Un sondage de l’Ifop, dévoilé ce lundi, révèle un quasi-consensus parmi les sondés pour rejeter le centralisme et l’uniformisation culturelle et exprimer une aspiration forte au renforcement politique des régions. La diversité des questions donne un panorama exhaustif de la place de la question régionale dans l’opinion publique française et bretonne.
Le Dr. Tudi Kernalegenn est directeur d’association et enseignant-chercheur à Sciences Po Rennes. (Photo collection Tudi Kernalegenn)
Les questions sur l’identité ne révèlent pas de grandes surprises, en tout cas en Bretagne, même si les chiffres permettent d’objectiver et de caractériser certaines aspirations et tendances : 87 % des Bretons souhaitent l’enseignement de leur histoire à l’école, 74 % sont favorables à la coofficialité du breton, 57 % soutiennent même son enseignement obligatoire à l’école… La nouveauté, et donc, peut-être, le principal intérêt du sondage, est ailleurs.
Sur certains sujets, les Bretons semblent singulièrement mécontents. Ainsi, 89 % des Bretons estiment que l’État central est trop déconnecté des réalités locales ; 89 % pensent que l’activité des médias se concentre trop sur ce qui se passe à Paris ; seuls 29 % des sondés estiment que les besoins de leur région sont bien pris en compte par le gouvernement… Ce sont des chiffres massifs, révélateurs d’une rupture entre les Bretons et le pouvoir politique central, sous-entendant que les mécontentements exprimés au moment des bonnets rouges (2013-2014) n’ont fait que se renforcer depuis. D’où, notamment, une demande de plus en plus affirmée d’évolutions institutionnelles.
77 % des Bretons estiment que les collectivités locales n’ont pas assez de pouvoir (et la Bretagne est la région la plus revendicative sur ce sujet). 84 % sont favorables à ce que les régions puissent adapter les lois nationales pour tenir compte des réalités locales (région la plus exigeante sur le sujet avec la Corse et l’Alsace). 78 % soutiennent l’idée que la France devienne un État fédéral. Même le concept d’autonomie semble désormais accepté, avec 63 % des Bretons sondés favorables, alors que ce terme était longtemps tabou.
Le 8 avril 2022, le conseil régional de Bretagne votait à la quasi-unanimité un vœu appelant à « entamer des discussions pour la définition d’un possible modèle d’autonomie pour la Bretagne ». Seuls les élus d’extrême-droite avaient voté contre ; or, aujourd’hui, même l’électorat du RN semble particulièrement revendicatif en la matière. Ce vœu n’a, pour l’instant, débouché sur aucune évolution. Pourtant, il serait dangereux d’ignorer cette aspiration à une démocratie plus dynamique et locale en Bretagne.
En Europe occidentale, la France est le seul pays resté sur un modèle centralisé et uniformisateur, avec un pouvoir concentré à Paris et, dans une large mesure, entre les mains de la haute fonction publique d’État, dans les cabinets ministériels, au conseil constitutionnel ou au conseil d’État.
Le temps est peut-être venu de mettre fin à cette peu glorieuse exception française en entamant, plus de 40 ans après les lois de décentralisation de 1982, une nouvelle étape pour une transformation en profondeur de la République française, renforçant considérablement les régions et rapprochant le pouvoir des citoyens. Et pourquoi pas sur une base fédéraliste, comme presque tous nos voisins ?
Dr. Tudi Kernalegenn,
Directeur d’association
Enseignant-chercheur à Sciences Po Rennes