Au CIDFF de Nice, un grand panneau accueille le visiteur. Épinglés : des numéros utiles, des applications à télécharger, les horaires des permanences. Dans ce vaste appartement bourgeois transformé en bureau et salle d’attente, situé dans le quartier Alsace-Lorraine à Nice, règne une atmosphère apaisée. C’est ici que le Centre d’Information sur les droits des femmes et des familles des Alpes-Maritimes reçoit les femmes, leurs enfants et les minorités de genre en rupture de parcours. Ici, on vient se renseigner sur ses droits, prendre une pause, se réfugier aussi, dans le pire des cas.

À quelques semaines de la rentrée, le constat fait écho à celui dressé au niveau national. Pendant l’été, la demande est loin d’avoir faibli.  » Contrairement aux idées reçues, l’été est une période compliquée, explique Élodie Gomes, cheffe de service juridique et psychologique du CIDFF06. La hausse des températures entraîne un réel inconfort, il peut aussi y avoir une frustration si on ne part pas et que l’on reste enfermé chez soi.  » En avril dernier, un rapport publié par les Nations Unies faisait ainsi état d’une hausse de 4,7 % des violences conjugales dans le monde à chaque augmentation de 1 °C de la température mondiale.

Hausse des violences intrafamiliales constante depuis 2020

L’année de pandémie a marqué une vraie rupture.  » Je n’avais jamais vu autant de détresse et de violences « , poursuit Élodie Gomes. En 2023, relève le CIDFF 06, 555 femmes victimes de violences conjugales ont été accompagnées sur tout le territoire.  » Elles sont 1 100 en 2024.  » Soit un chiffre multiplié par deux en un an. Même constat pour l’association Harpèges, qui officie entre Cannes et Grasse.  » En 2024, 35 % des victimes que nous avons accompagnées étaient victimes de violences conjugales.  » En 2023, l’association, qui travaille directement en lien avec le parquet de Grasse, avait accompagné 1 700 victimes de violences intrafamiliales.  » En cette fin de mois d’août, nous sommes presque à 1 100 personnes accompagnées « , constate Élisabeth de Burlet, directrice du pôle socio-judiciaire chez Harpèges.

Des dispositifs toujours plus nombreux

Libération de la parole, diffusion de dispositifs comme le téléphone grave danger : tout cela permet une meilleure prise en charge. Au CIDFF comme ailleurs, les femmes sont accompagnées. Gravement marqué par les féminicides qui y ont eu lieu, le territoire azuréen se veut un fer de lance en matière de lutte contre les VIF (violences intrafamiliales).  » Beaucoup de choses se sont améliorées, continue Élisabeth de Burlet. Les personnes osent prendre la parole et nous notons que les tiers sont également plus sensibilisés.  » Voisins, témoins, proches : ils sont de plus en plus nombreux à décrocher le téléphone pour alerter les forces de l’ordre.  » Des formations sont organisées, poursuit Élisabeth de Burlet, sur la question de l’emprise notamment. « 

Un travail de longue haleine, mais essentiel : bon nombre de victimes de violences conjugales refusent de se reconnaître comme telles. Un déni qui empêche le déclenchement de poursuites.

Inquiétudes sur les fonds et sous-effectifs

Si l’association Harpèges, à Grasse, est agréée par le ministère de la Justice et dispose à ce titre d’une meilleure stabilité financière, le CIDFF de Nice s’inquiète.  » Nous ne savons pas encore si nous allons recevoir certaines subventions, constate Élodie Gomes. Alors que notre budget est généralement déjà défini en avril, là, nous ne savons toujours pas ce que nous allons toucher.  » Une alerte que le CIDFF avait déjà lancée en mars dernier.

Un manque de visibilité aux conséquences multiples : délais de consultation qui s’étirent, difficultés à recruter, à lancer des projets, voire à les pérenniser. Comme dans l’arrière-pays, où des permanences avaient été instaurées pour venir en aide aux victimes de VIF. Une prise en charge particulièrement délicate pour des personnes souvent isolées, qui n’a pas été renouvelée. Alors en attendant, les associatifs mettent les bouchées doubles.  » Pour la permanence juridique, on a presque trois semaines d’attente avant le prochain rendez-vous, explique Élodie Gomes. On passe notre temps à changer les plannings, on bricole.  » Car il est difficile, voire parfois impossible, de faire attendre une victime.


L’entrée du CIDFF 06 à Nice se veut accueillant pour un public parfois fragilisé par des violences. DR.