Une affaire d’Etat qui prend de plus en plus d’ampleur. La Suisse avait annoncé avoir obtenu un «prix fixe» pour l’acquisition de 36 avions de chasse F-35. Sauf que les Etats-Unis lui ont présenté un surcoût compris entre 650 millions et 1,3 milliard de dollars. Après des discussions qui auront duré tout l’été, le ministère américain de la Défense ne modifiera pas sa position, a annoncé le gouvernement suisse. Initialement, Berne assure que les deux pays avaient convenu contractuellement d’un prix ferme d’un peu plus de 6 milliards de francs en 2022, soit 6,4 milliards d’euros.

«Ce prix ferme a été confirmé par les rapports d’expertise de diverses études d’avocats et par l’ambassade américaine à Berne», précise le Département fédéral de la Défense, rapporté par 20minutes. Mais le ministère américain de la Défense «a informé le chef de l’armement que la production de F-35A allait être plus coûteuse que prévu : entre 650 millions et 1,3 milliard de dollars américains supplémentaires», à la mi-juin 2025. Une fourchette qui s’explique «par l’évolution incertaine des prix en raison des répercussions des droits de douane aux États-Unis, de l’évolution encore imprévisible de l’inflation et des incertitudes géopolitiques», selon le directeur général suisse de l’armement, Urs Loher.

Vers un achat moins conséquent que prévu ?

Si le dépassement est monnaie courante dans ce type de contrats, «là, il est vraiment conséquent, et surtout, il est annoncé d’entrée de jeu, alors même que les Suisses n’ont pas touché un seul avion !», déclare le consultant en risques internationaux, Stéphane Audrand, à nos confrères. L’analyste géopolitique Louis Duclos affirme que «les Suisses sont en train de se faire avoir», mais reconnaît que s(ils avaient privilégié une industrie de l’armement européen comme le Rafale, «cela aurait été beaucoup plus simple, moins cher, et il n’y aurait pas toutes ces complications».

Au mois de septembre 2020, les citoyens suisses avaient répondu «oui» à 50,1 % à la question de savoir s’ils approuvaient une enveloppe de 6 milliards de francs pour une commande d’avions plus modernes et de systèmes d’armement. Le gouvernement avait alors estimé que l’avion F-35 américain était «le meilleur et le moins cher». Quelle solution désormais ? Le ministre de la Défense suisse Martin Pfister a évoqué l’hypothèse d’acheter moins que les 36 appareils prévus, afin de rester dans les clous financiers.