Sven Liebich avait été condamné à 18 mois de prison pour «incitation à la haine», avant de changer de genre grâce à une loi votée en 2024. Il avait demandé à être enfermé dans un établissement pénitentiaire réservé aux femmes, mais a pris la fuite avant son incarcération.
Nouveau rebondissement d’une affaire qui a provoqué des débats enflammés en Allemagne : Marla-Svenja Liebich – anciennement Sven Liebich, de sexe masculin – figure néonazie ayant changé de genre après une condamnation, a affirmé vendredi avoir quitté le pays au lieu d’intégrer une prison pour femmes.
«Un tour de magie : tous les regards sont attirés par l’arrière-plan tandis que l’objet disparaît dans l’ombre », a écrit mystérieusement l’extrémiste de droite sur son compte X vendredi soir, à côté d’une illustration le montrant en tenue de femme devant la cathédrale Saint-Basile de Moscou. Coutumière des provocations, Marla-Svenja Liebich devait se présenter dans la soirée à la prison pour femmes de Chemnitz, en Saxe, dans l’est du pays pour commencer à purger sa peine de 18 mois pour incitation à la haine, diffamation et outrage.
Loi sur l’autodétermination votée en 2024
À la place, elle a publié un message sur les réseaux sociaux avec une image proclamant «le bonjour de Moscou», ajoutant: «C’est quoi la suite? Un mandat d’arrêt international». Un porte-parole de la police a annoncé à un petit rassemblement de soutien devant la prison que Marla-Svenja Liebich avait envoyé un message audio concernant son projet de fuite: «Il a été annoncé que la personne ne se sentait pas bien et avait quitté le pays».
Marla-Svenja Liebich a changé de genre après l’adoption, fin 2024, de la «loi sur l’autodétermination» sous le mandat du chancelier social-démocrate Olaf Scholz. Le texte permet de changer de prénom et de genre en déposant une demande auprès du bureau d’état civil local, puis de l’officialiser en y retournant trois mois après, sans avoir à fournir de justificatifs médicaux.
Saluée par les défenseurs des droits des personnes transgenres, cette simplification, comme ailleurs en Europe, fait craindre aux militants pour les droits des femmes que des hommes prédateurs n’abusent des nouvelles règles pour accéder aux espaces réservés aux femmes et aux jeunes filles. Le cas Liebich, qui est largement soupçonné d’avoir changé de genre par provocation et pour obtenir de meilleures conditions carcérales, illustre pour les détracteurs de la loi son côté permissif. «La justice, l’opinion publique et la politique sont ici tournées en ridicule parce que la loi sur l’autodétermination le permet», a déploré le ministre de l’Intérieur Alexander Dobrindt. Le ministre conservateur a demandé un débat «sur la manière de rétablir des règles claires contre l’abus du changement de genre».
Ultradroite
Personnalité des milieux de l’ultradroite en Allemagne de l’est, Sven Liebich, 54 ans, avait été membre, selon des médias allemands, du réseau néonazi Blood and Honour. Sur une boutique en ligne, il proposait notamment à la vente une batte de baseball avec le slogan «outil pour expulsions». En 2022, Sven Liebich avait perturbé une marche des fiertés à Halle, qualifiant les personnes LGBT+ de «parasites de la société», selon des militants.
Condamné en juillet 2023 à une peine de 18 mois d’emprisonnement pour « incitation à la haine », cet Allemand originaire de Halle, ville située dans l’ancienne RDA (Allemagne de l’Est), avait interjeté appel, mais celui-ci a été rejeté par le tribunal. En juillet, Marla-Svenja Liebich était alors apparue avec un haut léopard, un sac à main et des boucles d’oreilles dorés, turban et capeline sur le crâne. Et une large moustache teinte en blond. La condamnée avait également affirmé s’être convertie au judaïsme, réclamant des repas casher et un aumônier israélite en prison, s’attirant une vive condamnation du commissaire du gouvernement chargé de la lutte contre l’antisémitisme, Felix Klein. La personne avait demandé à ne pas être enfermée dans une prison pour hommes, et sa demande a été acceptée par le parquet.
«Conséquences désastreuses»
Cette dernière avait donc été convoquée à la prison pour femmes de Chemnitz dès ce vendredi pour y purger sa peine. Dans la presse comme dans les cercles politiques berlinois, cette décision avait relancé les débats sur la pertinence de la loi sur le changement de genre. On estimait notamment qu’un changement d’identité aussi facile permettrait à de nombreux hommes d’en abuser, à des fins malveillantes, notamment pour entrer dans des zones réservées aux femmes. En convoquant Liebich, «les autorités n’ont fait qu’appliquer la loi», remarquait cette semaine le quotidien allemand libéral Die Welt. «Le sexe et le lieu de résidence sont les deux facteurs qui déterminent dans quel établissement pénitentiaire le détenu sera placé.»
Mais quid de ce cas particulier, quand la personne concernée change de genre, mais ne se considère pas comme une femme pour autant ? Si le journal conservateur reconnaît que le cas d’un «néonazi qui détourne le droit intentionnellement» est exceptionnel, il observe aussi que «Sven Liebich, renommé Marla-Svenja, utilise à son avantage les défauts de la loi mise en place par le précédent gouvernement». «Dès le début, on a ignoré allégrement les mises en garde contre les conséquences désastreuses que peut entraîner la facilitation du changement d’état civil, possible à un jeune âge et par simple déclaration», a renchéri la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Pour le quotidien de droite, la sécurité des détenues de la prison de Chemnitz est en jeu dans le dossier Liebich.
Un bilan pour mi-2026
«Le cas Liebich met en évidence que la loi (…) présente des faiblesses qui peuvent favoriser des abus ciblés», a estimé la ministre conservatrice de la Famille, Karin Prien. Le nouveau texte a remplacé une législation datant de 1981, qui prévoyait une procédure coûteuse et longue imposant deux rapports psychologiques. Dans leur accord de coalition conclu au printemps, conservateurs et sociaux-démocrates se sont engagés à en faire un bilan «au plus tard le 31 juillet 2026». L’évaluation devra notamment dire combien de demandes ont été rejetées en raison «d’indices objectifs et concrets d’un usage abusif», a précisé un porte-parole du ministère vendredi.