seulement, et alors qu’elle a déjà été désignée maître d’œuvre pour les piliers n° 3 [drones] et n° 4 [cloud de combat] du SCAF, la filiale allemande d’Airbus Defence & Space campe sur ses positions, avec le soutien, visiblement, de Berlin… mais aussi celui de Madrid.
En effet, le 28 août, à l’issue d’un entretien avec son homologue allemand, Boris Pistorius, la ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, a fait valoir que le SCAF était un « projet essentiel et fondamental » et qu’il fallait le « rendre aussi dynamique que possible ». Aussi, « l’engagement de l’Espagne est total », a-t-elle poursuivi, tout en estimant que « tout le monde devait travailler ensemble ».
De son côté, le ministre allemand a appelé « à mettre les intérêts nationaux au second plan »… ce qui, compte tenu des spécificités françaises relatives à la dissuasion nucléaire et aux opérations aéronavales, est un vœu pieux.
Quoi qu’il en soit, pour M. Pistorius, « il est clair que les contrats déjà conclus constituent la base de la coopération entre les industriels concernés » et « s’il y a une volonté de changement, cela ne peut se faire qu’après de nouvelles négociations entre les partenaires ». Et d’insister : « Une chose est claire : ce processus ne doit pas traîner indéfiniment… Nous devons maintenant accélérer car ce projet ne supportera plus de nouveaux retards ».
Par ailleurs, le ministre allemand a fait part de son intention d’organiser une réunion trilatérale à Berlin, cet automne, « afin d’examiner en détail les questions en suspens concernant le SCAF ».
Cela étant, malgré les déclarations de M. Pistorius, le gouvernement allemand serait prêt à aller jusqu’à rompre avec Paris sur ce projet. Du moins, c’est ce qu’avance le quotidien Bild. Des sources gouvernementales affirment qu’elles ne veulent plus se laisser mener par le bout du nez sur le dossier du SCAF. Soit la France accepte une répartition équitable des parts de développement, soit il faut trouver une autre solution », a-t-il en effet rapporté, le 28 août.