Ce n’est pas une chanson, cette fois-ci, qui sort de sa bouche, mais un appel, un cri. « Très Saint-Père, je vous en prie. Allez à Gaza et apportez votre lumière aux enfants avant qu’il ne soit trop tard. En tant que mère je ne peux supporter leur douleur. Les enfants du monde appartiennent à tous. Vous êtes le seul parmi nous que rien ne peut empêcher d’entrer. Les accès humanitaires doivent être totalement ouverts pour sauver ces enfants innocents. Le temps presse, dites-moi que vous vous y rendrez ». Cet appel au pape n’émane pas de n’importe quelle mère mais de la reine de la pop, Madonna, qui a révélé un lointain cousinage possible avec lui, après son élection. Après les membres du groupe U2, voilà donc cette star que nul ne peut suspecter d’antisémitisme, qui lance un cri de désarroi en faveur des Palestiniens. Il y a là, chose heureuse, comme un ministère utile de la célébrité, qui détourne le feu des projecteurs au profit de populations qui souffrent.
Certes, star système et évangile ne vont pas spontanément ensemble. Jésus ne promet d’ailleurs pas à ses fidèles de devenir des vedettes ou des puissants. Il prend plutôt le soin de les dissuader du désir de le devenir. Mais l’histoire de l’Église montre qu’il n’est pas interdit à une star de croire en Dieu et de s’en remettre à sa grâce.
Depuis plus d’une décennie, les confessions de foi publiques des stars sont devenues courantes : Gad Elmaleh, Olivier Giroud ou encore dans le monde de la chanson Natacha St-Pier, Johnny Halliday et bien sûr le groupe irlandais U2, déjà cité, et tant d’autres. « God bless Rock’n roll » (en français, Dieu bénit le rock), a même écrit récemment François-Xavier Maigre, fin connaisseur de l’histoire de la musique contemporaine et de la vie de l’Église.
La proximité des deux mondes, celui du showbiz et celui de la foi, est utile aux deux : au premier pour éviter aux artistes de se prendre pour des dieux quand on les célèbre parfois comme tels, et au second pour être en prise avec le monde et sa jeunesse. Même s’il faut passer outre les facéties des artistes, dont Madonna n’est pas exempte. Elle, dont le nom bénéficie déjà d’une charge religieuse très forte, la Madone « que l’on prie à genoux », chante « like a virgin » (en français, comme une Vierge) où elle raconte comment l’amour l’a transformée. C’est peut-être à cette source-là qu’elle puise l’élan de son appel, même si, paroles à l’appui, cet amour est peut-être moins transcendantal que tout simplement passionnel. Laissons planer un doute bienveillant, pour prolonger, en musique, nos prières pour la paix et la fraternité entre les peuples.