Les Etats-Unis ont annoncé vendredi refuser l’octroi de visas à des membres de l’Autorité palestinienne avant l’Assemblée générale de l’ONU prévue en septembre, où la France plaidera pour la reconnaissance d’un Etat palestinien. «Le secrétaire d’Etat Marco Rubio révoque et refuse l’octroi de visas pour les membres de l’Organisation de libération de la Palestine et de l’Autorité palestinienne avant la prochaine Assemblée générale des Nations unies», a déclaré le département d’Etat dans un communiqué.

Cette mesure extraordinaire rapproche encore plus l’administration Trump du gouvernement israélien, qui rejette catégoriquement l’idée d’un Etat palestinien et cherche à mettre sur le même pied l’Autorité palestinienne, basée en Cisjordanie, et le Hamas à Gaza. «L’administration Trump a été claire : il est dans l’intérêt de notre sécurité nationale de tenir l’Organisation de libération de la Palestine et l’Autorité palestinienne pour responsables de ne pas respecter leurs engagements et de compromettre les perspectives de paix», peut-on lire dans le communiqué.

L’Autorité palestinienne a en retour exprimé «son profond regret et son étonnement» face à cette décision qui est «en contradiction avec le droit international», et a appelé Washington à «revenir» dessus. Le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, a déclaré de son côté qu’il était «important» que tous les Etats et les observateurs permanents, y compris les Palestiniens, soient représentés lors d’un sommet prévu la veille du début de l’Assemblée générale. «Nous espérons évidemment que cela sera résolu.»

Ce samedi matin, le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, a dénoncé la décision américaine, affirmant que le siège de l’ONU à New York «ne saurait souffrir d’aucune restriction d’accès». «Le siège des Nations Unies est un lieu de neutralité. C’est un sanctuaire, au service de la paix», a-t-il fustigé. Et plus tard dans la journée, c’est pas la voix de sa cheffe de la diplomatie, Kaja Kallas, que l’Union européenne s’est exprimée, au terme d’une réunion des ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept : «Nous demandons tous instamment que cette décision soit reconsidérée, compte tenu du droit international.»

Le département d’Etat accuse les Palestiniens de se servir de la justice à des fins illégitimes en se tournant vers la Cour pénale internationale (CPI) et la Cour internationale de justice (CIJ) pour résoudre leurs contentieux avec Israël. L’Autorité palestinienne doit mettre fin aux «tentatives pour contourner les négociations à travers des guerres judiciaires internationales» et aux «efforts pour obtenir la reconnaissance unilatérale d’un Etat palestinien», dit le texte.

Gideon Saar, le ministre israélien des Affaires étrangères, a remercié l’administration Trump sur X pour «cette étape courageuse» et pour «soutenir Israël une nouvelle fois».

Les Etats-Unis ne sont pas censés refuser des visas aux fonctionnaires se rendant à l’ONU, dont le siège est à New York, en vertu d’un accord que le département d’Etat assure respecter en autorisant la mission palestinienne auprès des Nations unies. Le département d’Etat n’a pas précisé si la mesure annoncée vendredi s’appliquait à tous les responsables palestiniens. Son porte-parole a déclaré que les Etats-Unis «restaient ouverts à une reprise des contacts si l’Autorité palestinienne et l’Organisation de libération de la Palestine prenaient des mesures concrètes pour revenir à une discussion constructive».

Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, doit participer à la 80e Assemblée générale de l’ONU, qui se tiendra du 9 au 23 septembre, selon Riyad Mansour, ambassadeur palestinien auprès des Nations Unies. «Nous verrons ce que cela implique exactement et comment cela s’applique à nos délégations, puis nous répondrons en conséquence», a dit Riyad Mansour à la presse.

Fin juillet, Emmanuel Macron a annoncé que la France allait reconnaître l’Etat de Palestine à l’Assemblée générale de l’ONU. Dans la foulée, plus d’une dizaine de pays occidentaux ont appelé d’autres pays du monde à faire de même.

Mise à jour à 16 h 01 avec la déclaration de Kaja Kallas.