Par

Cédric Nithard

Publié le

30 août 2025 à 19h26

Parmi les annonces de François Bayrou pour permettre à l’État de trouver 40Mds€ d’économies et boucler son budget 2026, le Premier ministre a proposé de supprimer deux jours fériés. Dans le viseur : le lundi de Pâques et le 8 mai. Si la proposition est rejetée par les Français, que pensent les anciens combattants notamment de voir la date célébrant la victoire des Alliés et la fin de la Seconde guerre mondiale devenir un jour ordinaire ?

Une mauvaise idée

Comme tous les 26 août, ce mardi se sont déroulées trois cérémonies pour commémorer le 81e anniversaire de la libération de Montpellier. Après les grandes célébrations de l’année dernière, les commémorations retrouvent leur solennité. Et malheureusement une forme de confidentialité où se retrouvent élus, porte-drapeaux, anciens combattants, témoins de l’histoire et descendants. Il en est de même lors des autres temps mémoriaux qu’ils tombent un jour ordinaire comme ce 26 août ou qu’ils soient fériés. À l’instar justement du 8 mai que François Bayrou met dans la balance des économies. 

Si, selon une enquête Odoxa pour Le Parisien 84% des Français refusent que l’on touche à leurs jours fériés, au-delà de la question économique, que pensent les principaux concernés par les commémorations comme William Garrivier, président départemental de l’Unadif (Union nationale de déportés et internés de la Résistance et familles de disparus) « On pense que cela n’est pas opportun. Si les gens ne viennent pas aux cérémonies, il faut se poser la question de pourquoi. Si on ne fait rien, dans quelques temps les jeunes et moins jeunes ne savent plus ce qu’il s’est passé. À travers un jour férié, on peut expliquer pourquoi justement c’est un jour férié » défend-il en s’inquiétant : « Le 8 mai passera, quelques journaux en parleront mais cela ne marquera pas plus que ça. Et le 8 mai ce n’est pas rien. Il y a quand même l’idée d’union entre les alliées et aujourd’hui il faut de l’union dans le pays. Nous espérons que la sagesse guidera nos dirigeants et représentants dans leurs décisions ».

Avec dans ses délégations les Affaires militaires, mémoire et commémorations à la Ville de Montpellier, Sébastien Cote rejette également la proposition. « C’est un très mauvaise idée. Valéry Giscard d’Estaing avait eu cette tentation dans les années 70 donc cela ne m’étonne pas que François Bayrou revienne à cette idée » ironise l’élu qui enfile sa casquette de professeur d’histoire : « Le 8 mai 1945 c’est la fin de la seconde guerre mondiale, c’est la découverte de la Shoah, c’est la lutte contre le totalitarisme nazi, contre l’antisémitisme et contre le racisme » avant celle du PS : « Aujourd’hui, supprimer le 8 mai, outre l’aspect social, et évidemment en tant que Socialiste je suis contre la suppression de ce jour férié, d’un point de vue mémoriel ce serait une catastrophe. Si François Bayrou veut ouvrir la question des jours fériés, on peut lui en proposer d’autres comme le 15 août qui est moins chargé de symboles républicains et nationaux ».

Les anciens combattants nuancés

Du côté des anciens combattants, qui ont souhaité garder l’anonymat, la question est plus nuancée. « Il y a des cérémonie qui ne sont pas un jour férié. Un jour férié c’est juste les gens qui ne vont pas travailler. Que cela devienne un jour ordinaire, cela n’enlève rien à la symbolique du 8 mai et de la victoire en 1945. Tant que l’on garde cette date commémorative cette symbolique restera » pointe un ancien combattant. À ses côtés son camarade complète : « Après, c’est une affaire politique et nous ne nous en mêlons pas ».

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Un autre semble plus amer : « Les gens ne veulent pas qu’on touche aux jours fériés car ils ne vont pas travailler ce jour-là mais ils ont oublié la signification qu’il y a derrière. Le temps passe et il y a de moins en moins de monde aux commémorations alors à quoi ça sert que le 8 mai reste un jour férié ? ». Un dernier interroge : « Avant, on commémorait la Première et la Seconde guerre mondiale, cela avait de la force. Aujourd’hui, il y a d’autres commémorations et les conflits actuels font que les gens ne voient peut-être pas l’utilité de ces commémorations à part s’ils se sont concernés. Ce n’est pas parce qu’ils ne savent pas pourquoi nous avons combattu mais pour eux c’est peut-être de l’Histoire maintenant ? » en concluant avec humour : « De toute façon, férié ou pas, moi, comme la plupart des personnes présentes ici, je suis retraité ».

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« Oui, je défends le 8 mai »

Présente dans sa ville natale pour participer aux commémorations de ce 81e anniversaire de la libération de Montpellier, Patricia Mirallès rappelle : « C’est une proposition qu’a fait le premier ministre car nous sommes à la limite du surendettement. Il doit en discuter avec les syndicats » rappelle Patricia Mirallès. Mais en visant le 8 mai, François Bayrou vient sur le terrain de la ministre déléguée chargée de la Mémoire et des Anciens Combattants de France qui aurait préféré le choix se porter sur un autre jour. « Oui je défends le 8 mai parce que c’est une date européenne et j’espère que les syndicats feront des offres différentes ».

La ministre déléguée chargée de la Mémoire et des Anciens Combattants de France Patricia Mirallès, au côté du préfet de l'Hérault François-Xavier Lauch, était présente à Montpellier pour ces commémorations.
La ministre déléguée chargée de la Mémoire et des Anciens Combattants de France Patricia Mirallès, au côté du préfet de l’Hérault François-Xavier Lauch, était présente à Montpellier pour ces commémorations. (©CN / Métropolitain)

Pour autant, Patricia Mirallès a conscience que ces temps mémoriels ont perdu de leur valeur auprès du public. « Les gens disent que c’est un jour férié mais je préfère dire que c’est un jour à commémorer. J’aimerai que les jours fériés servent à transmettre l’histoire et à pouvoir faire revenir des jeunes aux commémorations ». C’est dans ce sens qu’elle a fait une proposition à la ministre de l’Éducation nationale Élisabeth Borne. « En 1945-1946 c’était le retour de l’enseignement après la guerre, j’ai proposé qu’en 2025-2026 nous puissions commémorer dans les établissements, qui souvent portent un nom qui a du sens, en laissant les chefs d »établissement décider à quel moment ils veulent organiser une commémoration ». Si rien n’est encore décidé, avec le vote de confiance demandé par François Bayrou, sa proposition de supprimer deux jours fériés a de fortes chances d’accompagner le Premier ministre vers la sortie.

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