Ce samedi 30 août, les membres du collectif « Morvan Mobilisation Solidaire » se rassemblent une nouvelle fois devant le Cours Vauban à Etang-sur-Arroux (Saône-et-Loire). A quelques jours de la rentrée scolaire, ils s’opposent à l’ouverture d’un collège privé qu’ils accusent d’être lié financièrement à l’extrême droite et aux milieux catholiques traditionalistes.
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À deux jours de la rentrée, le collège privé d’Etang-sur-Arroux (Saône-et-Loire) ouvrira-t-il ses portes ? L’établissement assure que oui, alors que les travaux de construction des classes sont arrêtés depuis près de quatre semaines. La préfecture du département a suspendu le chantier le 4 août dernier pour non-respect de la loi sur l’eau, donnant ainsi raison aux habitants du territoire.
Ces derniers, pour beaucoup rassemblés au sein du collectif citoyen “Morvan Mobilisation Solidaire”, s’opposent au projet. Mobilisés depuis le 8 avril, ils appellent à nouveau à se rassembler ce samedi 30 août 2025 à 15 heures devant le Cours Vauban, afin de venir découvrir “ce qui se cache derrière le Cours Vauban”.
“Venez admirer le bétonnage de la parcelle et rencontrer tous ceux qui ont soutenus et permis l’installation d’un collège hors contrat identitaire et intégriste aux portes du Morvan”, indique le collectif par voie de communiqué.
En avril dernier, l’organisme Excellence Ruralités a annoncé la construction d’un établissement scolaire privé à Etang-sur-Arroux. L’objectif ? Ouvrir une classe de sixième et une autre de cinquième, d’une dizaine d’élèves chacune, à la rentrée 2025.
L’établissement promet de lutter contre le décrochage scolaire avec des classes à effectifs réduits, des professeurs « éducateurs » qui assurent un suivi personnalisé aux élèves et aucun critère de sélection pour intégrer le collège.
Ce nouveau collège prévoit de recevoir par la suite des élèves de quatrième, dans des préfabriqués, afin de les préparer au passage du brevet. Il s’agirait du troisième établissement à faire partie du réseau Excellence Ruralités en France, après le Cours Clovis (Aisne) et le Cours Aliénor d’Aquitaine (Charente).
Problème : l’organisme est contesté pour ses liens supposés avec l’extrême droite et les milieux catholiques traditionalistes, notamment en raison de ses sources de financement. Il est financé à 90 % par des dons d’entreprises, de fondations et de particuliers et notamment « Le Fonds du Bien Commun », soutenu par le milliardaire Pierre-Édouard Stérin. Ce dernier, résident en Belgique, est connu pour son plan nommé « Périclès », un plan censé permettre à des candidats du Rassemblement national de remporter près de 1000 “petites et moyennes communes”.
Selon Médiapart, la Fondation Stanislas, émanation de l’école catholique privée sous contrat du même nom, serait également un des mécènes du nouvel établissement. Elle aurait versé depuis 2022, 80 000 euros à Excellence Ruralités pour financer la scolarité de cinq élèves.
« Ce milliardaire veut implanter des écoles comme ce futur collège partout. Il s’agit de créer une école traditionaliste, porteuse d’idées très réactionnaires », a expliqué Franck, un opposant à l’ouverture de l’établissement, interrogé lors de la réunion publique organisée le 8 avril dernier.
Une réunion d’information sur un projet de collège privé hors contrat à Étang-sur-Arroux (Saône-et-Loire), mardi 8 avril 2025.
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© LOÏC HEBBACHE / FRANCE TÉLÉVISIONS
Lors de cette réunion, Jean-Baptiste Noilhac, directeur et cofondateur d’Excellence Ruralités était présent. Il s’est défendu à notre micro : « Nous avons été très clairs : aucun mécène n’intervient dans la pédagogie, ni ne prend part au fonctionnement de l’école ».
Selon lui, l’établissement répondrait au « mal-être identitaire des enfants de la France périphérique » et se poserait en alternative à une école publique qu’il juge gangrenée par « le politiquement correct, une menace contre le développement de l’esprit critique de nos élèves ».
Quant aux élus, ils sont divisés sur la question. Claire Malard, présidente du groupe écologiste et solidaire au Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, estime que ces établissements ne peuvent se détacher entièrement de l’idéologie de leurs mécènes tandis que la municipalité d’Etang-sur-Arroux se dit favorable à l’implantation du collège. « Nous avons estimé que l’équipe pédagogique présentait des engagements fermes et intéressants, et que les établissements existants du réseau ont montré de vrais résultats positifs », a souligné en mai dernier André Digoin, premier adjoint au maire d’Étang-sur-Arroux.
Aujourd’hui, le chantier est à l’arrêt, suite à une décision de la préfecture du département le 4 août dernier de suspendre ses activités. Une première victoire pour les militants du collectif. Concrètement, Excellence Ruralités n’avait pas signalé que la parcelle destinée au futur collège était installée en zone humide.
Or, ces espaces essentiels à la biodiversité sont strictement encadrés par cette loi. L’organisme s’est retrouvé contraint de devoir monter un nouveau dossier expliquant comment il compte protéger cet espace naturel. Contactée, la préfecture a confirmé qu’Excellence Ruralités avait déposé un dossier de réclamation au titre de la loi sur l’eau.
Si l’établissement scolaire assure que la rentrée aura bien lieu, la préfecture explique de son côté qu’il faut plus de 15 jours pour instruire le dossier, ce qui devrait compliquer l’ouverture de l’établissement en septembre.