Par
Eléonora Hurillon-Ajzenman
Publié le
30 août 2025 à 11h00
Le petit invité de Marc et Maryse Labbé est arrivé il y a quelques jours de Paris. Il est ravi, il est allé à la Madeleine voir le stade de foot où Ousmane Dembélé a appris à jouer. D’ailleurs, il en est sûr, Dembélé sera Ballon d’or ! C’est la première fois qu’E., 8 ans, part en vacances. Accrobranche, parc de jeux… l’emploi du temps d’E. est bien rempli. Pour le couple qui le reçoit, ce n’est pas une première. E. est le troisième enfant pour lequel ils sont « famille de vacances », ayant répondu à l’appel de l’association Louis Conlombant.
Des critères d’accueil précis
Peu implantée dans le département de l’Eure, c’est un article de presse consacré à cette association lu sur Internet qui a retenu l’attention de Marc Labbé, l’été dernier. « L’association cherchait des familles de vacances pour l’été, mais on était déjà fin juillet, il fallait donc répondre assez rapidement. L’association a réagi tout de suite et nous avons reçu un enfant, W. âgé de 6 ans, à partir du 15 août, pendant deux semaines ». L’expérience se passe si bien que le couple accueille une petite fille l’année suivante, en février 2025. « Une petite A., âgée aussi de 6 ans. C’est la tranche d’âge que nous avions privilégiée. Comme on n’a pas de petits-enfants mais deux grands enfants, on s’est dit qu’on avait peut-être décroché et qu’il fallait qu’on commence par des enfants petits, pour s’habituer à reprendre la main ! », confie Maryse Labbé, dans un sourire.
Avant d’accueillir le petit vacancier, l’association Louis Conlombant adresse aux familles un dossier à remplir : souhaitent-ils recevoir un garçon ou une fille, quelle tranche d’âge a leur préférence, combien d’enfants peuvent-ils accueillir ? « Début août, une dame est venue nous rendre visite pour voir notre cadre de vie, avant de nous délivrer une autorisation », ajoute Maryse.
Les critères d’accueil sont précis. « La famille accueillante doit disposer pour l’enfant d’un lit – pas un canapé-lit -, dans une chambre qui peut éventuellement être partagée avec un enfant du même sexe, détaille Laure André, responsable de secteur de l’association Louis Conlombant. Nous observons aussi si les conditions de sécurité sont remplies en extérieur : par exemple, que l’habitation ne soit pas située en bord de route très fréquentée. Mais notre contrainte la plus importante réside dans la disponibilité de la famille : que les repas soient partagés et que la famille et l’enfant partagent de véritables moments de convivialité, qu’il s’agisse d’aller au marché ou de visiter la cathédrale d’Évreux. Comme dans une vraie famille, finalement. C’est la raison pour laquelle, lorsque nous recrutons, nous passons beaucoup de temps avec la famille pour connaître ses motivations. Ce qu’elles attendent aussi. Car il faut souvent quelques jours pour s’apprivoiser. »
La « famille de vacances » n’est pas livrée à elle-même, sans conseil, ni préparation. « Il faut s’adapter à l’enfant. On reçoit aussi un dossier qui indique quelques traits de caractère de l’enfant, ce qu’il ne gère pas bien, par exemple. Mais nous, on fait comme avec nos enfants », confirme Maryse. Et les familles bénéficient d’une journée de formation. « On nous dit ce qu’on doit faire, ce qu’on ne devrait pas faire. Les enfants sont là pour les vacances, on n’est pas là pour les éduquer. Mais on a quand même un rôle. Et les envoyer seul dans une famille est volontaire, pour les extraire de la collectivité dans laquelle ils vivent bien souvent, pour voir autre chose », observe-t-elle.
L’association Louis Conlombant en bref
Depuis 117 ans, l’association Louis Conlombant fait partir en vacances des enfants qui n’ont pas la possibilité de partir en famille. Et c’est grâce à quelque 250 familles d’accueil de vacances présentes dans 50 départements de France que l’association peut permettre aux enfants âgés de 3 à 16 ans de quitter leur cadre habituel pour quelques semaines dans un environnement différent.
Aucune configuration familiale n’est exigée : les couples, les personnes seules, avec ou sans enfants, sont les bienvenus, l’essentiel étant d’être disponible, bienveillant et d’avoir une profonde envie de partager. Bien entendu, les familles ne sont jamais seules et sont accompagnées aussi bien avant que pendant toute la durée de l’accueil du ou des enfants. Enfin, les frais de séjour sont pris en charge par l’association et les enfants arrivent à proximité des domiciles de leurs vacances.
Vidéos : en ce moment sur ActuRester soi-même
Être souple, patient, attentif, être indulgent sans être totalement laxiste… Autant de qualités que le couple estime nécessaires pour que le séjour se passe au mieux. « Faut rester soi-même avec ses valeurs, son mode de vie. On ne change pas tout parce que l’enfant n’aurait pas l’habitude de faire comme-ci ou comme-ça. Je pense qu’il faut garder ce cap », analyse Maryse. « On ne peut pas non plus recevoir des enfants et ne rien leur proposer comme activités, il faut être force de proposition », suggère Marc. Si ce dernier incarne l’autorité et ne laisse pas le choix à E. qui ne veut pas aider à rentrer les poubelles, le petit garçon ne lui en tient manifestement pas rigueur, vu la façon dont il lui passe son bras autour du cou et se presse contre lui.
La fibre solidaire solidement ancrée
Il faut dire que l’un comme l’autre des époux Labbé sont engagés dans l’associatif depuis longtemps, très concrètement. Marc a fait partie plus de dix ans de l’ONG « Électriciens sans frontières », ce qui l’a conduit jusqu’à Madagascar où il est parti en mission, en 2011. Quant à Maryse, on peut la croiser dans le magasin « Artisans du monde », fédération nationale qu’elle a rejointe il y a une dizaine d’années, qui l’amène à se déplacer aussi dans les écoles pour sensibiliser les élèves sur le commerce équitable et le droit des enfants, tout en multipliant les démarches auprès des décideurs pour les convaincre d’œuvrer en ce sens. « On a accueilli aussi, juste avant Noël 2022, une dame qui était à la rue. C’est une personne qui travaillait aux Restos du Cœur qui est passée à la boutique, nous confier qu’elle ne savait pas comment elle allait loger une dame, assez âgée, sans-abri, qui dormait dans les halls d’immeubles par -6 °C et passait la journée dans les bus pour se réchauffer. Elle est restée deux semaines chez nous. Ne pouvant être accueillie par une amie, nous l’avons gardée avec nous pour fêter Noël chez notre fils, puis elle est partie. »
Votre région, votre actu !
Recevez chaque jour les infos qui comptent pour vous.
S’incrire
Des vies cabossées
Mais devenir famille de vacances est un peu différent. « Ce sont des enfants, dont les parents n’ont pas forcément les moyens de leur offrir des vacances et bien souvent, sont placés dans des foyers. Ils ont une vie assez cabossée. Nous, nous sommes retraités et on a du temps. Pourquoi ne pas donner du temps pour des enfants qui n’ont la chance de partir ? », estime Maryse.
Est-ce que des liens perdurent lorsque le séjour prend fin ? « Il arrive qu’on puisse recevoir à nouveau le même enfant, en fonction du projet pédagogique de la fondation qui encadre les enfants à l’année », poursuit-elle.
L’association Louis Conlombant, seul contact des familles pour accueillir les enfants, est l’intermédiaire entre les fondations ou les foyers où vivent les enfants à l’année et les familles de vacances. « On doit tout de même donner des nouvelles régulièrement à la fondation qui a confié l’enfant à Conlombant dans un dossier et noter les activités que l’on a proposées à l’enfant. C’est le seul lien qu’on a avec eux », ajoute Maryse.
Et quand ces enfants repartent, n’est-ce pas « trop dur », pour les uns comme pour les autres ? « C’est pour moi une période bien définie, je prends ça comme une mission », résume Marc. Maryse est sur la même ligne. « Je me dis qu’ils sont là à un instant T. On les aime bien, tout en gardant une bonne distance. Je me protège ».
L’un comme l’autre sont partants pour poursuivre cette expérience de vie. « Chaque fois, ça se passe relativement bien. On est là pour que les enfants profitent pleinement de leurs vacances ! »
Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.